Biffures Chroniques

Sur une brique rose, avec vue sur un arbre.

23.02.08

Derrière chez nous y'a une bouquinerie

Photo Capucine D.
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Je n’ai pas les moyens d’être bibliophile. Encore moins bibliomane. Mais Dieu, dans son infinie bonté – je m’entraîne, avec notre Humble Talonnette il va falloir ressortir de vieilles expressions –, m’a dotée d’une bibliophagie handicapée par un cruel manque de niveau de vie cossu qui aurait été en accord avec mes besoins fondamentaux. Revenons aux fondamentaux nous dit-on. Soit, je suis disciplinée et n’écoutant que les miens je suis entrée malgré tout dans une librairie. C’est un lieu sanctuarisé par le silence des non lecteurs qui se taisent avant de saisir un livre dans les rayons et le feuilleter. Ils répondent ainsi en écho à celui des lecteurs déjà plongés dans des formats A5 tapuscrits et odorants. L’assourdissant tourné des pages est un plaisir gigantesque qui ajoute une nécessaire mesure dans un verre de bonheur minuscule, le fameux bon tiers rémuesque à l’assent duquel l’on concède, émerveillé et ensuqué par des quatrièmes de couverture post-ités de la pogne du libraire, expérimentée comme celle d’un vieil amant :  directement  au plaisir ou  agaçant teasing de points de suspension...
J‘en suis sortie avec quelques boutures à tutorer dans mes étagères où certaines prendront racine puis fleur avant de pouvoir remettre la main dessus dans trois jours, une quinzaine ou deux ans. Pelot, Duras, Ernaux ou Détambel, lequel d’entre vous perdrais-je volontairement dans mes rayonnages pour le retrouver bien plus tard au bout de mon index traçant un trait en plan séquence au ras de tranches made in éditions françaises ?

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19.02.08

Incurieculum Vitae

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Photo Rémi Vannier

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Je peux castrer une mouche en plein vol par un habile lancer de nain. Si nous sommes un mardi, je peux castrer un nain en plein vol par un habile lancer de mouche.

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18.02.08

Tague ta gueule à la récré

Bon, il y a quelques assidus de mon blog qui veulent que je raconte des choses insignifiantes et inavouables sur moi. C’est hors de question. Je ne réponds pas aux injonctions, je ne suis pas le troupeau et je me fiche de déplaire en agissant ainsi. Alors Alain le routier, Planeth, Gillou le fou, Cara Carita , Cherlyly et j’en oublie, allez tous vous faire cuire un œuf. Ca dispensera ceux qui n’en peuvent plus de se taper la lecture de ces listes débiles sur les blogs de souffrir encore une fois en refermant spasmodiquement la page de mon blog. Pour les autres, voici ces quelques choses inavouables et sans importance.

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1 - Je brode avec des fils en poils de chat. Rien ne m’énerve davantage que l’improductivité de mes chats. Ils ne servent à rien, ne pensent qu’à bouffer et à dormir, et en plus ils gueulent leur race de gouttière et revendiquent comme des syndicalistes scandinaves à chaque fois que j’essaye de changer la marque de leurs croquettes ou de les nourrir à 20h01 au lieu de 20h. Comme ils perdent énormément leurs poils, je les brosse et les récupère. Puis je les carde et les file pour en faire des échevettes avec lesquelles je brode. J’ai pensé un temps les épiler comme des lapins angora mais j’ai du y renoncer très vite. 

2 - J’ai gagné au loto le vingt-deux novembre mille neuf cent quatre-vingt dix neuf. Je me suis donc payé une arpète qui tient ce blog, car j’ai horreur d’écrire. Bien sûr il est brun, bouclé, avec un grand nez, le QI d’une huître etc.

3 - Je suis tarologue. Je tire les tarots à domicile, ou par téléphone. Me contacter pour une consultation. 

4 - Je suis une des rares à ne pas prétendre avoir été présente au concert d’adieux de Jacques Brel. 

5 - Je suis hermaphrodite. Mon mari est comblé, il dit que je suis un fantasme vivant. Quant à ma maîtresse, elle est enchantée. Elle est tellement radine que je l’appelle Marie Stuart. La preuve, elle ne cesse de me dire à quel point c’est un avantage de nous économiser le prix d’un gode ceinture.

6 - J’ai tué ma belle-mère. Elle mesurait 1,97m et avait une jambe de bois. J’ai récupéré sa jambe et j’en ai fait une adorable sellette d’1,40m sur laquelle je pose mes livres en cours.

7 - Je suis née bâtarde. De père inconnu, j’ai donc supposé qu’il pouvait être de n’importe quel pays. En effet ma mère est très accueillante. Petite fille, j’ai appris que Yul Brynner avait appris sept langues, dont celle d’origine de sa fille adoptive. Fascinée, j’ai donc appris pas moins de quatorze langues pour le cas où je retrouverais un père natif d’un pays lointain. Je voulais ainsi faciliter nos éventuelles retrouvailles. Me basant sur les goûts de ma chère maman, je maîtrise donc le bantou, le yiddish, l’irlandais, le grec (elle n'aime pas les pieds égyptiens), le mandarin, le tibétain, l’argentin (elle craque sur les tempes grises),  l’inuit (elle suce des esquimaux en juillet), etc.

8 - Je suis manchot. Enfant j’en ai beaucoup souffert. Les gamins à l’école se moquaient de moi en gueulant : «pas d’bras, pas d’chocolat.» Quand mon arpète est en congé, je saisis mes articles en tapant sur les touches du clavier avec ma langue, ce qui me rend très susceptible. Le dernier qui m’a trouvé la langue bien pendue s’est pris un coup de boule.

9 - J’ai récupéré le tapis du Big Lebowski encore imprégné de son urine. Je me roule nue dedans tous les matins et conserve ainsi une peau de bébé.

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10 - Le Président est mon berger. Par amour pour lui, j’ai fait don de mes ovocytes à son épouse quadragénaire pour favoriser une grossesse que je lui souhaite rapide.

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17.02.08

La quiche et la talonnette

charliehebdon816060208dkl4* Je ne sais pas si ça s’est vu, mais quand Carla Bruni étale sa plate et lisse idiotie dans une interview en comparant le site du Nouvel Obs à la presse collaborationniste pendant l’Occupation – suite à la révélation du fameux SMS –, Nicolas Sarkozy envoie une tonitruante bombinette en proposant le parrainage d’un enfant disparu en déportation pendant cette même période par un marmouset du CM² pour détourner le petit peuple de sa bêtise sans nom.

J’ai hâte qu’un journaliste fasse gaffer la Première Quiche de France sur la question de l’esclavage pour que Notre Humble Talonnette régularise les sans-papiers « esclavagisés » sur certains lieux de travail, et qu’il demande aux familles des mômes du CM² d’adopter un enfant de sans-papiers et ses parents. Si un membre de Réseau Education Sans Frontières lit mon blog…

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* Dessin Charlie Hebdo

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14.02.08

Mais où est-ce qu'on les enterre ?

La perte d’un proche semble vécue dans les médias par des humains différents du commun des mortels. Déclarés, parfois autoproclamés amis ou proches du disparu, à peine la nouvelle encaissée – j’espère qu’ils ne touchent pas de chèque – les voici déjà sur les plateaux, l’œil sec et la mine souriante à vanter les mérites et la générosité de celui que ses vrais pleureurs ne sont pas en état de venir glorifier. Bien sûr que chacun ne montre et n’exprime pas sa peine de la même façon que son voisin, mais la douleur et/ou le chagrin ont quand même en commun, associés à la stupeur de l’évènement, de couper le sifflet ou pour le moins de ne permettre à la parole de franchir les lèvres qu’avec difficulté ou d’une voix mal-assurée. Certains vont même jusqu’à parer la décence d’une réclusion même brève dans leurs familles, et ferment provisoirement leurs volets au monde vivant et agité grâce à des lunettes sombres quand la nécessité les pousse hors de chez eux.

Alors qui sont vraiment ces témoins immédiats, prompts à une pavane pour le défunt ?

Extrait d’une chanson de Marie-Paule Belle :

Mais où est-ce qu'on les enterre ceux qui sont méchants

Qui faisaient pleurer leurs mères battaient leurs enfants

Les antipathiques tous les renfrognés

Que personne n'a jamais jamais regretté

Mais où est-ce qu'on les enterre les vilains râleurs

Les huissiers et les belles-mères et les percepteurs

Les grippe-sous notoires et les créanciers

Que personne n'a jamais jamais jamais regretté

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06.02.08

Trouvé ce matin dans ma boîte e-mail

Et j'ai bien ri !

Dernier conseil d'administration de la SocGen

"- Bon, les gars, on déconne, on déconne, mais on s'éloigne des vrais problèmes. Qui veut un calva ? J'ai du 80 ans d'âge que je fais venir directement de la ferme. Une rareté.

- Qui a pris les cigares ? Jean-Eudes, ne faites pas le rat, renvoyez les havanes par ici.

- Messieurs ! Quand vous aurez fini de vous torcher, on en reviendra au sujet du jour. Où est Roger ?

- Aux toilettes, monsieur le président, il a du mal à digérer la purée de céleri.

- Bon, puisque notre directeur financier est malade, je vais moi-même rentrer dans le sujet. Peuf... Peuf... (il allume un cigare). Messieurs, comme je le disais, l'heure est grave. Merci pour le calva, Pierre-Henri. Les calculs faits par ma stagiaire cette nuit montrent que nous avons perdu entre 5 et 9 milliards par la faute de ces gros ploucs d'amerloques.

- Font chier, ces yankees. On ne peut plus faire confiance à personne !

- Silence, Charles-Edouard ! Il est trop tard pour nous lancer dans une analyse de risques approfondie. La question du jour est : qui va porter le chapeau ? 

Silence général. Tout le monde se regarde bizarrement. 

- Non, ne vous inquiétez pas, on n'en est pas encore à foutre des cadres dirigeants à la porte. Le plan social, on le fera sur les guichetiers, il ne faut pas que déconner. Non, mais sérieusement, il faut trouver un clampin à faire dégager rapido. De préférence, un qu'aucun d'entre nous ne connaît, histoire de dire qu'on n'était pas au courant.

- Oui, monsieur le président, mais qui ?

- Je n’sais pas moi, je n’suis pas là pour tout faire, non plus. Il n’y a personne que vous voulez virer ? Un trou de balle, un minus, mais avec une bonne gueule de psychopathe, qu'on pourrait montrer à la télé en disant "tout est de sa faute" ?

- Oui, comme les anciens hébreux chargeaient un bouc de leurs péchés avant de l'envoyer dans le désert...

- Charles-Hubert, vous nous les pétez menu avec vos histoires de cureton. Ce n’est pas parce que vous avez passé 15 ans chez les jèzes qu'il faut la ramener à chaque codir. La dernière fois, c'était Saint-Paul à Damas pour illustrer le moment où Bernanke a compris qu'il était dans la merde, et la prochaine fois, vous nous faites quoi ? Sodome et Gomorrhe ? Le Déluge? Allez, on y va, on me donne un nom.

- Mais, président, on ne les connaît pas, les noms des collaborateurs. On leur parle à peine, et encore, seulement pour les engueuler.

- Bon, OK, je vois, c'est encore moi qui vais tout faire. Pierre-Matthieu, passez-moi votre portable. Le trombi de la boîte, où est-il ?

- Ici, monsieur le président.

- Putain, ces tronches de tarés qu'ils ont ! Eh ! Aux RH, vous n’avez jamais pensé à donner des consignes, du genre "éviter d'embauchés des demeurés" ? Bon, on n’va pas s'en sortir, je clique au hasard... Tiens, celui-là, Bernard Hurningh, qu'en dites-vous ?

- Il est conseiller clientèle à Dôle, monsieur, personne ne croira jamais qu'on a perdu 5 milliards à cause de lui.

- Même en magouillant avec la Suisse ?

- Ce n'est plus c’que c'était, monsieur, la Suisse. Le secret bancaire n'est même plus garanti, ils seraient fichus de nous prouver qu'on raconte des craques.

- Mouais, il va falloir taper dans du lourd. Celui-là, Marc-Brice, à votre avis ?

- Directeur financier d'une sous-filiale spécialisée dans le prêt agricole, monsieur. C'est la bourse qui craque, pas le marché du purin.

- Faites le malin, Jean-Edouard, foutez-vous de ma gueule. Bon, celui-là, il a une vraie tronche de vainqueur. C'est mon dernier mot, vous vous sortez les doigts du cul et vous me le mouillez à mort. Jean-Gui, en tant qu'ancien membre du cabinet de l'Elysée sous Mitterrand, les barbouzeries, ça vous connaît, non ?

- Oui, on peut magouiller un peu le système informatique, histoire de faire croire qu'il nous a truandés. Faites voir le nom ?

- Kerviel, Jérôme Kerviel. Encore un de ces petits merdeux qui croient qu'ils vont devenir riches parce qu'ils passent des ordres de bourse toute la journée sur leur écran. On dirait des hamsters sous acides, ces branleurs. Allez, celui-là paiera pour les autres.

- Mais, monsieur, 5 milliards sur le dos de ce trou de balle, personne n'y croira jamais !

- Je vous signale, mon petit Charles-Edouard, que 80% des Français se sont déplacés il y a un peu plus de six mois pour départager une dinde hystérique et un velléitaire complexé par sa taille, alors vous savez, le sens critique de ces glandus... Bon, on y va. Plan média, bidonnage informatique, communiqué de presse, plan social en backup, je veux tout ça sur mon bureau demain matin. Et vous me supprimerez le coupon de cette année, ça fera les pieds à ces connards d'actionnaires. Quelqu'un reveut du champ' ?"

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30.01.08

Inventaire 2008

Quand j'ai publié la liste qui suit il y a presque un an sur mon ancien blog, je ne savais pas à quel point elle serait cruellement d'actualité.

Chat persan

Cèdre du Liban

Lévrier Afghan

Profil grec

Oncle d'Amérique

Téléphone arabe

Croix de Malte

Bleu de Prusse

Café turc

Clé anglaise

Escalope milanèse

Blue Rondo à la Turque

Douche écossaise

Chapeau chinois

Ballade irlandaise

Frères siamois

Sauce Hollandaise

Pain viennois

Panama

Châteaux en Espagne

Feu de Bengale

Omelette norvégienne

Petit suisse

Porte d'Italie

Papier d'Arménie

Auberge espagnole

Portugaises ensablées

Ombres chinoises

grippe asiatique

Store vénitien

Encre de Chine

Cuir de Russie

Terre de Sienne

Cochon d'Inde

Chiffre romain

Quart d'heure américain

Eté indien

Jardin japonais

Tous sans-papiers ...

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29.01.08

Petits bras

[...]La pluie nous a débués et lavés,

Et le soleil desséchés et noircis.

Pies, corbeaux nous ont les yeux cavés,

Et arraché la barbe et les sourcils.

Jamais nul temps nous ne sommes assis

Puis çà, puis là, comme le vent varie

A son plaisir sans cesser nous charrie,

Plus becquetés d'oiseaux que dés à coudre.

Ne soyez donc de notre confrérie ;

Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre ![...]

François Villon - La Ballade des pendus

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Loïs De Murphy

37, place des blogues

1984 Site-sur-la-Toile

________________________________________Franck POIREAU

________________________________________22, rue de la Pénitence

________________________________________4400 Halle Quatéraz

________________________________________le 29/01/2008

Cher Franck,

Je t’écris au sujet de cette affaire qui nous bouleverse tous, des ornières de la départementale 906 au sommet des douze branches de la place de l’Etoile. Je n’utilise pas le vouvoiement avec toi, non par manque de respect ou souci d’intimité, mais par cette même appartenance à la catégorie des joueurs petits bras. Comment je le sais ? Je lis la presse locale figure-toi, et à la page des faits divers un article explique très bien comment tu as pris une peine de quelques mois de prison ferme – très peu de sursis – pour un vol de voiture. Plutôt minable ! Quand je pense que tu es tombé pour une Fiat Panda en plus. D’après ce qu’il se passe aujourd’hui, je peux pronostiquer qu’avec le vol d’une Ferrari tu serais sorti libre du Tribunal. Attends, je ne te juge pas, mais franchement ta peine tu ne l’as pas volée. Moi je sors d’un mois de prison. C’est le Juge du Tribunal de Dijon qui m’a condamnée. J’avais volé pour une cinquantaine d’euros de nourriture dans une grande surface pour nourrir mes enfants, mon salaire à mi-temps ne me suffisait plus. Le directeur du magasin n’avait même pas porté plainte tu te rends compte ? Dans le quartier maintenant ils m’appellent tous Cosette, c’est malin !

J’ai une pensée pour mon voisin, Monsieur Bouchard. Il s’est emberlificoté dans un crédit revolving. Avec les agios et les pénalités de retard, il est monté à deux mille euros et s’est fait saisir la semaine dernière. Maintenant il dort sur un matelas à même le sol et regarde par la fenêtre pour remplacer la télé. Tu vois, nous sommes pas mal de petits joueurs et je cite uniquement ceux que je connais.

Bref, tout ça pour te dire, pauvre imbécile – oui, je fais quand même une distinction entre M. Bouchard et moi d’un côté, et toi de l’autre – que si tu avais joué dans la cour des grands, tu aurais obtenu la liberté sous contrôle judiciaire à la sortie de ton Tribunal. Comment ? Très simple. Une maison à Neuilly, un métier de trader, un détournement de cinq milliards d’euros et une brigade financière pour venir perquisitionner à ton domicile, au cas où la somme en liquide serait planquée dans ta chasse d’eau. Ridiculisés, les René Girier, Emile Buisson ou Pierre Loutrel ! Avec les sommes dérisoires de leurs menus larcins bancaires, ils ne pouvaient que plonger. La France aime les ambitieux. La France aime la grandeur. Regarde les infirmières qui n’arrivent pas à se faire payer leurs heures supplémentaires. Bien fait ! Un métier de larbin femelle n’a pas à être grassement rétribué. Par contre, Président de la République, ça, ça a de la gueule. Cent soixante-dix pour cent d’augmentation et le peuple est content. Regarde le groupe Total : Il a fallut des années pour qu’il soie jugé, la somme qu’il va payer est dérisoire, et en plus il a le culot de faire appel ! T’inquiète, tout le monde va continuer à se servir à leurs pompes, il n’y en a aucun qui va boycotter. Alors ? Tu vois que tu n’es qu’un looser.

Bon, je te laisse, j’ai reçu un courrier de ma banque qui me rappelle que je n’ai pas le droit d’avoir un découvert pendant plus de deux mois sinon je me fais bloquer ma carte et plus si affinités, donc je vais aller verser les quinze euros qui me mettent dans l’embarras.

Très cordialement,

_____________________________________Loïs de Murphy

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26.01.08

La mort vous va si bien

Je bois mon thé matutinal sans Papistacherie. Une citation de Mark Twain volète dans la pièce, assez lentement pour la lire du coin de l’œil : « Ne perds pas ton temps à répéter que le monde te doit quelque chose. Le monde ne te doit rien. Il était là avant toi.» C’est ce que j’aurais aimé dire à un jeune homme recroquevillé dans ses poings hier, mais elle ne m’est revenue que ce matin. Un peu tard pour la spontanéité, tant pis… Il s’en apercevra tout seul, avec ou sans casse-couettes pour le lui dire. Je sors de ma rêverie quand une réclame à la radio tente de me séduire. La voix est féminine, douce, sensuelle. Très sensuelle. Les consommateurs potentiels sont exclusivement masculins, ou les femmes succombent toutes à des émois saphiques faut-il le croire, puisque le recours à cet artifice est de plus en plus fréquent. Je l’écoute et recrache mon thé. La voix me suggère de regarder un film empli de meurtres de psychopathe, barbouillé de sang chaud et de corps refroidis. L’érotisation de la mort, de la douleur et de la violence est de plus en plus présente pour vendre n’importe quoi. Les débats philosophiques sur les rapports entre Sade et Masoch ne me parlent pas. La confrontation des pulsions freudiennes d’Eros et Thanatos me fait bien rire. Par contre, vouloir rendre la mort sexy me fait vomir. Banaliser, esthétiser le meurtre et planquer les mouroirs indigents de la République et des familles abandonniques est un paradoxe malsain que je ne cautionnerai jamais. J’ai éteint la radio. Le Stabat Mater fraîchement interprété par Philippe Jarousski prend la suite. Le chant est magnifique, mais grave, étroitement lié à la douleur et la mort qu’il dépeint. Si l’art a plusieurs facettes, je sais lesquelles je préfère regarder en plein visage.

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22.01.08

Bis repetita placent

Quand j’étais petite… Oui, vous avez raison, on s’en fiche un peu. Nous ne sommes ni dans la rubrique « journal intime » d’un blog girly, ni dans la lucarne à blaireaux. Rhaaaaaa quel dommage, je vous aurais bien raconté la fois où… Bon, d’accord vous ne saurez pas. Il n’empêche qu’à cette époque j’étais scolarisée comme tous les enfants sans-papiers de mon âge, et qu’il y avait un exercice qui en rebutait plus d’un : écrire une rédaction. La plus célèbre étant celle de la rentrée où il fallait raconter ses vacances. Cruel exercice où les mouflets croyaient devoir y dire toute la vérité – et non ! Pas de futur politicien dans ma classe cette année-là – à la maîcresse "Aurélie de Sorbet de Pougnadorès mon petit j’ai déjà contacté ton papa et ta maman pour leur demander de te prendre un rendez-vous chez l’orthophoniste" et où chacun pouvait vérifier les mérites comparés de leurs parents en fonction de la destination et des loisirs qu’ils avaient pu leur payer. "Han ! Valérie Tortochot la honte, t’as jamais vu la mer ! "

La maîcresse pour corriger nos torchons nous traitait tous sur un pied d’égalité, puisque du haut de nos quelques pommes, nous buvions notre honte devant les cercles rouges dont elle entourait nos répétitions. Elle avait deux haines tenaces, une pour le verbe « faire » qu’elle trouvait plutôt cossard et pauvre, et une autre pour les mots utilisés plusieurs fois. Nos relectures nous permettaient d’énucléer nos textes de bis, de ter voire de quater (si ! si ! Ca m’arrive encore), vulgaires yeux de pomme de terre raclés par nos stylos effaceurs. Si je mets la main sur celui qui a dit : bis repetita placent…

Ceux qui rédigeaient leurs proses avec une bonne orthographe et une richesse de langage suffisante pouvaient éventuellement fantasmer sur des études littéraires, et pourquoi pas sur une école de journalisme.

C’est pourquoi je vous préviens : si je trouve encore un journaliste pour utiliser les mots : tarmac, tsunami et bling-bling dans les médias, je lui fais bouffer sa carte de presse !

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