31.05.08
Jeu de mots, je de vile eau
Clopine nous informe sur son blog d’un
amusant jeu d’écriture sur le site de Télérama.fr.
Il s’agit de parler de son corps, le
raconter, dire son histoire en pas plus de six mots.
Avec ma passion de l’art du bref,
pensez si je m’amuse comme une ancienne élève de François Bégaudeau !
(Non, maintenant on ne dit plus « collégienne »)
Voici mes pas de clerc et autre
bécasseries :
"Œil mi-clos entre des boucles."
"Bruissement de jupe sur chevilles déliées."
"Pas froid aux yeux, aux pieds."
"Je regarde, émerveillée, mes seins ronds."
"Les heures griffent mon pâle sourire."
"Un pêle-mêle de défauts sans importance…"
"Un charme falot me vient parfois."
"Mon âme expulsée pèse vingt grammes." (Inspiré du texte d’hier)
"Parfois mon corps pousse au crime !"
"Ma nuque ploie sous un chignon."
"Dire qu'il me lâchera bientôt... "
"Ma peau jouit mieux sans entraves. "
"Gironde, les doigts dans le nez."
"Sursoit à une racine de pissenlit."
"Mon petit doigt me dit tout."
"Odeur de soufre : j'ai pété... "
Mais la palme revient à Clopine à mon
avis, avec :
« Tendez un fil : il dansera dessus » et
« Tout ça pour finir en crabe. »
Et vous, que diriez-vous de votre
corps en six mots ?
30.05.08
Un prénom sans importance
Quand j’ai dit Antoine à ton
père, il a accepté ton prénom dans l’instant. Puis on a écrit Antoine
sur ton bracelet, et j’ai vérifié qu’il était serré à ton poignet. Peu après j’ai
lu Antoine sur la croix, mais je ne t’ai pas reconnu. Chaque fois que j’ai
entendu une mère crier Antoine dans la rue pour le faire rentrer, j’ai
voulu la tuer.
Plus tard un homme a parlé de son
fils Antoine et j’ai trouvé son prénom ridicule… puis je me suis souvenu que c’est
celui que je t’avais donné.
29.05.08
La vierge rouge
Mon mari m’a menti : avant notre
mariage, il m’a affirmé adorer lire les écrivains du XIXème siècle.
Or à ce jour, il ne lit que des
romans ou des biographies d’auteurs du XXème.
Grâce à la Justice de mon pays, je
vais demander l’annulation de notre mariage en engageant une procédure de
nullité relative de notre union, puisque conformément à l'article 180 du Code
civil concernant "les erreurs sur la personne ou les qualités essentielles du
conjoint", j’estime avoir conclu une union sous l’empire d’une erreur objective
qui était déterminante dans mon consentement.
Je l’ai informé de ma décision hier,
et comme si je n’étais déjà pas assez éprouvée, il m’a avoué dans la foulée qu’il n’était
pas vierge avant notre nuit de noces.
(Texte inspiré par l'affaire de Lille que vous pouvez lire ici.)
Crédit photo Thomas Coex.
Tontétatilotétatou
Vous avez le goût de l’âpre thé, vous
qui m’ébouillantez les joues et qui passez samovar.
26.05.08
Et tu expireras vingt-et-un grammes.
Tu fais des projets, parles de finir
ta retraite au Maroc ou en Irlande. Tu es motivé et ne parais pas ton âge – les
jeunes de soixante ans sont encore des petits cons. Tu marches deux heures
chaque matin avec ce chien galeux dont tu n’es pas le maître et envisages de
progresser vers un footing quotidien, dix minutes d’abord puis rapidement plus,
tu as tellement d’énergie à revendre…
Tu fais de la lecture pour les
personnes âgées, catégorie dont tu t’exclues par ta forme insolente, donnes
quelques cours de théâtre à une poignée d’adolescents, songes à ouvrir ton blog
sur Internet, peu importe si tu ne sais pas ce que c'est, tes enfants ont
l’air d’adorer cette pratique et ton fils vient de t’offrir un portable.
Tu es tellement préparé pour la
suite. Tu ne l’attends pas, mais tu sais qui elle est car tu as lu tous les
livres de théologie, suivi tant d’émissions sur le sujet. Nonobstant tes
convictions, l’essentiel est de ne pas en avoir peur. Enfin tu ne sais pas…
La priorité est peut-être de ne plus s’endormir, c’est tellement de temps en
moins… Qu’il est agaçant mon Dieu de s’assoupir comme un misérable vieux devant
la télé ou après les repas quand les autres sont occupés à vivre.
Il y a quelques semaines tu as appris
tardivement la mort de ton ami d’enfance, vous aviez deux mois d’écart. Je
crois que tu as pensé immédiatement à sa sobriété, son économie, ses petites
dépenses et ses modestes péchés. Tu étais le pendard, le soiffard et le
jouisseur et depuis la nouvelle tu as retourné le sablier. Dix minutes pour des
œufs durs, combien pour toi ? Je sais que tu ne fais plus de lecture ni de
mise en scène. Tes marches sont moins régulières et tes assoupissements plus
longs. Tes proches ne t’entendent plus réciter la liste de tes souhaits et tu
te sens vaguement épuisé. Tu ne sais pas, nous ne savons jamais. Pourtant je
m’habitue à ton absence. Je me suis faite à ton départ depuis hier, il est
proche et c’est presque pour moi sans importance. Parce que c’est vrai, je
survivrai. Comme à chaque fois. Je suis dure à l’absence, même à la tienne. Je
suis comme les insectes qui sentent le cyclone plusieurs jours avant son
signal. Tu riais quand j’étais enfant de l’importance que j’accordais à mon odorat.
Je reniflais une cuillerée avant de la porter à ma bouche, je me servais un
verre après avoir approché la bouteille débouchée de mes narines, et
refusais d’embrasser certains de tes amis que j’élisais à l’odeur.
Depuis hier tu pues la mort. Sans
prendre de tes nouvelles et à distance je sens la lumière baisser, l’espace
étrécir autour de toi. Je te vois amoindri quand j’évoque ton souvenir et j’attends
l’appel de mon frère qui me confirmera probablement dans l’année ce que je sais
déjà. D’ici là je viendrai parfois te saluer. Tu me trouveras peu chaleureuse et
je ne pourrai pas te dire que je m’endurcis pour anticiper l’après toi, car le
chemin qu’il te reste est un raccourci, et tu n’es pas encore certain de l'emprunter
alors que je suis déjà à l’autre bout à t’attendre pour le dernier adieu à mon
père.
Photo piquée chez Poindron
J'irai en griller une sur vos tombes
Après quatre ans d’abstinence, je
voulu renouveler une tentative de suicide pour solder une vie au risque mortel. Forte du savoir irréfutable de mon gouvernement, j’achetai
l’arme selon lui la plus meurtrière – mais la plus facile pourtant à obtenir, et
me mis voluptueusement à mort en tirant de pleines bouffées. Quelques minutes plus
tard, je balançai rageusement à la poubelle ma lettre d’adieux et ce maudit
paquet sur lequel était pourtant écrit : « Fumer tue. »
25.05.08
Réservoir Dogs
De nous toutes, c’est Jennifer qui
s’en sortait le mieux : elle maintenait son pouvoir d’achat en siphonnant de
l’essence n°5 la nuit – directement dans
les cuves de la maison Chanel afin de gaver le réservoir de sa Logan, et pour mieux
tenir nos langues, elle nous covoiturait sur nos trajets pendulaires depuis chez
nous jusqu’à l’usine.
24.05.08
La recherche de Marcel racontée à ses potes
Pendant que Clopin Trouillefou, le
roi de Thune et chef des truands s'éclate à la cour des Miracles dans
Notre-Dame de Paris, sa soeur, Clopine Trouillefou, perd son temps à expliquer
La recherche à ses potes.
Ainsi vous pourrez, que vous ayez lu,
abandonné, détesté ou pas osé commencer A la recherche du temps perdu de Proust
vous familiariser ou retrouver son monde et ses personnages de façon ludique et
intelligente, avec le regard subjectif, assumé et attendri de l'auteure
des Clopineries (ici) dont je salue le travail, car si elle y a pris plaisir,
quelques gouttes d'huile de coude ont dû tout de même perler sur sa copie.
Je fais partie des lecteurs qui
l'avaient lu en diagonale à l'adolescence et qui souhaitent le relire maintenant.
Soyez-en ici remerciée, chère
Clopine.
Agence pour l'empois
C’est
par la grâce d’une deuxième proposition d’offre d’emploi qu’il n’avait pu
refuser que les habitants du quartier de la cathédrale Ste Cécile trouvèrent
systématiquement des partitions de musique en guise de courrier dans leurs boîtes
aux lettres. Et entre nous, que pouvaient-ils attendre de mieux d’un facteur d’orgue ?
Photo de Histoire postale
23.05.08
Au coin
La canne assoupie sur la corde d’amarrage
sentait furieusement le benjoin. En croisant la péniche juste alourdie arrivée
l’avant-veille, je compris que les jeunes têtes de ses occupants l’avaient
enfumée au papier d’Arménie.

