13.04.08
Comme un doigt gros sur la tranche
Et bien non, le recueil de nouvelles
ne va pas au lecteur cossard, diligent ou en mal de concentration, au
paltoquet pressé de couper court, au sujet instable.
Il va plutôt à l'anagnoste qui a
le deuil rapide – capacité des accompagnateurs en fin d'histoire –,
c'est à dire l’implication pleine et entière suivie de la prise de congé rapidement
digestible.
Libellés : nouvelles ; biffures
07.04.08
Migou
J’entendis parler d’une éventuelle mise à l’index, mais je convoitais quelques richesses entr’aperçues récemment dans la jolie vitrine pékinoise. Je baissai opportunément mon pantalon - j'avais un joli cul -, et en signe d’apaisement je choisis de maintenir mes négociations aurifères, puis arborai un adorable badge en peau de tibétain où figurait un aphorisme quelconque sur la paix dans le monde.
23.03.08
File aux oeufs
J’aime le paradoxe des gens prévoyants. Ils anticipent sur un avenir qui les angoisse dans le même temps qu’ils parient donc avec optimisme qu’ils y seront encore présents.
Libellés : philosophie ; oeufs ; biffures
18.03.08
Descendez l'escalier
Photo Dominique Robert
J’ai toujours détesté les maisons à
étage. Si vous me demandez pourquoi, je vous répondrai d’abord que je n’en sais
rien, et puis des sons et des silences, des voix et des absences me
reviendraient en tête. Par cette mémoire auditive je retrouverai
progressivement des fragments d’image, et je les recollerai petit à petit en
avançant plus vite sur le bas que sur le haut, tant il est vrai que les
souvenirs agréables reviennent plus vite. La maison de mon enfance commencerait
à prendre forme, d’abord le perron et la porte d’entrée, puis l’intérieur après
le vestibule.
Des moments plaisants évoluaient en
flux pendulaires dans les couloirs du rez-de-chaussée et s’attardaient parfois
dans les pièces. Une recette réussie ou un biscuit volé, des montées de gammes
chromatiques dans la salle de musique, un film autorisé dans le salon un lundi
soir, une graine de haricot germée dans un coton sur la fenêtre. En bas des
souvenirs d’enfants joyeux sans être bruyants, en haut la partie de l’escalier
emprunté à pas trainants où il fallait commencer à se taire.
Si vous me forcez à remonter les
marches je garderai le même pas lourd pour ne pas arriver trop vite aux
chambres. A la mienne où j’ai souvent été enfermée à jeun pour avoir contredit
Dégelée Royale, à la sienne où elle vivait, avec cette épouvantable odeur de
médicaments et de mort en attente, et ce grenier d’où sortaient les fantômes
qui m’envahissaient chaque fois qu’elle dévissait l’ampoule de ma lampe de
chevet.
Je préfère rester en bas dans le
bruit et la vie de gens ordinaires, les appartements en hauteur sont pleins du
silence qui précède la violence.
Je vis dans une maison de plain-pied,
et bien que ma mère soit descendue au sous-sol pour un autre silence, je n’ai
toujours pas envisagé de récupérer celle de mon enfance.
17.03.08
Angle de vue
La lourde psyché est toujours à
droite de la fenêtre, mais en diagonale et posée sur une carpette, avec vue sur
les toits.
Peut-être que c’est moi qui l’ai
tournée après y avoir vu à la dérobée depuis le seuil de la chambre bleue la
buée du dernier souffle de ton père la veille du jour où l’amant de ta mère s’y
regardait.
16.03.08
Réminiscence aux agrumes
Heureusement, j’avais pris des notes
sur le mur porteur de mon bureau, en papier bibliophile inaltérable pur
chiffon. Pour ne pas m’influencer je les avais griffonnées au jus de citron, et
c’est en promenant la flamme d’une vieille chandelle à hauteur de mes yeux que
tout me revint en mémoire.
15.03.08
Perle
Plutôt que faire un pas de clerc, mieux vaut parfois imiter une demi-pause
suivie d’un quart-de-soupir pointé pour masquer un cil blond.
14.03.08
Doléances et résolutions d'une minette
Envisager
la contrainte. Entrer davantage et chaque jour dans une maison ouverte. Lustrer
son poil d’une bave nouvellement riche ; oublier une ancienne sialorrhée.
Boire à des filets ouverts par une main servile, pignocher des boulettes
roulées dans de la valériane, et pisser dans les ficus de sa maîtresse pour
refuser l’adoption d’une norvégienne.
13.03.08
080313
Je n’envisageais pas une nuitée dans
ce gîte avec autant de membres de l’UIMM. Le trajet – long – m’avait permis de
me gaver de pêches mûres et de tartes bressanes, et laissé le temps de
sympathiser avec les roues d’une 4L vénérable. Je choisis de dormir dans la
voiture, entourée de mes nouvelles potes.
11.03.08
Avec des feuilles et du papier
Photo JL62
Il me faudra tout d’abord renoncer à
vivre dans un arbre. Mon amour des arbres n’est pas compatible avec un trivial
besoin de sécurité et de confort.
J’abandonne mon rêve arboricole.
Il faudra ensuite envisager une
proximité avec un potager sauvage, un verger abandonné et un poulailler
spontané de poules fugitives, car j’éviterai la fréquentation de toute ville.
Mes besoins seront simples pour
éviter la corvée de la cuisine, mais je la construirai comme chez certains
aragonais chez qui je l’ai vu faire, avec une cheminée centrale pour assurer la
cuisson et le chauffage. La chambre sera vite meublée d’un vieux drap embossé de
feuilles, et il faudra établir des plans pour produire de l’électricité avec
une roue à aubes pour la musique. Les coins d’hygiène et un salon bien sûr,
avec un bureau et des étagères pour mon papier et mes livres. Enfin, une
serrure et une clef. Une fois tout ceci achevé, je mettrai la clef dans mon sac
qui depuis toujours me tient lieu de domicile, du moins les imprimés froissés au fond qui me
font reconnaître de mes pairs, et reprendrai la route que j’arpente et qui m’habite.

