20.07.08
A petits pas sur un fil
Un escargot dort sur une feuille de
mûrier blanc et n’entend pas que je m’éloigne à petits pas vers le Gers. Il devra partir lui aussi, un ver à
soie grignote l’ovale vert du lobe jusqu’à la nervure. Tant pis s’il perd son
combustible à doupion, il n’a pas ma prévoyance. Je bâtirai ma nouvelle maison dans les
houppiers gersois qu’il glissera encore, pauvre hère, d’un pied marin sur son
collagène.
Illustration piquée aux éditions Rhubarbe.
19.07.08
Deus irae
Iris Rocancourt a remercié Dieu pour
sa libération.
Espérons que ce geste ouvrira les
yeux de tous les garrottés du monde pour qu’ils prient avec davantage de foi et
de ferveur : l’intervention divine se mérite.
Illustration Annie Samuelson.
18.07.08
Plateau repas
Vu chez MiC, si vous aimez les chats ça devrait vous parler :
13.07.08
Prisonnier au Creusot
Christian Bobin, un de mes rares
écrivains préférés, vit depuis toujours au Creusot. Il y est né, et comme sa sœur
ainée Emily Dickinson, ses pérégrinations, fugues et voyages, il les effectue
entre la sagesse d’un pétale de tulipe et le tremblé du rire grêle d’une petite
fille.
Un soudard, cuistre fieffé par-dessus
le marché malgré un manque de culture assumé, a osé souhaiter se déplacer
jusque dans sa ville chère pour saluer à l’usine sidérurgique la présidente qui
investit actuellement dans le Creusot pour y fabriquer des cuves d’EPR.
Probablement étions-nous plusieurs à
ne pas souhaiter qu’il touche cette ville du bout de ses talonnettes, car la
météo fut mauvaise et son décollage en hélicoptère annulé. C’est en voiture qu’il
a effectué le trajet, se rendant ainsi compte de la beauté sauvage du paysage
bourguignon. Je plaisante bien sûr, j’ai le droit de rêver au miracle de cet
homme enfin touché par quelque chose qui ne dépende pas de sa maîtrise.
Voici ce qu’il y aurait vu, s’il
avait eu le regard de Bobin :
« A qui vient du dehors, le
Creusot présente son visage de brute : un marteau-pilon à vapeur, comme le
presse-papiers d’un géant oublié là, à l’entrée sud de la ville. Il servait
jadis à forger des blindages pour la marine. Sa puissance était doublée par le
velours d’une extrême délicatesse : ce marteau qui aplatissait l’acier le
plus pur pouvait aussi bien fendre une coquille de noix sans en écraser le
fruit. Personne n’est aussi délicat qu’un ogre. C’est dans cette ville qui a
choisi pour emblème un marteau-pilon de cent tonnes que m’a été révélée l’existence
d’une chose incroyablement légère et silencieuse, arrivant du fond du temps
vers nous, portée par des ailes d’une aveuglante blancheur.
J’ai grandi dans une ville où,
pendant deux siècles, pour gagner son pain, il fallait aller le chercher dans
la gueule rougeoyante des hauts-fourneaux. L’usine recouvrait tout. Même les
moineaux étaient aux couleurs des Schneider. Un empire aussi puissant est
équivalent à un désert : le cœur s’y simplifie, l’âme s’y aiguise. Cette
ville réputée pour la brutalité et le vacarme de son industrie fut pour moi aussi
paisible qu’un monastère dont, pendant mes vingt premières années, je n’ai
habité qu’une toute petite partie – une chambre et une cour grise que des
hortensias éclairaient sourdement de leurs vapeurs bleues. L’éclat du ciel
réverbéré par leurs pétales est mon plus profond souvenir. Cette lumière
bleutée entrait au matin comme une reine dans ma chambre de petit pénitent.
Cette ville est un géant allongé dans
une plaine. Ses bras lancés loin de son corps, sa tête posée sur une colline,
il dort, écrasé par deux siècles de labeur. Les rêves qu’il enfante sont en
acier trempé. J’ai grandi dans une poche du gilet de cet homme. […] La nuit, la
chute des plaques de fer dans l’usine illuminée faisait vibrer la Voie lactée,
menaçant de décrocher les étoiles. On eût dit qu’une ménagère rangeait des
piles de draps en acier au fond d’une armoire. Les jours fériés, un grand
silence visitait chaque rue… »
Entre les pages dix-neuf, vingt et vingt-et-un de Prisonnier au berceau,
éd. Mercure de France 2005.
Photo de Ch. Lallement
12.07.08
J'ai envie de faire pipo
J’ai commis ce billet d’humeur l’an dernier à la même époque sur mon ancien blog.
Quand
j’entends l’expression « petite reine », je pense généralement au
recueil de dessins de Sempé, Question d’équilibre, et je fredonne la
chanson de Gian Maria Testa qui en a fait le titre d’une de ses chansons en
français. Enfin c’est surtout vrai pour tout le reste de l’année, parce qu’en
ce moment, et plus particulièrement aujourd’hui et ce jusqu'au 29 juillet, je
me fais plutôt bassiner les oreilles à l’huile tiède ayurvédique avec celle du
Tour de France.
–
Ah mais c’est qui Petite Reine ?
–
Ah mais c’est qui Tour de France ?
Toi
aussi tu te poses la question ?
Alors
c’est approximativement un tour de pédales géant, très fatigant, avec des
cyclistes vus du ciel – je n’ose même pas me rappeler le coût de l’hélicoptère
à la journée – et des beaufs qui sautent par-dessus des grilles et poussent
leurs favoris en s’agrippant à leur selle pour les faire aller plus vite et
ainsi gagner la course – tu parles, Charles ! On assiste toujours au gadin
spectaculaire d’un des cyclistes à cause de ces corniauds – et des journalistes
en moto qui les enquiquinent aussi pour avoir leurs impressions. A moitié
canés, essoufflés comme des cardiaques et les veines gonflées comme sur un
adepte des modifications corporelles, ces crétins crachent dans le micro au
lieu de les envoyer paître. Quand on coupe le son, on peut se concentrer sur
les magnifiques paysages traversés par les coureurs, et à chaque fois que je
tombe sur cette course, j’ai irrémédiablement et systématiquement envie
de : partir vivre dans la vallée de la Maurienne ; acheter un corps
de ferme dans le Gers, ouvrir des chambres d’hôtes en Ardèche etc.
Le
problème avec ce tour de France, c’est qu’il fait sortir de la cave quelques
vélos de course et costumes de clown traveloté. Et ces couillons viennent par
grappes rouler à toute allure glissés dans des préservatifs colorés et me
casser les pieds pendant mes balades sur le Canal du Midi. Le 30 juillet ces
abrutis remiseront leurs bécanes dans leurs sous-sols, mais là pendant trois
semaines ils vont tous se prendre pour Anquetil ! Soupir…
Autrefois
les coureurs du Tour de France ne se dopaient pas, ils se servaient des rasades
de pinard. C’était facile à repérer car ils sentaient du bec. Aujourd’hui c’est
un peu plus subtil, pour savoir s’ils sont dopés il faut leur faire faire un
test d’urine. Encore qu’un médecin m’a dit récemment que dans la plupart des
cas, avec un examen des pupilles et une prise de pouls on était déjà pas mal
fixé si je puis dire. Moi je n’ai pas besoin d’être médecin pour me dire que si
un peloton roule aussi vite qu’un zigue dopé c’est soit que la substance, c’est
du placebo, soit que tout le peloton pique au truc.
En
tous cas maintenant aux infos, à chaque fois qu’ils parlent des coureurs, ils
nous parlent également de la qualité de leurs urines. Les autres sportifs bien
sûr ne prennent rien, tu n’as envie de te doper que si tu fais du vélo.
Et
c’est tellement bien intégré dans les discours actuels, que même les
publicitaires l’ont remarqué. Hier soir au 20h j’ai assisté à une interview
surréaliste. Un cycliste, Christophe Moreau, échangeait avec Laurent Delahousse
son point de vue sur la démission du directeur de Cabinet de Rachida Dati –
Quoi ? J’avais coupé le son, j’ai le droit d’imaginer ce que je veux, nan ?
– quand en levant les yeux (et oui il m’arrive parfois de les baisser
modestement quand on me fait remarquer qu’on s’est encore tapé tout seul et
la préparation du repas, et la vaisselle), j’aperçois deux écrans géants
au-dessus du garçon d’une trentaine d’années. Et là un irrépressible fou rire
me prend, je me lève et je me colle presque à l’écran pour être sûre d’avoir
bien lu le nom du sponsor sous les écrans : Nom de Dieu c’est
magnifique ! Le sponsor n’est autre que Prédictor, la marque d’un célèbre
test d’urine… pour déceler une grossesse !
Je
me demande si je ne vais pas le suivre le Tour cette année, au moins pour
repérer d’autres perles de cette finesse !
11.07.08
Message personnel
A l’attention de
Lephauste :
« Mais ce qui attire le plus les yeux, c’est, en face de l’auberge du
Lion d’Or, la pharmacie de Monsieur Homais ! Le soir, principalement, quand son
quinquet est allumé et que les bocaux rouges et verts qui embellissent sa
devanture allongent au loin, sur le sol, leurs deux clartés de couleur, alors à
travers elles, comme dans des feux de Bengale, s’entrevoit l’ombre du
pharmacien accoudé sur son pupitre. »
In
Madame Bovary de Gustave Flaubert
08.07.08
Est-ce ainsi que les brunes vivent...
Une brune pieuse veut en découdre
avec sa patrie colombienne
Une brune frivole chante le danger de
la blanche colombienne
Une brune Farc vient expier en France
ses exactions colombiennes
Je vais peut-être me teindre en
blonde pour les mois chagrins qui viennent…
25.06.08
La fatigue des lucioles
D'aucuns exercent leur puissance sur autrui
avec une main basse et une main leste, un cylindre sur une tempe ; le diktat d’une
majesté des mouches ; une taille trente-quatre ; un rideau crotté
chez un micheton ; un cadeau de fesse-mathieu ; un retrait de quignon
dans une bouche ; une
trempe sur un refus d’obtempérer ; une course dans un sable africain ;
une concussion sur les éconocroques d’un subclaquant ; une excision de berlingot ; un grain de sel sur
une escarre ; une expulsion
de bébé du ventre d’une sans-papiers ; un œilleton dans la chambre de
Cosette ; le sexe des anges dans une bouche crédule, et mon cul sur la
commode.
Illustration Prince Vlad
23.06.08
Beauf qui peut
Bruno Chambertin est exaspéré. Au
retour de sa visite préférée dans la galerie marchande de Leclerc, où il peut s'acheter tous les sweet-shirts de la marque Serge Blanco, il a retrouvé sa
voiture dans un piteux état. La superbe Nissan Qashqai intensive blue, acquise
trois mois en arrière malgré un crédit foncier, un crédit conso et l’école d’esthétique
de Beverly affiche une méchante estafilade gravée certainement au moyen d’une
clé plate. Elle part de l’aile avant gauche et s’arrête au milieu de la
portière arrière, à hauteur de nain, d’enfant ou de fauteuil roulant.
C’est la troisième fois que cela lui
arrive, et il a vraiment le sentiment que la coupe est pleine. Car enfin quoi,
il n’est pas resté plus de trente minutes sur cet emplacement réservé aux
handicapés. Ce n’est tout de même pas de sa faute si ce sont toujours les mêmes
qui bénéficient des meilleures places !
Illustration Voutch
19.06.08
Autodafé
Ânes bâtés exaspérés par le niveau
des perles de Marc Lévy.

