09 mai 2008
Des publications de la Zoridae
Zoridae est
une araignée qui tisse des textes en fils de soi. Ainsi soit-elle je ne sais
pas, ses écrits sont parfois au présent et souvent à la première personne du
singulier. Petite fille, écolière, pute ou salariée, sans domicile fixe,
adorable, généreuse, empathique, peste ou salope, ses personnages presque
toujours féminins sont brossés avec un rythme d’écrivaine pressée, sensorielle,
au regard attentif sur ses contemporains et les lieux où ils évoluent. Ils sont
peu contemplatifs, dans l'action ou le manque mais toujours en mouvement,
de pensée ou de marche.
Un talent de plume est facilement
identifiable sur un blog. D’abord parce qu’il est rare – beaucoup étalent des
lancers de bouse avec les doigts en se prenant pour des goncourables –, ensuite
parce qu’en le lisant vous croyez lire l’extrait du livre d’un auteur publié.
Au bas du texte la signature du blogueur où vous cherchiez les références du
bouquin, au bout du clic de votre souris un ajout dans la liste de vos favoris.
En la lisant, je retrouve la petite sœur de Joyce Carol Oates.
Zori la rousse m’a aimablement
autorisée à reproduire ici l’extrait d’un de ses textes, que vous pouvez
retrouver sur son blog, De la sexualité des araignées :
« Ma
mère m’écouta attentivement. Puis elle se releva et m’entraîna dans la cuisine.
Elle estimait qu’un bol de lait chaud avec une cuillère de miel nous aiderait à
nous endormir plus vite. En réalité, je devinais qu’elle se demandait comment
m’apprendre la vérité sans créer de dommages collatéraux. Elle me prévint :
«
Tu ne racontes rien de ce que je vais te dire à ta sœur, hein ? Elle est trop
petite. J’aurais préféré que vous ne sachiez rien, ni l’une ni l’autre mais puisque
tu as entendu des choses, je vais te mettre au courant. Et puis c’est peut-être
mieux, tu pourras faire attention, surveiller ta sœur… Bon et puisqu’on en est
aux révélations, j’ai rompu avec Amadis ce matin.
- Ah bon ? m’écriai-je avec une curieuse impression d’être trahi. Mais pourquoi
Maman ? Tu n’arrêtais pas de dire qu’il était si beau et gentil le croque-mort…
-
Chut, soupira-t-elle, tu vas réveiller Anna ! Bon, en fait il n’était pas si
gentil que ça.
Je
la coupai, la bouche ouverte en un O de stupéfaction :
-
C’est parce qu’il n’a pas voulu t’embrasser ? C’est ça Maman ? Il est dérangé
en vrai c’est ça ?
Elle
éclata de rire :
-
Mais non ! Justement, il m’a enfin embrassée et juste après il m’a appris qu’en
fait sa femme était à la maison. Chez lui. Enfin chez eux quoi. Il n’a jamais
été séparé. C’est juste que lui il se sent séparé.
-
Mais c’est horrible, c’est dégueulasse, râlai-je.
-
Chut ! Et puis on ne dit pas « c’est dégueulasse ».
-
Ben on dit quoi quand il n’y a pas de mot mieux ?
-
C’est dégoûtant serait mieux mademoiselle… A la rigueur.
-
Oui mais je trouve que ça ne va pas. C’est dégoûtant ce n’est pas assez
dégueulasse. Et lui, qui t’embrassait alors qu’il est marié c’est un sale
dégueulasse.
-
Ma chérie, ma chérie, si les choses étaient si simples, cela se saurait et nous
vivrions tous plus heureux. Sa femme est gravement malade. Il y a des années
qu’elle est malade et il est malheureux. Voilà. Il a eu envie d’aller voir
ailleurs…
- Eh bien c’est très simple, tranchai-je. Je ne vois pas pourquoi il ne
s’occupe pas de sa femme au lieu d’aller embrasser ma mère. Il n’a qu’à aller
voir ailleurs si j’y suis tiens !
-
Bon, dit ma mère, bref, c’est fini. N’en parlons plus. Ne t’inquiète pas pour
ça. »
Elle
se pencha pour boire son lait. Ses mains entouraient le bol où était peint son
prénom. Elle aspira quelques gorgées bouillantes en faisant SLURP pour atténuer
la brûlure. Une de ses boucles d’oreille heurta le récipient lorsqu’elle
l’éloigna de son visage. Elle décida d’ôter ses bijoux et les empila sur le
dessous de plat au centre de la table : bracelets, bagues, pendentif,
s’entremêlaient devant mes yeux ébahis.
« Pourquoi tu les enlèves tous Maman ? Tu pourrais garder tes bagues…
- Non, badina-t-elle, je suis comme Marylin, je dors toute nue. Juste une
goutte de Chanel N°5 et rien de plus ! »
Je m’amusai à traverser avec mes mains, le filet de vapeur qui s’élevait de mon
lait :
« PCHHHH, faisais-je.
- Arrête, dit ma mère en se mordant les lèvres. Bon, parlons de choses
sérieuses un peu !
- PCHHHH, ok !
- Le monsieur qui est venu ce soir est un policier, un ami de ton oncle.
- Ah bon ? Mais…
- Ne m’interromps pas ! Tu te rappelles que cette après-midi, j’avais
rendez-vous chez le kiné pour mes vertèbres ?
- Oui.
- Et bien, juste avant de partir – vous étiez déjà chez Dominique – j’ai reçu
un coup de téléphone. Une voix bizarre, de femme, m’a conseillé d’aller
regarder dans ma boîte aux lettres. Je suis descendue et il y avait une lettre.
- Mais pourtant j’avais bien ramassé le courrier à midi Maman !
- Oui, je sais. Cette lettre n’était pas timbrée, ni rien. C’est donc que
quelqu’un l’avait déposée dans la boîte, expliqua-t-elle.
- Ah d’accord.
Je me risquai à glisser les mains autour de mon prénom sur le bol :
- Aïe, fis-je, c’est encore trop chaud !
- Tu m’écoutes ? demanda ma mère, très concentrée.
- Oui oui, je vais souffler.
- Mais rajoute du lait froid sinon ! s’impatienta ma mère.
- Oh ben non, ça va tout gâcher. Non, je vais souffler. FFFFF…
- Bon la lettre était une lettre de menaces…
Je cessai de souffler, attendant la suite. Dans mon ventre, l’angoisse faisait
des tresses avec mes intestins.
- … On veut que je dépose vingt-mille francs dans quelques jours sinon…
- Vingt-mille francs, répétai-je. Mais tu ne les as pas ! Comment on va faire ?
Tu vas…
- La lettre conseillait de ne pas prévenir la police alors je n’ai pas voulu
prendre de risques. C’est pour ça que j’en ai parlé d’abord à tonton Simon. Il
a téléphoné à son copain policier et voilà, il est venu tout à l’heure…
- Ah. Et qu’est-ce qu’ils vont faire si tu ne peux pas donner l’argent ?
Ma mère m’interrompit une nouvelle fois :
- Bon, les prochains jours, je vais vous déposer chez Mme Gratton à sept heures
et demi ! C’est elle qui vous emmènera à l’école.
Je songeai aussitôt aux dessins animés que l’on regardait après le départ de ma
mère jusqu’à huit heures.
- Mais pourquoi, on a jamais été en retard ?
- Il ne faudra pas parler aux inconnus, ni leur répondre. Et le soir vous
repartirez avec Géraldine et sa mère.
Je ronchonnai :
- J’aime pas Géraldine, elle est bête comme ses pieds, elle parle comme un bébé
et elle ne fait que des bêtises…
Ma mère haussa le ton :
- Cesse de remuer sur ta chaise et regarde-moi… C’est sérieux ! Ils menacent de
vous enlever si je ne fais pas ce qu’ils demandent. Il savent que je suis seule
avec vous. Ils savent plein de choses.
Elle étouffa un sanglot. J’étais bouche bée, la peur venait de fondre sur moi
comme un rapace sur le mulot insouciant. Elle allait faire de moi une petite
boule d’os et de peau qu’elle recracherait.
- Mais…
- En fait, le copain de Simon m’a conseillée d’aller à la gendarmerie demain.
Il m’a promis qu’il ne vous arriverait rien et je le crois… Je le sais : il ne
peut rien vous arriver !
- Mais, et s’ils venaient nous chercher dans la nuit ? Il y a bien un
cambrioleur qui a volé les bijoux de Mamie pendant qu’elle dormait… Ils
pourraient venir nous enlever pendant que tu dors et tu n’entendrais rien.
Ma mère émit un pauvre rire :
- On n’est pas à la télé là, Minou, ni dans un livre ! Allez, bois ton lait et
on va se coucher ! »
Néanmoins, elle m’autorisa à dormir avec elle pour une nuit. Epuisée par notre
longue conversation, j’allais m’endormir aussitôt allongée, ravie de cet
épilogue, lorsque je sentis que ma mère se relevait. Je ne dis rien, pensant
qu’elle allait aux toilettes. Par précaution, je me glissai tout au fond du lit
pour que les voleurs d’enfants ne me trouvent pas au cas où ils seraient dans
le couloir et l’assommeraient avant de venir me prendre. J’étouffais et transpirais
lorsque j’entendis le son familier de ses pantoufles claquant sur son talon.
« Qu’est-ce que tu faisais Maman, râlai-je en émergeant de ma cachette, je
croyais q…
- Chut ! ordonna-t-elle.
Je l’aperçus dans l’obscurité alors qu’elle se penchait vers le lit avec
lenteur. Elle déposa ma sœur assoupie à sa droite et se glissa entre nous deux.
J’enroulai mes jambes autour des siennes. Anna, remua, marmonna et balança son
bras en plein milieu de son ventre. Ma mère sursauta puis elle se détendit."
Commentaires
Ah! j'aime beaucoup ....
Ah! j'aime beaucoup, merci! C'est un peu comme les nouvelles que tu écris ..... maintenant j'aimerais bien avoir la suite LOL ....
La galette
La suite est sur son blog :o)
J'ai déjà lu chez cette dame, et c'est vrai que ça vaut le détour !
De là à traiter les autres de "lancers de bouse" ... oula ! (j'espère que c'est pas à moi qu'tu causes, jeune impudente !)
;-)
Madame de K.
J'évite les blogs qui ne me plaisent pas et n'y retourne pas quand je tombe dessus par hasard. As-tu le sentiment que c'est ton cas ? :o)
J'ai pas trouvé la suite...Tu vas me dire que j'ai pas bien cherché...C'était l'impatience sans doute.
C'est dans la catégorie "viens petite fille dans mon comic strip :o)
L'histoire commence tout en bas :
http://delasexualitedesaraignees.blogspot.com/search/label/Viens%20petite%20fille%20dans%20mon%20comic%20strip
J'ai trouvé.
Kloelle
:o))
"beaucoup étalent des lancés de bouse avec les doigts en se prenant pour des goncourables"
Comme elle balance, Loïs! :)
Marco
Je ne me prends pas pour une goncourable et fais probablement de magnifiques lancers de bouse, mais au moins j'en ai conscience :o)
Je sais que tu adores les piques :o)
Marco bis
Flûte, en relisant votre copier-coller j'ai vu ma fôte d'ortografe. Vous auriez pu me la signaler cher prof.
Je sais que ça en vexe certains, moi pas ! Donc, allez-y, ça me fera progresser :o)
(je ne sais plus si on se tutoie ou si l'on se vouvoie ?)
Moi je dis que le lancer de bouse ça occupe...
graphe mais pas ortho
Ben à l'origine on se tutoie, ce qui me convient bien... :)
Pour l'orthographe de "lancer", bah, ce n'est pas par discrétion que je n'ai rien dit, c'est juste que j'ai toujours un doute (et la flemme de vérifier). Il faut quand même savoir que je suis le prof de lettres de France le plus naze en orthographe. Il faudrait prévenir le ministre, qu'il prenne des mesures énergiques!...
Oh ! Merci Loïs ! Je n'avais pas encore vu ton billet ! C'est drôle de se voir citée... et longuement en plus... Pouf pouf, je ne sais pas quoi dire :)))C'est très doux comme sensation...
Kloelle
Exact :o)
Marco
Mouahaha, tu ne dois pas être le seul je pense :o)
Zoridae
J'aime bien les effets de surprise, cool !
je suis d'accord, à aller dévorer nécessairement!merci pour l'info!
Planeth
Alors là t'es foutue, tu vas passer des heures devant ton PC, lol !
Planeth bis
Au fait, tu as recu mon e-mail il y a quelques jours ? :o)
Hum ! Encore une mère suspecte, une aragne probablement.
Dominique
Je ne connaissais pas "aragne", merci :o)
hu hu, oui! j'ai un peu planté l'adresse de réponse! 'solée!;0)
Au fait, le lancer de bouse littéraire, c'est très visuel, j'adore..
y a les livres monsterlunch aussi, tu les avales à toute vitesse, tu trouves ça pas mauvais, et puis après, t'as mal au coeur...
C'est vrai que c'est super, j'aime beaucoup :)
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