Biffures Chroniques

Sur une brique rose, avec vue sur un arbre.

18 mars 2008

Descendez l'escalier

Photo Dominique Robert

dominique_robertJ’ai toujours détesté les maisons à étage. Si vous me demandez pourquoi, je vous répondrai d’abord que je n’en sais rien, et puis des sons et des silences, des voix et des absences me reviendraient en tête. Par cette mémoire auditive je retrouverai progressivement des fragments d’image, et je les recollerai petit à petit en avançant plus vite sur le bas que sur le haut, tant il est vrai que les souvenirs agréables reviennent plus vite. La maison de mon enfance commencerait à prendre forme, d’abord le perron et la porte d’entrée, puis l’intérieur après le vestibule.
Des moments plaisants évoluaient en flux pendulaires dans les couloirs du rez-de-chaussée et s’attardaient parfois dans les pièces. Une recette réussie ou un biscuit volé, des montées de gammes chromatiques dans la salle de musique, un film autorisé dans le salon un lundi soir, une graine de haricot germée dans un coton sur la fenêtre. En bas des souvenirs d’enfants joyeux sans être bruyants, en haut la partie de l’escalier emprunté à pas trainants où il fallait commencer à se taire.
Si vous me forcez à remonter les marches je garderai le même pas lourd pour ne pas arriver trop vite aux chambres. A la mienne où j’ai souvent été enfermée à jeun pour avoir contredit Dégelée Royale, à la sienne où elle vivait, avec cette épouvantable odeur de médicaments et de mort en attente, et ce grenier d’où sortaient les fantômes qui m’envahissaient chaque fois qu’elle dévissait l’ampoule de ma lampe de chevet.
Je préfère rester en bas dans le bruit et la vie de gens ordinaires, les appartements en hauteur sont pleins du silence qui précède la violence.
Je vis dans une maison de plain-pied, et bien que ma mère soit descendue au sous-sol pour un autre silence, je n’ai toujours pas envisagé de récupérer celle de mon enfance.

 

 

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17 mars 2008

Angle de vue

psyche_miroirLa lourde psyché est toujours à droite de la fenêtre, mais en diagonale et posée sur une carpette, avec vue sur les toits.
Peut-être que c’est moi qui l’ai tournée après y avoir vu à la dérobée depuis le seuil de la chambre bleue la buée du dernier souffle de ton père la veille du jour où l’amant de ta mère s’y regardait.


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16 mars 2008

Réminiscence aux agrumes

tasse_cafe_et_chandelleHeureusement, j’avais pris des notes sur le mur porteur de mon bureau, en papier bibliophile inaltérable pur chiffon. Pour ne pas m’influencer je les avais griffonnées au jus de citron, et c’est en promenant la flamme d’une vieille chandelle à hauteur de mes yeux que tout me revint en mémoire.


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15 mars 2008

Perle

Plutôt que faire un pas de clerc, mieux vaut parfois imiter une demi-pause suivie d’un quart-de-soupir pointé pour masquer un cil blond.

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14 mars 2008

Doléances et résolutions d'une minette

Envisager la contrainte. Entrer davantage et chaque jour dans une maison ouverte. Lustrer son poil d’une bave nouvellement riche ; oublier une ancienne sialorrhée. Boire à des filets ouverts par une main servile, pignocher des boulettes roulées dans de la valériane, et pisser dans les ficus de sa maîtresse pour refuser l’adoption d’une norvégienne.

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13 mars 2008

080313

Je n’envisageais pas une nuitée dans ce gîte avec autant de membres de l’UIMM. Le trajet – long – m’avait permis de me gaver de pêches mûres et de tartes bressanes, et laissé le temps de sympathiser avec les roues d’une 4L vénérable. Je choisis de dormir dans la voiture, entourée de mes nouvelles potes.

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11 mars 2008

Avec des feuilles et du papier

Photo JL62

jl62Il me faudra tout d’abord renoncer à vivre dans un arbre. Mon amour des arbres n’est pas compatible avec un trivial besoin de sécurité et de confort.
J’abandonne mon rêve arboricole.
Il faudra ensuite envisager une proximité avec un potager sauvage, un verger abandonné et un poulailler spontané de poules fugitives, car j’éviterai la fréquentation de toute ville.
Mes besoins seront simples pour éviter la corvée de la cuisine, mais je la construirai comme chez certains aragonais chez qui je l’ai vu faire, avec une cheminée centrale pour assurer la cuisson et le chauffage. La chambre sera vite meublée d’un vieux drap embossé de feuilles, et il faudra établir des plans pour produire de l’électricité avec une roue à aubes pour la musique. Les coins d’hygiène et un salon bien sûr, avec un bureau et des étagères pour mon papier et mes livres. Enfin, une serrure et une clef. Une fois tout ceci achevé, je mettrai la clef dans mon sac qui depuis toujours me tient lieu de domicile, du moins les imprimés froissés au fond qui me font reconnaître de mes pairs, et reprendrai la route que j’arpente et qui m’habite.

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08 mars 2008

Au bout du lacet


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Le changement de lumière ne semblait pas annoncer une nuit de prédateur. La lune serait pleine et le petit bois vide de plumes et de cornes. Accrochés sur le flanc de la Dent Couronnée, du moins était-ce ce que l’on semblait en apercevoir depuis le haut de la vallée, le vieux Castaing rebroussait chemin pour ranger son troupeau. On pouvait de ce côté de la montagne rentrer en empruntant un lacet escamoté en quelques endroits par de petits éboulis, mais c’est le grand chemin des refuges qui avait la faveur des touristes.
Le silence habitait le site de plein droit dès ce point du jour, et parfois même avant quand personne, ni bête ni homme n’était passé depuis au moins une heure. Si la curiosité laissait le promeneur averti ou inconscient prolonger sa marche jusqu’après l’ancien fort Marie-Christine, alors il pouvait tomber sur le bois du Pénitent Gris et y pénétrer jusqu’à une clairière, devinée depuis le ciel par une canopée disparate. Les nuits sobrement éclairées laissaient moins de chance de retour, et les secouristes retrouvaient parfois au petit matin des gens transis et déconfits dans les fragrances d’un sommeil bref. C’est pourtant au fond de cette clairière qu’une solide corde neuve ceinturait un bout de terre, quelques arbres et un ruisseau, avec maintenu par un fil de fer un écriteau marqué terrain à « vendre ».
Sur la parcelle à deux pas d’un épicéa, quelques bouts de bois imitaient une maison.
La cabane était drôle, ou du moins prêtait à sourire, de guingois, trapue et mal isolée avec ses angles pointus et ses fenêtres sans vitres – juste de vieux coutils pour la pudeur –, mais c’était la maison des enfants, et le simple fait qu’ils l’avaient construite de leurs propres pognes, avec deux canifs, quelques clous et un marteau (en tout cas c’est ce qu’ils affirmaient dans le cadre des rares visites autorisées aux adultes ou aux moutards du village voisin), devait suffire à leur obtenir le respect et quelques meubles d’occasion pour améliorer le confort entre ces planches qui pour autant de l’extérieur et au premier abord laissaient présager une rapide déconfiture.



Photo Sido

 

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28 février 2008

L'écriture moche

 

484795556_705df3187cSaisir un stylographe ou un bâtonnet graphite, le dresser cul en l’air et bouche mordant sur une pointe noire d’une poussée de l’index entre un pouce et un majeur, cela n’a jamais fait mon affaire.
Tracer des signes exigés réguliers et propres sur un blanc salissant et réglé de veines parallèles, margé d’une frontière amarante interdisant à sa gauche un possible terrain vague souillé d’une note en rouge de l’institutrice crispée sur un stylobille fonctionnaire, cela m’a toujours contrariée.
Encager des mots sérieux, les corseter entre des fils linéaires torturait ma main gauche endolorie. Le doré et le terne devaient serrer leurs hampes dans deux interlignes, le landau, l’hectolitre et la boucherie étaler les leurs dans un trois pièces, et les voyelles s’écraser au ras des pâquerettes d’une seule interligne alors que le « a » se forme en ouvrant fort la bouche.

Des pages d’écriture, des lignes interminables à copier, des doigts gauchers frappés et attachés, des pulpes digitales crasseuses, une phalange majeure bosselée, une signature imitée et l’admiration d’écritures belles, deux fois :
Une professeure de collège à la calligraphie régulière. La mise soignée, la diction impeccable. Et pourtant la lettre « q ». Au tableau, sur des copies, des « que », des « qui », des « qualificatifs » de sa main où la boucle du « q » s’enroulait à l’envers pour permettre un glissé rapide sur la queue de la consonne. J’ai pris volontairement un nouveau cahier de lignes à copier pour aligner des « q » que je voulais indociles comme les siens. Ajouté à ma dysgraphie naturelle, je nageais en plein bonheur le temps d’une saison scolaire.
Les micro-siestes en début de cours de mathématiques au lycée. Un enseignant rendait les copies d’une interro une fois par semaine empilées sur un bras tel un lardon dans un lange. Le haut de la pile plongeait vers le bas en accordéon, et je reconnaissais d’un coup d’œil mon écriture sur une des copies. Renseignée sur sa position fréquemment antépénultième, j’évaluais ainsi le temps disponible avant l’appel de mon nom et j’écrasais discrètement, gagnant des mondes parallèles sans autorisation de sortie.

Plus tard, si tard qu’à la fin j’étais adulte, je suis tombée en amour pour les « t » d’une collègue de travail. Son écriture était minuscule mais ses « t » claquaient comme des coups de fouet par-dessus les mots, césures ou remparts c’était selon et il me les fallait. J’ai ressorti le carnet de lignes mais ce fut la dernière lettre à m’énamourer. Juste après, le clavier m’a tempérée et je n’ai conservé le stylo que pour satisfaire de crétines manies manducatoires.

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22 février 2008

Dès potron-minet

Photo Savage French Blue
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Encore un bruit de fouissement dans la litière et je procèderais à l'enfouissement de deux  peaux de Grippeminaud dans une sablière !

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