Biffures Chroniques

Sur une brique rose, avec vue sur un arbre.

15 février 2008

Edith et moi !

editeurvoutch

Merci à Voutch !

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11 février 2008

Un jour, un livre

Aujourd’hui semblait un jour sans importance : Christian Bobin ne voyait plus la lumière de l’enfance, Jean-Paul Dubois adorait les dentistes ; François Bon écrivait des romans sous l’appellation « romans » ; Emmanuelle Urien ne faisait pas mourir les héros de ses nouvelles ; Rick Bass voulait sauver la capitale du Japon ; Christian Oster ne mettait aucune virgule dans ses phrases; Dominique Boudou riait aux éclats ; Annie Ernaux réinventait la science-fiction ; Emily Dickinson faisait un voyage ; Joyce Carol Oates méditait sur Little House on the Prairie ; Erri de Luca n’avait jamais lu la Bible en hébreu, et moi-même j’envisageais de faire adopter mes phrases orphelines.

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28 janvier 2008

Comment je me suis fait avoir par Chrisitan Oster

Dans une revue littéraire*, un dossier était consacré en octobre dernier à un écrivain français. Dès le sommaire, je pouvais y lire :

Poète devenu romancier, son œuvre mouvante et hétéroclite se nourrit de fantaisie, de burlesque et de folie pour explorer les coulisses de notre époque.

Et ceci, en sous-titre de l’article :

En plus de vingt ans de publications, [il] s’est affirmé comme un de nos romanciers les plus imaginatifs. S’il met souvent en scène la folie de ses personnages, c’est pour mieux révéler celle de notre monde contemporain. Avec Jubilation.

Dans la biographie proposée, des titres qui attirent ma curiosité bienveillante :

Les élans minuscules ; La Conviction de la rampe, La Méthode volatile ou encore Le Neveu Chronique.

Plus loin dans le dithyrambe, l’auteur de l’article me garantit que « l’œuvre fictionnelle [de l’auteur] s’affranchit à chaque nouveau titre. Débuté dans une rétention de la phrase, le roman aujourd’hui joue de la rhétorique pour lâcher la bride à l’imaginaire. » Je regarde sa photo en couverture du magazine. Rarement coupable de délit de faciès, il me semble pourtant repérer cette « rétention de la phrase » à la commissure de ses lèvres. Difficile de le voir tomber la cravate sur une table de bar. Et s’il y a folie, elle est soigneusement dissimulée par une coupe de cheveux fignolée à la tondeuse, comme les névroses d’un intérieur bourgeois détournées de l’attention par un perron impeccable. Très bien, je vais me faire une joie d’aller découvrir un des ouvrages de cet auteur qui m’intrigue. Je griffonne son nom sur un bout de papier et l’oublie quelques temps.

Dans ma librairie favorite, rue de la Colombette, je farfouille mon sac sous le nez des frères Grimm. Ce n’est pas leur nom véritable et je n’ai pas intérêt à les interpeler un jour car c’est celui-ci qui va m’échapper. Heureusement que ce n’est pas une fratrie sororale dans une boulangerie, elles auraient eu droit au sobriquet de « Sœurs Tatin. » Je sais, c’est lamentable. Quatre ou cinq auteurs attendent assagis sur des étagères rectilignes mon bon vouloir. Où est passée la liste ? Plonger le nez dans un sac de femme est toujours un grand moment de solitude. D’accord, gagner du temps, la jouer de tête. Les premiers noms arrivent sans problème, mais pas Celui-dont-j’ai-lu-le-nom-dans-la-revue. Ost-quelque chose, ça commence par o-s-t ça c’est sûr… Ah ! Je vois Christian Oster sur une tranche. Ben voilà, c’est ça, c’est lui ! Un titre proposé : Mon grand appartement. Ah ? On ne dirait pas… Il m’avait semblé que dans sa bio les titres étaient plus… Enfin qu’ils étaient moins… 51OSLvuvnlL__AA240_ 

De retour chez moi, j’étête le haut de ma pile en attrapant le roman d’un auteur japonais. Foisonnant et onirique, avec une alternance de descriptions et de dialogues qui me donnent l’impression de regarder un film. Très visuel sous les métaphores. Mon grand appartement me regarde avec sérieux, attrape le japonais qui disparaît à la cave et bat des cils. Première page du livre, premier étonnement : les phrases sont courtes, avec beaucoup de virgules. La description d’une scène quotidienne est précise, clinique, la forme restitue exactement le fond, quoique avec des termes empruntés à d’autres milieux.

«Je disposais ce jour là de cinq poches, pas une de plus, dont je ne ferai pas ici l’inventaire. Je les fouillai, enflant les unes, dégonflant les autres, bossuant laidement celle-ci ou faisant saillir celle-là, invaginée, à la perpendiculaire de ma hanche. Rien. Tout, si l’on préfère, sauf des clés. »

J’étouffe un peu, le repose et remonte mon bol et mes baguettes de la cave. Quel talent ce Murakami ! Je respire à nouveau profondément en barbotant dans La fin des temps. Il n’empêche, le sujet abordé par Oster me plait bien, et j’aime la manière qu’a son personnage d’appréhender les choses de la vie. Je reprends donc le quignon de la baguette blanche. Encore cette impression d’essoufflement du à la ponctuation. Visuellement, je pense aux images que l’œil fixe jusqu’à ce qu’au bout du flou, un monde merveilleux apparaisse. Ca y est, j’y parviens et passe enfin de la brasse au dos crawlé. Le début de l’histoire m’évoque le Barthélémy Parpot d’Alain Monnier mais ce n’est pas ça. Je pense à Béatrix Beck, le côté « baroqueux profus. » en moins. L'histoire est simple, courte dans le temps, béquillée par des subjonctifs et le hasard qui agit pour les personnages. C’est déjà la page soixante-huit, et Gavarine le héros du livre est dans une piscine. Il vient de poser les yeux sur une femme enceinte – Je ne vais plus lâcher le bouquin jusqu’à la fin…

« Elle n’était pas belle, sans doute, mais, je prends ici un risque, celui de n’être pas cru, je n’ai jamais, moi, Gavarine, aimé les femmes belles. J’entends par belles, s’agissant de femmes, donc, celles chez qui, en raison de leur beauté, toute particularité secondaire s’éclipse dans les lointains de la personne, le plus souvent de façon irréversible, de sorte qu’en grattant cette beauté, c’est soi-même qu’on écorche sans rien mettre au jour qui, posé devant cette beauté, en fasse saillir la marque. »

Je suis tombée amoureuse de l’auteur page quatre-vingt-trois :

Ca n’avait pas été Anne, ça n’avait été personne, et maintenant c’était cette femme-là, qui ne m’avait pas attendu, sans doute, pour mettre en train les choses, mais enfin qui m’attendait, sauf dramatique erreur de ma part – mais je n’y songeais même pas –, pour qu’elles connussent un terme. Son ventre, là, c’est vers moi qu’elle le tendait, en toute fin de processus, pour m’en livrer le fruit, probablement dédaigné par quelque autre, qu’importe, ni elle ni moi n’agissions par calcul, en tout cas pas moi, mois c’était cette femme que je voulais, maintenant, cette femme faussement lourde, là, en tout cas pas lourde pour longtemps, me disais-je, oh là là non sûrement pas très longtemps, me répétais-je, tu as même intérêt à te dépêcher, c’était cette femme et pas une autre, donc, elle c’était son affaire, elle pouvait bien se sentir seule, abandonnée, c’est moi qu’elle venait de choisir. Car, je le signale, il y avait d’autres hommes, dans cette piscine, d’autres hommes seuls, or c’est moi qu’elle fixait ainsi, qu’elle avait laissé venir à elle, pour lui dire un mot, entre autres choses, pour me laisser le lui dire, et maintenant je m’en faisais une idée, de ce mot, une idée précise, il me restait à la formuler, sans doute, mais j’avais pris confiance, et tout à coup je me lançai, je lui posai une question, la seule qui valût, me semblait-il, en tout cas la seule qui désormais m’importât. Je parle de la question du sexe. […] Tout, à l’en croire, laissait à penser qu’il s’agissait d’un garçon.

J’ai reposé le livre une fois achevé sa lecture. Certes je me suis régalée, mais ça ne correspond pas du tout à ce que j’ai pu lire à propos de ce que publie cet écrivain en général. Où sont le « burlesque » et « la folie » qui « explorent les coulisses de notre époque ? » Perplexe, je reviens sur la revue littéraire : le dossier du mois est consacré à Jean-Pierre Ostende…

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*Le Matricule des anges, octobre 2007 (non, je ne lis pas que celle-là, mais c’est une de mes préférées)

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27 janvier 2008

Bobinade

la20lectrice20patroon_450"J'ai un livre entre les mains. C'est une porte minuscule par laquelle disparaître sur place."

Christian Bobin

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25 janvier 2008

Citation à con paraître

"Attali est le seul homme à avoir cent idées par jour, mais je suis le seul à savoir quelle est la bonne."

François Mitterrand

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20 janvier 2008

Patricia Parry

arton6832_09400   Une de mes descentes favorites en librairie s’est terminée récemment avec une bouffée de stress. Que dis-je une bouffée de stress, il s’agissait d’une montée d’angoisse, non sans objet (jeu de mots pour psy). Que dis-je une montée d’angoisse, quand j’étais véritablement à deux doigts de l’attaque de panique. Si je vous dévoile ainsi les troubles psychosomatiques de mon système nerveux central, c’est pour mieux défouler le sentiment de culpabilité immature qu’a engendré cette visite, non parce qu’elle s’est soldée par l’achat de moult livres, mais parce que je suis tombée sur le dernier polar de Patricia Parry.

Patricia Parry est médecin psychiatre et écrivaine. Rassurez-vous, mes névroses ne sont pas assez sexy pour l’intéresser, et ce n’est du reste  pas pour cela que j’attire votre attention sur cette auteure. Je lis régulièrement les articles qu’elle publie sur son blog, mais n’ai pas encore feuilleté ses ouvrages. Or, dans la boutique, je ralentis à hauteur de son bouquin – Petits arrangements avec l’infâme aux éditions du Seuil – et reconnaissant son patronyme, j’attrape la couverture pour l’ouvrir et lire la première page.

Son personnage principal s’appelle Antoine le Tellier. Là j’ai vécu disons un petit moment de solitude… En effet, dans une nouvelle récente, j’avais baptisé le personnage principal Antoine Tellier. Je ne sais pas comment j’ai fait. Je l’ai probablement lu sur son site et oublié, et quand j’ai cherché un nom pour mon personnage il m’est revenu en tête d’un seul coup. En fait je donne presque toujours à mes personnages des prénoms qui commencent par la lettre A. J’élimine Adrien parce que ça me fait penser à Monk, et j’arrive à Antoine. Le nom de famille sort tout seul, ce sera Tellier. Je vérifie dans Google, pas d’homme célèbre portant ces nom et prénom. La voie est libre, circulez, il n’y a rien à voir… jusqu’à l’ouverture de son polar à la première page, qui soit dit en passant est très bien écrite. Je crois que je ne suis jamais sortie d’une librairie aussi vite. Je n’avais qu’une idée en tête : rentrer, sauter sur mon PC et modifier le patronyme de mon personnage avant que Patricia Parry ne le lise sur mon blog et ne m’accuse de plagiat. Oui, je précise ici que la culpabilité rend con, puisque je n'ai pas envisagé un seul instant que cette écrivaine célèbre et accomplie ne vient sûrement jamais sur mon blog. J’ai soudain la mentalité d’une gosse de huit ans et ne pense qu’à une chose, ne pas me faire choper par un adulte, ni réprimander ni punir. La modification est faite bien sûr, et je crois savoir maintenant pourquoi mon inconscient a fait joujou comme ça. Le dénominateur commun qui a permis ce passage entre nos deux personnages est bien sûr le prénom Antoine. Mais là où c’est drôle, c’est qu’il y a une explication. Je sais sans la connaître que Patricia Parry est psy, ça figure dans sa bio. Le personnage dans mon texte est un père à qui la garde de son enfant est retirée, qui a donc mal à sa filiation. Or, pour la petite histoire, sachez que le prénom Patricia, celui de l’écrivaine à qui j’ai fait cet emprunt malgré moi, signifie « Fille du père ». Et oui je sais, ça ne s’invente pas. L’inconscient fait ce qu’il veut et se marre bien.

Et vous ? Ca vous arrive souvent des actes manqués de ce genre ?

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19 janvier 2008

Philippe Ségur

portr_ps01Je n’ai rien lu de l’écrivain Philippe Ségur, je n'ai jamais entendu parler de lui, mais une amie chère le connaît. Je veux dire qu'elle le connait vraiment.

Au cours d’un dîner récent, nous parlons bouquins et auteurs : elle me demande si j’ai déjà lu un de ses ouvrages. Je nie farouchement la main sur le cœur. Elle m’invite alors à visiter son site, et plus particulièrement à regarder un court essai sur l’écriture qui traite d’un sujet peu abordé et plutôt intéressant, le corps de l’écrivain. Je ne parle pas du physique lisse de mono neuronaux publiés sans talent et ridiculisés sur des plateaux de télévision par des réponses insupportables de fatuité à des questions obscènes, mais de la posture d’un auteur devant la feuille blanche occupé à mouler une prose.

Je vous invite à lire ses réflexions sur le sujet en cliquant ici.

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07 janvier 2008

Dans mes feuilles

Stanislas Un tour de manège

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05 janvier 2008

Service littéraire

M5804Je n’aime pas les assiettes anglaises. En général quand le plat m’est présenté, seul le roast beef me fait envie, mais je m’oblige à prendre des morceaux d’autres viandes ou charcuteries que je mâchouille en pestant contre l’andouille qui m’a appris à manger de tout.

Bon très bien, autant le dire très vite, ce n’est pas exact. En vérité je suis plutôt une viandarde et plante ma fourchette sur presque toutes les bêtes à poils et à plumes, séchées, fumées ou saignantes, présentées en rosace, en pyramide ou en tas selon les maisons où je suis conviée.

J’aurais souhaité vous dire que je n’aime pas ça pour vous parler ensuite du journal Le service littéraire. Je l’ai trouvé par hasard chez le marchand de journaux au bout de ma rue. Rouge, noir et blanc, ici dans le Sud-Ouest ça peut passer pour un journal sportif partisan du Stade Toulousain. Que nenni non point, sur l’en-tête il est écrit « Le Journal des écrivains fait par des écrivains. »

Chouette, un regard différent de celui des journalistes ! Numéro trois, deux euros cinquante, le mensuel de l’actualité romanesque. En sous-titre une citation de Camus : J’ai une patrie : la langue française.

Là j’ai failli reposer le journal, j’ai craint d’avoir atterri chez les puristes de la langue, les écrivains de haute voltige avec un bac plus vingt-deux, khâgneux puis lettreux classiqueux, ancienneux ou moderneux, voire sciences poteux. Je l’ai acheté « quand même » en lisant en diagonale cette phrase : « Elles se tiennent droit comme ces alcooliques qui essaient de cacher qu’ils sont trop bu. » Ah oui ? Ils ont une orthographe aussi approximative que la mienne et ne prennent pas la peine de faire un travail de relecture et correction sur leurs articles ? Ca me laisse de l’espoir mais ça ouvre un boulevard à la médiocrité.

Chez moi je vois que ce journal des écrivains fait par des écrivains est signé par Sylvie Caster –  De mémoire, n’est-elle pas une journaliste du Canard Enchaîné ? – François Cérésa – Journaliste au Nouvel Obs ? –Daniel Rondeau – L’Express ? – etc.

Bon d’accord, je suis déçue : je m’attendais à lire un canard à plumes d’écrivain sans expérience journalistique conséquente. Qu’à cela ne tienne, faisons-nous plaisir avec le contenu. C’est là, en fait, que j’aurais aimé vous dire que je n’aime pas les assiettes anglaises. Les articles de ce journal m’ont fait penser à des tranches de viande froide sans origine tracée.

Ainsi Max Gallo tire à boulets rouges sur le roman historique. Lui dans l’assiette, c’est la tranche de Port Salut, puisque c’est écrit dessus : de l’Académie Française. Depuis le temps qu’il voulait y entrer, c’est fait depuis l’an dernier. Quand je dis sur le roman historique, il parle bien sûr de ceux qu’il n’a pas écrit. C’est dans la rubrique « Le franc-parler », et j’ai peur du coup pour les auteurs du genre qui vont s’en prendre plein les feuilles. Tu parles, Charles !

En fait j’ai regretté à la première phrase de l’article de n’avoir pas fait « de grandes études ». Ca commence par : Angélique entre dans « La chambre des dames » : c’est un roman historique. Costumes : il ne manque aucun fil d’or au pourpoint brodé. Décor : les pierres du château-fort, les bancs de la chiourme sont peints avec la minutie d’un peintre endimanché qui représente un cerf dans une clairière. Il dénonce l’impotence du roman, traîte l’auteur de gargotier, dénonce une nourriture insipide et frelatée et je dévore l’article jusqu’au bout pour savoir de qui ou de quel ouvrage il parle : rien. Que dalle. Au temps pour moi j’ai lu trop vite, je recommence. Et bien celui dont il parle dans cet article, c’est de : Angélique entre dans « La chambre des dames » : c’est un roman historique. Comprenez par là que ce qu’il attaque ici, ce n’est pas un auteur ou un titre d’ouvrage, c’est le roman historique du côté des dames ; la Petite Histoire si vous préférez. Il aurait écrit : Le roman historique, c’est Angélique entrant dans « La chambre des dames », j’aurais gagné trois bonnes minutes. Je ne suis pas moi-même une fan du genre, mais en quoi s’il ne cite aucun auteur en particulier le genre en lui-même serait-il méprisable ? En quoi la description d’un pourpoint brodé, si l’auteur s’est documenté sur les habits de l’époque qu’il décrit le barbe-t-elle ? Un romancier écrit ce qu’il veut du moment qu’il sait écrire.

Du haut de sa chaire je le soupçonne quand même d’enfoncer une porte ouverte, et il n’est pas le seul à s’y engoufrer, puisque voici Sylvie Caster qui nous parle des romans à l’eau de rose à la sauce moderne, la Chiken littérature. Elle ne copie pas du tout sur son voisin en écrivant ceci : « On apprend tout sur la chambre des dames et les dames qui chambrent. » Je vous laisse apprécier, même à table devant une assiette anglaise je n’aurais pas osé la faire celle-là. Pendant tout son article elle explique à quel point ce genre est affligeant etc., et pendant ce temps je me dis qu’il y a des auteurs qui ne passent pas à la télé, qui ne sont pas people, qui ne racontent pas des histoires chocs ni n’abordent de sujets à controverse mais qui savent écrire, et qu’elle ferait mieux de s’intéresser à essayer de présenter ceux-là.

Daniel Rondeau nous fait part de son enthousiasme pour l’autobiographie de Jean-Denis Bredin, un illustre inconnu de l’Académie française qui lui aussi a besoin d’un coup de pouce pour se faire connaître (soupir), mais en opposant la « justesse (de) ses débuts sur terre pleins de secrets et de silence » aux « passions hystériques et surfaites ». Je ne sais pas de qui il parle. Je ne sais pas en quoi la passion hystérique peut desservir un auteur. J’ai une pensée pour Romain Gary et La promesse de l’aube où il raconte si merveilleusement sa passion hystérique pour sa folle de mère. Je pense à Albert Cohen et à sa passion hystérique pour sa perfection de maman dans Le livre de ma mère.

Un peu échaudée, je pense à quelques blogueurs anonymes qui font un travail de critique argumentée et fouillée sur leurs lectures. Je leur rend grâce à ce moment précis.

Je poursuis avec la lecture d’un article de Bernard Morlino sur Richard Millet. J’aime le côté autodidacte du premier, je crois savoir qu’en plus il lit les auteurs qu’il chronique. Pour le deuxième mon avis est disons plus réservé. Pourtant c’est Bernard Morlino qui me surprend en relatant sa tentative de rencontre avec Millet : Voici l’accueil du comité de réception chez Gallimard : « Monsieur Millet est disposé à vous rencontrer mais ils voudrait d’abord lire Service littéraire » (le journal dont je suis en train de vous parler, suivez bon sang !)... Ce principe de précaution m’a fait rebrousser chemin en hommage à Philippe Soupault qui m’a dit : « Il n’y a que deux catégories d’individus : les sympathiques et les autres ».

Je conçois qu’il veuille dénoncer par là les légères défenses paranoïdes que développe Millet depuis la publication des Bienveillantes de Littell, mais par ce biais c’est d’une immaturité consternante. Je n’aime pas le manichéisme. Je n’aime pas les individus qui ont l’air sympathique, c'est-à-dire qui ont l’air plaisant, accueillant. Je connais des ours mal léchés, des demi-connards qui sont d’une bonté soigneusement dissimulée, là où certains « adorables » se comportent comme des saligauds à l’ombre de leurs portes de chambre. Et je le dis sans défendre Millet qui n’est pas ma tasse de thé. (Penser à éviter de lui envoyer mon prochain génial manuscrit, sachant qu’en plus il s’est inscrit à la newsletter de mon blog. En fait je vais carrément retirer Gallimard de mon carnet d’adresses, ça m’évitera totalement le risque de gaffe.)

Je concluerai par Cérésa qui nous parle d’un roman historique, La catin de Iny Lorentz. Après avoir lu sur la première page du journal que le roman historique c’est de la crotte, j’apprends sur l’avant-dernière que malgré « Une simplicité qui confine parfois au simplicime », l’auteur « joue assez bien avec les ficelles du genre ». Ben flûte, à quel sein de catin se vouer alors ?

Je lirai quand même le numéro quatre : c’est un journal qui naît, je vais attendre qu’il prenne ses marques.

Heureusement, je vais me régaler en allant acheter Le matricule des anges, ma revue littéraire préférée, dont le dernier numéro vient de paraître.

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26 décembre 2007

Gaston vs Nicolas

Pendant que certains travaillent plus pour gagner plus et s'apprêtent à engranger des millions d'euros à la CIC en revendant à prix d'or leurs RTT à des patrons qui obtempèrent aux désidératas de leurs employés, j'ai relu l'hommage que j'avais laissé sur mon ancien blog à Gaston.

Pardon ? Oui, tu sais bien comment ça se passe, notre Humble Talonnette est formelle : tu ne travailles le dimanche pour ton employeur que si tel est ton désir. "Hep, Patron ! Ne me mettez pas sur le dimanche 23 décembre, j'aurai des courses de dernière minute à faire ce jour là. Je croiserai sûrement votre femme à Botanic devant le rayon sapins, je lui passerai le bonjour de votre part."

Quand tu es caissière à mi-temps avec trois enfants et un mari financièrement "démissionnaire", tu vas voir également ton patron : "Ecoutez Sahib, 20h au smic vous voyez ce n'est pas assez. Augmentez mes heures à plein temps sur le prochain planning et vous ferez ma joie".

C'est également toi qui négocies ton type de contrat sous l'oeil admiratif de ton chef : "Dis donc Bwana, je sais bien que tu as deux trois préjugés sur la négritude, vu que tu ne connais pas Aimé Césaire, mais moi je suis né à Garges les Gonesses, alors ton contrat de saisonnier pour monter des murs et ramasser des mirabelles tu peux te le mettre où je pense. Tu me le requalifies fissa en CDD sinon les ASSEDICS me verseront pratiquement que dalle pendant la période creuse. Ah ben si, renseigne-toi, ils croient qu'en contrat saisonnier tu fais exprès de ne pas travailler hors saison et tu touches moins qu'avec un CDD."

Bref, pendant que nous nous forgeons tous notre destin à la force de notre volonté, je publie "ce vieil hommage" ici pour me détendre.

"Je ne suis pas visuelle, donc peu bédéphile. Et comme la plupart des non-bédéphiles, j’ai adoré ou j’adore Astérix, Mafalda, Gaston Lagaffe, les personnages de Sempé ou de Voutch et les BD en général où le texte est autant voire plus important que l’image.

En tout cas aujourd’hui je réalise que Gaston a 50 ans (merci les média) et que son papa n’est plus là. Une minute de silence pour la vie qu'est moche qui passe vite tout ça... Enfant puis adolescente, Gaston était un de mes héros. Les autres étaient en adoration devant des chevaliers et des sauveurs que je trouvais violents, assassins et phallocrates, moi je n’avais d’yeux que pour des types comme Gaston. C’était pour moi un rebelle absolu, qui noyautait et déstabilisait le système depuis l’intérieur, et de façon complètement pacifique. La magie du truc résidait dans le fait qu’il était arrivé à se faire embaucher et que jamais personne ne le foutait à la porte. Il était dans ce monde de l’entreprise que je haïssais déjà petite de toutes mes forces et que je savais ne jamais vouloir intégrer, et lui y était et y faisait ce qu’il voulait. On lui donnait un ordre, il l’exécutait à sa manière, à sa vitesse, et disait ce qu’il pensait. Quand c’était contre ses principes, il disait non ou sabotait. Il adorait paresser, manger, inventer, rêver, jouer, et ce gosse dans le monde des adultes abrutis était une bouffée d’oxygène. Je cherche encore sa tondeuse à gazon qui «évite les pâquerettes", et je comprends l’adoration de Mademoiselle Jeanne. Une femme merveilleuse puisque rousse, chevelue et potelée. Si tu es rousse, chevelue et potelée, j’ai d’emblée un capital sympathie pour toi. Il arrivait toujours à saper l’autorité et forcément s’attirait la haine de cet andouille de Longtarin. Il aimait les animaux, sa mouette rieuse je l’entends encore, et son chat avec son trou d’balle en pointe bic était un personnage d’anthologie à lui tout seul. Et ce qui était également très fort, c’est que Gaston voulait toujours rendre service et améliorer l’ordinaire de ses proches. Bien sûr que ça foirait, il était si distrait, si lunaire… Mais grâce à des gens comme lui, son entreprise ne se faisait pas bouffer par le néocapitalisme libéral ! Ce saligaud de Demesmaeker n’arrivait jamais à signer les contrats de la boîte ! Là aussi la magie résidait dans le fait qu’il repartait furax mais revenait toujours faire d’énièmes tentatives. Je suis sûre que Fantasio le gardait parce-qu’il l’admirait secrètement… Ou pour faire sa B.A avec le « clochard » qu’il était probablement à ses yeux… Ou pour donner plus de force à la capacité qu’avait Gaston de dire « non ». Car dans ce rapport de force entre eux deux, c’est toujours Gaston qui gagnait, volontairement ou non ! La force du « non » de Gaston était plus forte que celle de Fantasio et moi ça me laissait de l’espoir à l’époque !"

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