Biffures Chroniques

Sur une brique rose, avec vue sur un arbre.

23.07.08

Je vous parle d'un temps

6_82Je disais donc récemment que je déménage. Je vais me retrouver pendant deux ou trois semaines sans connexion à Internet, à l'exception d'un accès via un cybercafé.
Je n'aurai pas le temps de commenter vos blogs, juste peut-être de les survoler.
Pour vous consoler de ma perte provisoire, vous pouvez patienter en allant faire un tour sous le chêne du côté de chez :
Zoridae qui sait écrire
Georges Flipo qui sait dire qu'il sait écrire avec humour
Bartleby qui sait lire
Jovialovitch le graphomane fou
Dominique Boudou le poète réaliste
Alain Garric qui sait faire des explications de texte
Eric Poindron qui est curieux
Marc Séfaris qui fait des critiques constructives
Loïs qui donne des nouvelles
Augenblick et ses notules sybillins
Aïcha et ses haïkus magnifiques
Pierre la pierre qui fait rire et rêver
A tout à l'heure...

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05.07.08

Du côté de chez...

datura_1a"Le cirque s’était installé juste à la sortie d’Elisabethville,
il continuait ensuite vers l’Afrique du Sud.
Curieux exotisme à l’envers où l’on approchait les moeurs Européennes alors que nous étions au pays des bêtes en liberté.
“Monsieur Splendide” l’était, la trapéziste aussi!
Je mentirais sinon."

Luc et ses superbes livres-objets.



portrait"J'ai été bien causant, causant pour ainsi dire par plaisir de causer. Entièrement voué à la cause du verbe, j'en ai brodé l'essence au revers de toutes mes faillites. Écrire pour raconter qu'hier entre le coucher et ce matin le lever, j'ai dormi avec plus ou moins de bonheur, écrire le mimétisme du grain de sable dans le désert, l'homme couché sous un porche, la haine automatique qu'inspire l'ordre révisionniste, écrire adossé au parapet des falaises la chute sans cesse finissant par faire un bruit de fiente, écrire en toutes circonstances le rien protégé par l'écorce du sens. Appuyer les syllabes aux sons et les sons les pousser à bouleverser l'invariable du morne, écrire pour que le détail insignifiant d'une vie ne reste pas sans mémoire ni sans feu et qu'au moins le lieu de la page soit l'El Dorado, le pays retrouvé, l'Ithaque de l'éternel naufragé."
Humeur Noirte, le poète imprécateur


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Comment faire parler un éléphant ?
Changeons un instant de continent voulez-vous.
Le spécimen ici représenté a été capturé en 1914 et est mort en 1926.
Rien n'y a fait.  A l'époque, on était obligé de les transporter en train et à la marche. Cela prenait des mois.
Aujourd'hui, j'imagine que vous seriez obligé de lui payer un billet en classe affaire.
Embauchez trois lamas pour en prendre soin. Prenez quelques cours de cyrillique, révisez la topographie d'Oulan-Bator, c'est capital. Si votre éléphant ne parle toujours pas, restez zen. Vous êtes tombé sur une espèce rare, il écrira. Une motion en cyrillique : une synthèse quoi.

Mstislav qui joue du violoncelle comme un britanique

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03.06.08

Clarinesse, poétesse qui rime à tout.

emmanuel_moulicS’il y a un phénomène que les anciens dans leurs articulations, les météorologues dans leur tour d’y voir que dalle à trois jours et les rêveurs en panne de réel observent conjointement ce printemps, c’est bien le serein qui suit la boucaille, qui précède le crachin, qui domine la bruine, qui ad libitum.
Ici les racines pourrissent, comme celles de Jules Renard, de Camille Claudel ou d’Hervé Bazin du côté de leurs mamans extrêmes.
Pour tout dire, je ne me rappelle pas les jonquilles serrées sous le pont qui enjambe le canal du Midi, les narcisses parfumés comme des « suivez-moi jeune homme » ou les herbes de menthe citronnée que des bouts de chou en bermuda Sergent Major et casquette Kangol confondent avec des orties.
Aussi j’ai eu beaucoup de plaisir à lire les textes de Clarinesse sur le thème de Narcisse. Elle écrit des poèmes et des coups de gueule remarquables sur son blog l’Œil du vent.
Cette femme est juste énervante : elle prend la prose avec modestie aussi bien qu’elle versifie la propreté des vers à pied bref ! J’envie son talent. Avec son aimable autorisation, je publie ses deux poèmes ici :

Versant :
 Narcisse allait sous les éclats des quolibets
Se ressourcer dans le profond de l’antre rare.
Il s’éloignait pour y puiser les cristaux d’art,
Les ramener à la lumière, aux yeux épais.
Ecouter les murmures agitant l'outre-moi,
C'est aller rechercher au fond de sa caverne
Les trésors à offrir au grand jour des trop ternes.
La création est solitaire.
Seule et vers l'Autre ; mais sans lui.
Le Tout du monde jamais clos,
Et son infinitude.
Se retirer en soi, loin du fracas social,
Isolé des autres ; réuni au tout.
Narcisse Bouche d’Or fait tonner les cymbales
En silence infini dans l'espace aux sons fous.
Hanter les steppes, en loup banni chassant l'étoile
Et rapporter de ses errances un jeu de voiles
Où danse l'air en sa musique ; vibre et souffle.
Appelé par les cimes, aspiré par les gouffres.
Cet éblouissement, cette bulle de verre
Trop immense, trop gracile pour la terre,
Il lui faut éviter à tout prix qu'elle ne choie.
Il lui faut la porter, tout au bout de ses bras,
La garder, lui parler, la choyer, la chérir,
Il lui faut résister aux pesanteurs du pire.
L'empire ardent de son extase en déraison,
Cette danse du sens où le coeur en fusion
Entrevoit l'étendue absolue de l'immense
Il lui faut l'enchanter sans répit de ses stances.
Seul le silence permet d’entendre au fond de soi
Les moindres bruissements des pensées qui déploient
Les ailes frissonnantes en leur papier de soie.
Papillons de survie effrayés en pleins phares,
Fuyant l'intrus, le tintamarre trop criard.

Prosant :

On reproche souvent à l’artiste son narcissisme.
On lui reproche parfois de se regarder écrire.
C’est en effet préférable si l’on ne veut pas tracer des lignes trop de travers.
Le narcissisme est détestable quand il rend aveugle au monde.
Mais écouter sa propre voix, cela peut éviter de chanter faux.
Cela ne rend pas sourd aux autres. Au contraire parfois.
Etre sourd à soi-même, c’est souvent être sourd aux autres.
Rien ne ressemble à un cœur comme un autre cœur.
Rien n'en diffère autant. Nier le sien, c’est nier l’autre.
Il suffit que la nuit se cache derrière la fenêtre pour en faire une glace ;
il suffit d’orienter la psyché un peu plus oblique pour en faire un rétroviseur.
Fenêtre ouverte ou bien miroir : les deux parfois ne font qu’un seul.


Photo Emmanuel Moulic

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24.05.08

La recherche de Marcel racontée à ses potes

Proust_060509102040493_wideweb__300x375Pendant que Clopin Trouillefou, le roi de Thune et chef des truands s'éclate à la cour des Miracles dans Notre-Dame de Paris, sa soeur, Clopine Trouillefou, perd son temps à expliquer La recherche à ses potes.

Ainsi vous pourrez, que vous ayez lu, abandonné, détesté ou pas osé commencer A la recherche du temps perdu de Proust vous familiariser ou retrouver son monde et ses personnages de façon ludique et intelligente, avec  le regard subjectif, assumé et attendri de l'auteure des Clopineries (ici) dont je salue le travail, car si elle y a pris plaisir, quelques gouttes d'huile de coude ont dû tout de même perler sur sa copie.

Je fais partie des lecteurs qui l'avaient lu en diagonale à l'adolescence et qui souhaitent le relire maintenant.

Soyez-en ici remerciée, chère Clopine.

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09.05.08

Des publications de la Zoridae


25359500 Zoridae est une araignée qui tisse des textes en fils de soi. Ainsi soit-elle je ne sais pas, ses écrits sont parfois au présent et souvent à la première personne du singulier. Petite fille, écolière, pute ou salariée, sans domicile fixe, adorable, généreuse, empathique, peste ou salope, ses personnages presque toujours féminins sont brossés avec un rythme d’écrivaine pressée, sensorielle, au regard attentif sur ses contemporains et les lieux où ils évoluent. Ils sont peu contemplatifs, dans  l'action ou le manque mais toujours en mouvement, de  pensée ou de marche.
Un talent de plume est facilement identifiable sur un blog. D’abord parce qu’il est rare – beaucoup étalent des lancers de bouse avec les doigts en se prenant pour des goncourables –, ensuite parce qu’en le lisant vous croyez lire l’extrait du livre d’un auteur publié. Au bas du texte la signature du blogueur où vous cherchiez les références du bouquin, au bout du clic de votre souris un ajout dans la liste de vos favoris.
En la lisant, je retrouve la petite sœur de Joyce Carol Oates.
Zori la rousse m’a aimablement autorisée à reproduire ici l’extrait d’un de ses textes, que vous pouvez retrouver sur son blog, De la sexualité des araignées :

« Ma mère m’écouta attentivement. Puis elle se releva et m’entraîna dans la cuisine. Elle estimait qu’un bol de lait chaud avec une cuillère de miel nous aiderait à nous endormir plus vite. En réalité, je devinais qu’elle se demandait comment m’apprendre la vérité sans créer de dommages collatéraux. Elle me prévint :
« Tu ne racontes rien de ce que je vais te dire à ta sœur, hein ? Elle est trop petite. J’aurais préféré que vous ne sachiez rien, ni l’une ni l’autre mais puisque tu as entendu des choses, je vais te mettre au courant. Et puis c’est peut-être mieux, tu pourras faire attention, surveiller ta sœur… Bon et puisqu’on en est aux révélations, j’ai rompu avec Amadis ce matin.
- Ah bon ? m’écriai-je avec une curieuse impression d’être trahi. Mais pourquoi Maman ? Tu n’arrêtais pas de dire qu’il était si beau et gentil le croque-mort…
- Chut, soupira-t-elle, tu vas réveiller Anna ! Bon, en fait il n’était pas si gentil que ça.
Je la coupai, la bouche ouverte en un O de stupéfaction :
- C’est parce qu’il n’a pas voulu t’embrasser ? C’est ça Maman ? Il est dérangé en vrai c’est ça ?
Elle éclata de rire :
- Mais non ! Justement, il m’a enfin embrassée et juste après il m’a appris qu’en fait sa femme était à la maison. Chez lui. Enfin chez eux quoi. Il n’a jamais été séparé. C’est juste que lui il se sent séparé.
- Mais c’est horrible, c’est dégueulasse, râlai-je.
- Chut ! Et puis on ne dit pas « c’est dégueulasse ».
- Ben on dit quoi quand il n’y a pas de mot mieux ?
- C’est dégoûtant serait mieux mademoiselle… A la rigueur.
- Oui mais je trouve que ça ne va pas. C’est dégoûtant ce n’est pas assez dégueulasse. Et lui, qui t’embrassait alors qu’il est marié c’est un sale dégueulasse.
- Ma chérie, ma chérie, si les choses étaient si simples, cela se saurait et nous vivrions tous plus heureux. Sa femme est gravement malade. Il y a des années qu’elle est malade et il est malheureux. Voilà. Il a eu envie d’aller voir ailleurs…
- Eh bien c’est très simple, tranchai-je. Je ne vois pas pourquoi il ne s’occupe pas de sa femme au lieu d’aller embrasser ma mère. Il n’a qu’à aller voir ailleurs si j’y suis tiens !
- Bon, dit ma mère, bref, c’est fini. N’en parlons plus. Ne t’inquiète pas pour ça. »
Elle se pencha pour boire son lait. Ses mains entouraient le bol où était peint son prénom. Elle aspira quelques gorgées bouillantes en faisant SLURP pour atténuer la brûlure. Une de ses boucles d’oreille heurta le récipient lorsqu’elle l’éloigna de son visage. Elle décida d’ôter ses bijoux et les empila sur le dessous de plat au centre de la table : bracelets, bagues, pendentif, s’entremêlaient devant mes yeux ébahis.
« Pourquoi tu les enlèves tous Maman ? Tu pourrais garder tes bagues…
- Non, badina-t-elle, je suis comme Marylin, je dors toute nue. Juste une goutte de Chanel N°5 et rien de plus ! »
Je m’amusai à traverser avec mes mains, le filet de vapeur qui s’élevait de mon lait :
« PCHHHH, faisais-je.
- Arrête, dit ma mère en se mordant les lèvres. Bon, parlons de choses sérieuses un peu !
- PCHHHH, ok !
- Le monsieur qui est venu ce soir est un policier, un ami de ton oncle.
- Ah bon ? Mais…
- Ne m’interromps pas ! Tu te rappelles que cette après-midi, j’avais rendez-vous chez le kiné pour mes vertèbres ?
- Oui.
- Et bien, juste avant de partir – vous étiez déjà chez Dominique – j’ai reçu un coup de téléphone. Une voix bizarre, de femme, m’a conseillé d’aller regarder dans ma boîte aux lettres. Je suis descendue et il y avait une lettre.
- Mais pourtant j’avais bien ramassé le courrier à midi Maman !
- Oui, je sais. Cette lettre n’était pas timbrée, ni rien. C’est donc que quelqu’un l’avait déposée dans la boîte, expliqua-t-elle.
- Ah d’accord.
Je me risquai à glisser les mains autour de mon prénom sur le bol :
- Aïe, fis-je, c’est encore trop chaud !
- Tu m’écoutes ? demanda ma mère, très concentrée.
- Oui oui, je vais souffler.
- Mais rajoute du lait froid sinon ! s’impatienta ma mère.
- Oh ben non, ça va tout gâcher. Non, je vais souffler. FFFFF…
- Bon la lettre était une lettre de menaces…
Je cessai de souffler, attendant la suite. Dans mon ventre, l’angoisse faisait des tresses avec mes intestins.
- … On veut que je dépose vingt-mille francs dans quelques jours sinon…
- Vingt-mille francs, répétai-je. Mais tu ne les as pas ! Comment on va faire ? Tu vas…
- La lettre conseillait de ne pas prévenir la police alors je n’ai pas voulu prendre de risques. C’est pour ça que j’en ai parlé d’abord à tonton Simon. Il a téléphoné à son copain policier et voilà, il est venu tout à l’heure…
- Ah. Et qu’est-ce qu’ils vont faire si tu ne peux pas donner l’argent ?
Ma mère m’interrompit une nouvelle fois :
- Bon, les prochains jours, je vais vous déposer chez Mme Gratton à sept heures et demi ! C’est elle qui vous emmènera à l’école.
Je songeai aussitôt aux dessins animés que l’on regardait après le départ de ma mère jusqu’à huit heures.
- Mais pourquoi, on a jamais été en retard ?
- Il ne faudra pas parler aux inconnus, ni leur répondre. Et le soir vous repartirez avec Géraldine et sa mère.
Je ronchonnai :
- J’aime pas Géraldine, elle est bête comme ses pieds, elle parle comme un bébé et elle ne fait que des bêtises…
Ma mère haussa le ton :
- Cesse de remuer sur ta chaise et regarde-moi… C’est sérieux ! Ils menacent de vous enlever si je ne fais pas ce qu’ils demandent. Il savent que je suis seule avec vous. Ils savent plein de choses.
Elle étouffa un sanglot. J’étais bouche bée, la peur venait de fondre sur moi comme un rapace sur le mulot insouciant. Elle allait faire de moi une petite boule d’os et de peau qu’elle recracherait.
- Mais…
- En fait, le copain de Simon m’a conseillée d’aller à la gendarmerie demain. Il m’a promis qu’il ne vous arriverait rien et je le crois… Je le sais : il ne peut rien vous arriver !
- Mais, et s’ils venaient nous chercher dans la nuit ? Il y a bien un cambrioleur qui a volé les bijoux de Mamie pendant qu’elle dormait… Ils pourraient venir nous enlever pendant que tu dors et tu n’entendrais rien.
Ma mère émit un pauvre rire :
- On n’est pas à la télé là, Minou, ni dans un livre ! Allez, bois ton lait et on va se coucher ! »
Néanmoins, elle m’autorisa à dormir avec elle pour une nuit. Epuisée par notre longue conversation, j’allais m’endormir aussitôt allongée, ravie de cet épilogue, lorsque je sentis que ma mère se relevait. Je ne dis rien, pensant qu’elle allait aux toilettes. Par précaution, je me glissai tout au fond du lit pour que les voleurs d’enfants ne me trouvent pas au cas où ils seraient dans le couloir et l’assommeraient avant de venir me prendre. J’étouffais et transpirais lorsque j’entendis le son familier de ses pantoufles claquant sur son talon.
« Qu’est-ce que tu faisais Maman, râlai-je en émergeant de ma cachette, je croyais q…
- Chut ! ordonna-t-elle.
Je l’aperçus dans l’obscurité alors qu’elle se penchait vers le lit avec lenteur. Elle déposa ma sœur assoupie à sa droite et se glissa entre nous deux. J’enroulai mes jambes autour des siennes. Anna, remua, marmonna et balança son bras en plein milieu de son ventre. Ma mère sursauta puis elle se détendit." 

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11.04.08

L'étrange curiosité d'Eric Poindron

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Eric Poindron tient le blog le plus littérairement hétéroclyte que je connaisse, et dans la foulée (qu'il a probablement plus longue que moi),  je case des mots de plus de trois syllabes.

Sur son blog, le Cabinet des curiosités, il nous donne à voir de l’étrange, de l’extraordinaire, de l’incongru, alliant l’image et le texte avec à-propos parfois, avec malice souvent. La curiosité doit être son principal trait de caractère pour rapporter ainsi des icones, photos ou dessins aussi variés qu’introuvables.

Son érudition s’en nourrit, ainsi que de son goût des voyages probablement. J’ai appris qu’il était chroniqueur littéraire, écrivain et fondateur d’une maison d’édition, mais ne le connaît qu’à travers son blog. Ce garçon bien élevé au sens de l’humour subtil pousse la courtoisie jusqu’à aimer les plaisirs de la bouche et du pied devant l’autre – la meilleure façon de marcher -, et croyez moi, un homme qui aime les fines de claire de Gillardeau et la randonnée ne peut être foncièrement mauvais.

Ses articles sur des auteurs à découvrir ou redécouvrir font ma joie, loin des ennuyeux classements des meilleures ventes du mois et me font coucher moins inculte mais avec une liste de livres à lire qui s’allonge comme le nez d’un certain P.

Joueur de surcroît, Eric Poindron propose régulièrement sur son blog votre participation. La dernière en date est la suivante :

Envoyez-lui un poème - de vous ou d'un autre - , une citation, un titre de livre, une critique, une prose, des miscellanées, un morceau écrit, bref, un - ou des - "quelque chose" sous forme de mots qu’il rassemblera sur le blog.

Sa contribution - parmi d'autres à venir :

"Ici nous vivons tous dans une ambitieuse pauvreté " Juvenal.

Vous pouvez déposer les mots sur :

Le Cabinet de curiosités de Éric Poindron

ou à : coqalane@wanadoo.fr


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05.04.08

Jonavin le bateleur vénusien

pw1oavcqLa poésie me parle rarement. D’abord je n’ai pas le sens du rythme, ce qui m’a longtemps fait ignorer le jazz et collée au cours de solfège. La méthode Martenot y est sûrement pour quelque chose, avec ses lectures de rythme débiles tapées du majeur d’une main sur la paume de la seconde et ses « chut-la chut-la chut-la-la, but ! » psalmodiées sur le mode mantras entre deux « tri-o-let tri-o-let tri-o-let noaare, blaaancheu ! ». Si vous connaissez un batteur qui a réussi avec cette méthode je veux son téléphone il faut qu’il m’explique de vive voix.

Ensuite, les affèteries surannées et les grandiloquences romantiques m’emmerdent.
Dans le frais clair-obscur du soir charmant qui tombe
L’une pareille au cygne et l’autre à la colombe
Ô douceur !

« Mademoiselle de Murphy arrêtez de rigoler bêtement, respectez Hugo bon sang ! » « Désolée Madame, quand j’entends un alexandrin en général et celui-ci en particulier, j’oxymeurs ! »

Les passions névrotiques, les mélancolies, les langueurs, les colères, les menaces de suicide et autres fièvres du cœur m’évoquent des gamins capricieux, hystériques, héliocentrés et oisifs qui s’écoutent écrire. Ils me font presque le même effet qu’un sportif qui se regarde faire l’amour avec sa femme pour admirer ses muscles.

Quelques-uns font exception comme Réné Char par exemple, ou bien Jacques Prévert et quelques autres. Aussi quand je tombe sur le blog d’un poète qui me touche, c’est l’enchantement simple, pour paraphraser Christian Bobin, un autre poète qui me fait mentir.

C’est le cas de Jonavin, poète amateur, dont la prose poétique me parle, me ravit, me surprend par son imagination et les contradictions qu’il fait naître en moi car il est capable de mettre en situation des sentiments sans m’exaspérer, et garde l’humilité de ceux qui ont du talent en se remettant en question, en travaillant ses textes (pas comme certains) et en essayant toujours de progresser. Ses derniers textes se rapprochent davantage de la notule que de la poésie je trouve, mais toujours avec ces ciselures que j’aime lire chez lui.

Voici son blog (clic !)



Libellés : Jonavin ; bateleur ; vénusien ; des phares dans son blog

Posté par Lois de Murphy à 17:15 - f - Des phares dans son blog - Commentaires [13] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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