Biffures Chroniques

Sur une brique rose, avec vue sur un arbre.

03.04.08

Le pari perdu

Il n’y avait pas eu l’épaisseur câline du silence, l’enfouissement dans ses voiles taiseuses pour Anaïs Tanguy avant son départ au restaurant. Le ravissement banal du déplacement à pieds nus, de la tasse à thé posée sur un set de table moelleux, remplie d’un filet démarré depuis le bec verseur incliné à fleur de fond de tasse, sans rotation de cuiller, fenêtres fermées et rideaux clos avant la bousculade du service de onze heures avait été gâché pour ce matin. Voilà pourquoi sans doute elle avait accepté ce pari grotesque, cette bouffonnerie de potache intrusive dans son cloître artificiellement bâti par le tuner éteint. Elle ne se rappelait plus des termes, juste de l’échec et de l’enjeu. Elle avait à peine enfilé son peignoir après la douche que le rituel du calme avait été profané par la sonnerie et la voix de Georges qui bruitait dans le téléphone, qui s’excitait pour avoir sa réponse et lui hurler qu’il avait gagné, qu’elle n’avait plus qu’à s’exécuter, et plutôt fissa. Il avait raccroché avec une imitation du rire de Fantômas – Mais quelle rouelle de dinde ce garçon !
Georges était le seul. Où plutôt non, ils étaient trois mais c’était le seul dans la liste qui pouvait la déranger n’importe quand. A tout moment. Lui qui avait prêté la somme pour acheter le restaurant, lui qui continuait à lui donner des nouvelles de son mari depuis leur séparation, lui qui chantait faux comme une casserole et s’habillait comme un parvenu marseillais pour la faire rire, lui enfin qui avait pleuré à chaudes larmes dans ses bras à la mort de la Traviata.
Ils avaient convenu du mardi pour solder le pari, qui était un jour où le service du midi se déroulait sur un rythme tranquille, quelques couverts, trois plats du jour et une brigade relativement détendue en cuisine, elle pouvait donc les dispenser de sa présence. Elle prit sa voiture et partit pour le fast-food de Basso-Cambo, à l’ouest de Toulouse.

Comment pouvait-il prétendre être un ami proche et lui infliger un gage pareil ? Elle l’avait entendu confirmer publiquement son amitié au micro d’un journaliste pour la page gastronomie de la Dépêche du Midi le jour où son restaurant avait décroché une étoile au guide Michelin, au point de donner quelques détails d’ordre strictement privé sur elle – à quoi bon le nier suite à la publication de l’article elle eut plusieurs coups de fils, et certains mobiles d’appel concernaient d’hypothétiques demandes en mariage à des fins d’association entre talent culinaire et talent aurifère, et elle avait éprouvé un certain malaise. Georges était de bonne volonté mais parfois si impulsif que cela confinait parfois à la muflerie. Il n’avait même pas tiqué en la voyant obtempérer pour valider son échec et programmer le trajet du Mirail sur son GPS.

Non, décidément, il faudrait envisager de couper les ponts avec ce garçon, et ses deux amis restants devraient communiquer uniquement dans le langage des signes utilisé couramment par les sourds avant onze heures du matin désormais. C’est le seul moyen pour ne pas s’en défaire, l’autre, même proche, est tellement haïssable le matin.

Anaïs sortit à droite après le deuxième rond-point dans des distances de sécurité raisonnables avec un cabriolet bleu glacier immatriculé quatre-vingt-un : les toulousains avaient horreur des albigeois qui, d’après eux, conduisaient pareil qu’entre Gaillac et Rabastens, c'est-à-dire ronds comme des queues de pelle. Encore qu’ils étaient battus à plates coutures par les ariégeois. Tout plutôt que supporter de rouler derrière un zéro neuf. Adoptée par la région depuis une quinzaine d’années elle n’était pas sensible à cet ostracisme local mais perdit patience derrière l’engin qui refusait de dépasser le quatre-vingt sur la rocade. Elle avait eu le temps de participer six fois à ses obsèques. Elle n’avait pas l’habitude de venir dans ce quartier du Mirail. Ses trajets dans la ville se cantonnaient au restaurant qu’elle dirigeait depuis maintenant trois ans, aux boutiques de son quartier et aux rares réponses à des invitations de ses copines. Les autres parcelles sur le plan de Toulouse étaient des polygones sans intérêt.

Le parking du fast-food était relativement accessible, mal ombragé par des pins parasols fichés comme une poignée de bâtonnets ludiques, petits et inutiles, témoins d’une tentative échouée d’installer un espace vert, avec des emplacements régulièrement nettoyés des emballages jetés depuis les portières par des employés à casquette. C’était l’époque de la bordée des merles, mais il n’y avait pas eu d’averse de grêle encore. Les alentours hébergeaient un centre d’affaires, des magasins de produits discount et quelques clapiers à humains dont la verticalité toisait les responsables de cette défiguration sociale, abrités derrière un paravent de valses électorales.

Après un créneau fantaisiste loin de l’entrée principale, Anaïs retira les clefs de contact et baissa la vitre par à-coups brefs. D’une pression de la tête, elle imprima une position plus confortable et sortit une cigarette d’un étui en carton bouilli recouvert de lin brodé, qu’elle mit un long moment à fumer. C’était sa première depuis plusieurs jours et elle ne désespérait pas d’arriver bientôt à s’en passer. Il était improbable qu’une de ses connaissances la croise dans un fast-food, mais ce serait une telle humiliation si d’aventure elle tombait sur une huile locale, son coiffeur ou pourquoi pas Paul, encore qu’il ne fréquentait jamais ce genre d’endroit, mais ce n’était peut-être plus vrai désormais… Et si Georges était assez saligaud pour l’attendre, dissimulé avec un reflex à téléobjectif, prêt à publier sa photo – à moins d’un certain montant ? Lui et ses jeux à la noix, il serait bien capable d’un chantage aussi mesquin pour le plaisir de la voir perdre contenance jusqu’à la rédaction du chèque qu’il se ferait une joie de déchirer pour illustrer la bonté des Princes.
Ses rapports aux autres devenaient compliqués quand elle allait avoir besoin de travailler son relationnel. Au début elle élaborait tranquillement ses recettes en cuisine derrière les fourneaux ou sur sa table de salle à manger, mais son étoile l’obligeait déjà à sortir plus souvent pour saluer une clientèle de plus en plus snob et « espantée » par sa notoriété estampillée Guide Rouge. « Toujours le nez dans vos marmites !, difficile de vous rencontrer » lui reprochait parfois un chirurgien ou un ingénieur d’Airbus à l’accent allemand. « Difficile à gagner mais facile à prendre », avait-elle répondu à un Paul Tanguy incrédule en l’entrainant dans la cave à vin du restaurant un an avant le mariage qui la sortit du rôle de la patronne qui s’offrait un serveur en amuse-bouche.

Anaïs prit l’allée et suivit la foule des jeunes automates jusqu’à la porte de l’établissement. La dernière fois qu’elle avait senti son âge, la fille d’un ami à la fin d’un repas avait demandé c’est quoi un vinyle ?,  et elle s’était vue dans la peau de sa grand-tante qui répétait à l’envie et pour faire taire les langues de vipéreau qu’elle avait connu l’époque du troc de coquillages.

L’endroit était saturé d’adolescents et de jeunes adultes parfois accompagnés d’enfants. Elle envisagea une fuite discrète mais les termes du pari étaient stricts : elle devait prendre une commande « sur place » et manger attablée à l’intérieur pendant au moins une demi-heure. La salle était plus grande que ce qu’elle imaginait, avec des photos de sandwichs, de salades et de sodas en plan macro suspendus en l’air. Le comptoir était immense avec plusieurs caisses que tenaient des étudiants déguisés en équipiers sous-payés. Elle se dirigea vers une banquette vide. Son plateau mal attrapé à la fin de sa commande lui pesait sur les poignets. Elle le posa avec brusquerie au bord de la table. Ses joues étaient en feu, comment avait-t-elle pu demander des couverts ? La clientèle, ensauvagée par des frites prises à pleines mains et à pleine bouche, lui évoquait une ribambelle d’enfants conviés à un goûté où la nanny aurait tourné le dos le temps d’un retour en cuisine, pressés d’écraser et dévorer des brownies ou des madeleines entre deux gorgées d’orangeade avant le retour de la Loi au bonnet en percale blanche.

Le sandwich à deux étages enveloppé dans une serviette en papier partit en petites bouchées dans l’estomac sélectif de la restauratrice, éberluée au milieu de tout ces gens à l’aspiration de soda bruyante et aux conversations à gueules pleines. La dentiste de la rue Ozenne avait épluché si joliment son plateau de fruits de mer vendredi dernier à la table douze… Elle se régalait si fort que les retours enthousiastes du serveur en cuisine l’avaient fait quitter un appareil en cours de préparation pour regarder à loisir la cliente qui se plaisait à sa table. Tout à la pince et à la fine fourchette à deux dents, excepté quand elle avait sucé les pinces de crabe au début, posées sur la pile, en regardant son très jeune convive droit dans les yeux. Elle croyait se souvenir qu’il était resté imperturbable malgré un compte-rendu éloquent de la provocatrice le lendemain au téléphone, avec des remerciements pour les talents culinaires d’Anaïs et une histoire gaillarde de goût prononcé du jeune amateur d’araignées de mer pour un certain bonbon au parfum boisé.

Ce qu’elle mangeait était mou, très salé, gras et sans saveur véritable. Comme à son habitude elle laissa soigneusement une bouchée de côté. Elle ne finissait jamais un plat. Elle ne finissait d’ailleurs jamais rien. La vie avait une fin la sienne y compris, alors tant qu’elle ne finirait pas, rien, elle resterait en vie. Elle glissa une pincée de bicarbonate dans son gobelet décapsulé, avala d’un trait le digestif et se leva afin d’abréger la corvée. Flûte, il restait dix bonnes minutes pour atteindre la demi-heure, elle se rassit et tira un livre de son sac. C’était un essai philosophique qu’elle trouva plutôt assommant. Drôle de réaction d’ailleurs car elle avait choisi pour relecture ce texte étudié au lycée vers l’année mille neuf cent quatre-vingt-douze. Comme quoi, ce qui paraissait juste sur le moment, qui parlait, mémorisable, disons une sorte de vérité qui avait du sens au moment où on la lisait ou de la rencontre avec l’auteur, cette vérité pouvait l’être moins à d’autres instants.

Un homme blond et sans couleur, vide d’yeux délavés, sec comme le manche d’une faux sous une gueille blanc cassé à l’encolure serrée suscita son intérêt quand il vint s’asseoir près d’une colonne, avec une compagne aux larges boucles d’un roux acajou cuivré rouge qui touchaient le creux de ses reins, précédée d’un magnifique ventre de femme enceinte drapé d’un foulard kaki sur une robe chocolat smockée sous la poitrine – environ sept mois d’après le regard connaisseur d’Anaïs. Ils ne portaient pas d’alliance. Anaïs oui. Elle ne se résignait pas. Tant qu’elle la portait au doigt, elle était quelque part encore mariée avec Paul. Comment pouvait-elle venir manger dans un fast-food dans son état, au risque d’une salmonelle ou Dieu sait quoi ? Si elle-même avait la chance de pouvoir donner la vie, et tel n’était pas le cas, jamais elle ne mangerait de produits manufacturés, et pour sûr elle arrêterait le tabac, l’alcool et la consommation des fromages au lait cru. Elle interrompit sa morale et se mordit les lèvres. Elle n’aimait pas le paradoxe des gens prévoyants. Ils anticipaient sur un avenir qui les angoissait dans le même temps qu’ils pariaient donc avec optimisme qu’ils y seraient encore présents. Et qu’avait-elle fait pendant des années en avalant son contraceptif si ce n’est parier sur le risque d’un futur avec une progéniture quand le jour où elle se sentit prête un examen lui révéla que cela lui serait impossible ? L’avenir par la suite, ce fut elle et Paul sans enfants, et son corps admirablement bien fait avec des hanches étroites qui insultaient la virilité de son homme jusqu’à ce qu’il pose les clefs de leur maison dans le vide-poches sur le petit meuble de l’entrée.

Toute sa vie elle s’était inquiétée. Bien faire, respecter l’autre, ne pas déranger, ne pas se faire remarquer, réussir, ne pas perdre ceux qu’on aime, ne pas aimer qui ne vous aime pas, ne jamais être dans l’affirmation, hésiter longuement avant de prendre une décision ou de s’engager. Dans ce fast-food elle ne voyait que des jeunes avec plus de bagages, plus de diplômes, plus d’argent donné par les familles. Des gamins qui savaient conduire, organiser un voyage, monter une association, une start up, prendre un commerce, diriger une équipe, acheter à crédit, toute chose qu’elle-même ne savait pas faire, mais ils ne connaissaient pas la vie : les fractures ; les choix ; les pertes. Ils étaient tous neufs, épargnés. Ils étaient immatures, irresponsables, pas finis, et elle aurait fait une si bonne mère bon sang !

Elle rassembla sac et veste et se leva en vitesse, sans prendre le soin de récupérer le plateau pour le vider.

Dans sa fuite elle vit un groupe de jeunes garçons déguisés en rappeurs. Ils avaient plutôt l’air assez sûrs d’eux-mêmes eux aussi décidément, une grappe de corps mixtes, mal habillés, épanouis et bavards qui péroraient sur sa droite, apostrophés par un couple en face d’eux qui interjectaient avec une bonne dose d’agressivité. Elle ne les avait pas entendus tout à l’heure avec la musique en fond sonore d’un niveau de easy listening. Tout n’était pas compréhensible avec leur vocabulaire abscons, mais certains gros mots étaient éloquents. Elle pressa le pas vers la sortie en se fiant aux lumières parallèles, les oreilles sonnées par une farandole de bâtards sur sept générations.

« Hep ! Bonhomme, où tu vas comme ça, elle est où ta mère ? »

Anaïs attrapa un bout volant de bretelle en jean et stoppa net une balle doum-doum mignarde qui tentait une percée à l’extérieur du fast-food.

« Lâche-moi, méchante, lâche-moi ! », pleurnicha le lardon en moulinant des poings sur ses cuisses.

Sans lâcher la bretelle au contraire, Anaïs l’entraina à l’intérieur pour le ramener à ses parents.

« Excusez-moi, j’ai trouvé un petit garçon au bord de la fugue, quelqu’un le reconnaît ? S’il vous plaît, sa mère est ici ? » Les conversations formaient un brouillard mouvant et compact, étiré au-dessus des têtes à travers toute la salle. Peut-être en criant depuis le plafond, cramponnée d’une main à un des lustres… Personne ne semblait prêt à intervenir pour réclamer sa parentalité. Son interlude ne dérangeait personne. On était là pour passer du bon temps et conclure par une crème glacée, un brownie et un éventuel numéro de portable arraché à la force de la tchatche, et non pour sécréter du stress avant de retourner travailler. Elle s’accroupit devant le fugueur qui commençait à chouiner et se radoucit. Il ressemblait à son ex-mari. Si elle le soulevait par la nuque il se recroquevillerait probablement à l’instar d’un chaton pendant le choix de l’adoption. C’était vraiment spécial cette impression, au-dessus de la salopette en jean il y avait des yeux mouillés et un nez morveux certes, mais qui auraient pu lui venir de Paul. Ses boucles châtaines, son grand nez busqué et ses sourcils épais n’étaient donc pas uniques. Mais de quel droit un petit d’homme pouvait-il se balader en toute impunité avec les yeux et la tignasse de son ex-mari ? Elle s’accroupit devant lui :

« – Bonjour Poussin, je m’appelle Anaïs, et toi ?
– Je m’appelle pas Poussin ! Cria l’impétrant du concours de l’insolence. »

Elle allait frôler le ridicule mais poursuivi son interrogatoire :

« Et bien, tu as de sacrées cordes vocales dis donc ! Tu t’es perdu ? Tu cherches ta maman ? »

Aïe mais comment parle-t-on normalement à un gosse ?

« Je cherche pas ma maman je veux aller au cirque voir les clowns. Ça fait des chatouilles dans la gorge les clowns quand on rigole ! »
Il s’esclaffa puis émit un rire forcé. Anaïs l’entraina vers une table disponible.

« – Viens t’asseoir mon grand, tu veux une glace ?
 
Oh oui ! A la vanille, et du truc marron qui coule, ça j’en veux beaucoup plein du truc marron !
 
Très bien, mais après on va chercher ta mère.
 
T’es bête ou quoi dans ta tête ? Je, veux, une, glaaace ! »

Anaïs alla chercher la glace avec le gamin et ils revinrent s’asseoir. Elle avait baissé la tête pendant tout le trajet pour éviter le regard mauvais d’une mère surgie d’on ne sait où, mais au retour avec les glaces personne n’avait sauté sur le petit pour le reprendre, elle pouvait remballer sa bobine de film catastrophe.

 « Comment tu t’appelles déjà, redemanda-t-elle ?
 
Arthur, comme Arthur et les Minimoys ! »

Le gosse fanfaronnait en léchouillant le fond de son pot du bout de la langue. Il avait un cercle noir du menton jusqu’au doigt de l’ange. Anaïs n’eut pas le temps d’apprécier l’identité révélée de son hôte, un homme vint s’asseoir à côté du gamin en la regardant bien en face. Soupçonneux et passablement énervé, il ébouriffa maladroitement la coiffure de son petit voisin.

« Ça va Arthur, je te lâche cinq minutes et tu te fais déjà des copines ? »

Le petit repoussa son bras par-dessus sa tête. « C’est pas ma copine ! Jete parle pas à toi, t’es pas gentil, je t’aime plus ! »

Anaïs ne savait pas réagir, le ventre crispé sur un début de panique elle voulait quand même pouvoir protéger l’enfant. Dans le doute elle resta immobile. « On peut parler business ? » psalmodia le type à voix basse.

« Attendez, il y a un problème. Moi je cherchais les parents du petit parce qu’il avait l’air de s’être perdu, je ne veux rien avoir à faire avec vous. A moins que vous ne soyez le père ? C’est ça ? Vous croyez que je l’ai kidnappé et vous voulez porter plainte ? »

Elle eut un mouvement pour chercher une cigarette et se sentit humiliée. Elle se tortilla sur la banquette pour lever le camp. Le type la retint en levant la main :

« Asseyez-vous Madame, je veux juste discuter, c’est tout ! » Il roulait des yeux, un peu affolé. Personne ne s’intéressait à leur conversation alors il poursuivit, un ton plus bas : « Vous le voulez le môme ? Il est blanc, en bonne santé, pas d’anomalie, un QI normal. Vous pouvez l’avoir pour pas cher avec des papiers d’adoption authentiques, déclaration à l’Etat civil et livret de famille compris pour quarante mille euros… Je vous laisse un numéro de téléphone pour la transaction et je repars avec lui. Pas de temps de réflexion, si vous n’appelez pas avant dix-sept heures il sera adopté par un autre couple. »

Anaïs Tanguy s’adossa, le souffle court et les mains moites. Elle observa Arthur à la dérobée qui en s’essuyant la bouche avec la manche de son polo découvrait un grain de beauté au coin du menton, identique à celui du maquignon.

« Pourquoi moi ? Qu’est-ce qui vous fait penser que je ne vais pas sortir mon portable et appeler la Police, se défendit-elle ? »

Le père se pencha en prenant appui de ses paumes sur le bord de la table : « Parce que Georges m’a dit que je ressemblais à votre mari, et Arthur est mon portrait craché. »

La jeune femme accusa le coup en clignant des yeux. « Je voudrais un verre d’eau, je vais aller le chercher mais je reviens tout de suite ! »

«  Assise bordel ! On n’est pas dans un pince-fesses », cracha l’homme pressé en l’empoignant par le bras. Arthur commença à s’agiter. Du coin de l’œil il observait sa réaction à elle. Comme elle ne le regardait pas, il escalada le canapé et l’enjamba pour atterrir à côté d’un client qui déjeunait avec sa femme et ses deux filles. Surpris mais amusé, il se retourna avec le sourire aux lèvres pour voir d’où il venait.

« Excusez mon fils, s’écria Anaïs, il a besoin de se dégourdir les jambes ! Arthur, tu viens mettre ton manteau on s’en va ! »

L’enfant se laissa docilement envelopper dans son manteau et suivit le négociateur en trépignant jusqu’à ce qu’Anaïs lui prenne la main. Elle péguait dans sa paume mais c’était une sensation délicieuse. Un petit bout pour elle… Un trois pommes qui porterait son nom, qu’elle viendrait chercher à l’école, qui lècherait la cuillère en bois…

Devant le parking son père la lui reprit brutalement et conclut son apostrophe :

« Rappelez-vous, ce soir dix-sept heures dernier délai, postillonna-t-il. A dix-sept heures une, je le cède à d’autres parents ! »





Libellés : nouvelles ; Anaïs Tanguy ; pari perdu

Posté par Lois de Murphy à 16:33 - e - Nouvelles - Commentaires [51] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

Commentaires

je vais attendre que tu remettes le couvert pour décrocher mes étoiles...même si le menu semble déjà très appétissant...chanter comme une casserole, c'est voulu?...j'adore "l'épaisseur câline du silence"...

Posté par Jonavin, 20.04.08 à 15:44

Jonavin

A non, ça n'est pas voulu mais maintenant grâce à toi ça l'est :o)

Posté par Loïs de Murphy, 20.04.08 à 15:45

c'est chic, avec toi, pas besoin d'acheter un "série noire", chaque jour son épisode.

Posté par Patriarch, 20.04.08 à 15:46

Patriarch

Si je te fais faire des éconocroques alors tant mieux !:o))

Posté par Loïs de Murphy, 20.04.08 à 15:47

J'attendais avec impatience un nouveau texte, donc j'étais content... et puis "floc" je tombe sur un "à suivre"... vite, vite! S.T.P. Amitiés.

Posté par Papa de Lili, 20.04.08 à 15:48

Papadéli

Merci c'est gentil :o)
La suite bientôt, le texte est déjà rédigé "en entier" mais sur un blog je reconnais que ça peut être lourd de mettre plusieurs pages d'un coup :o)

Posté par Loïs de Murphy, 20.04.08 à 15:49

Madame est en cuisine et les lecteurs mijottent ? Pour ma part je rissole d'autant plus qu'à Tool house j'ai usé mes brodequins et que la ville me parle encore et toujours. Mon bon salut. J'ai tout de même cru que vous nous plongiez dans un bain marie de jouvence !

Posté par Lephauste, 20.04.08 à 15:50

Miam, encore une petit peu de ces déliceux mots...

Posté par Caro-Carito, 20.04.08 à 15:52

A table

Où l'art de cuisiner les mots pour nous faire mijoter à petit feu...il y a comme du suspens dans les vapeurs de la cocotte et le fumet s'annonce fameux.

Posté par Catel, 20.04.08 à 15:53

Lephauste

Oh non, j'ai passé l'âge et à celui de ce texte j'avais d'autres soucis métaphysiques :o))

Posté par Loïs de Murphy, 20.04.08 à 15:55

Cara Carita

Vu l'heure de ton post je comprends que tu aies la dalle :o)

Posté par Loïs de Murphy, 20.04.08 à 15:56

Catel

J'aime quand tu me parles sur ce ton ça me donne faim ! Je sens que je vais cuisiner ce soir !

Posté par Loïs de Murphy, 20.04.08 à 15:56

J'ai bien ta façon de traiter les sujets.

Posté par Patriarch, 20.04.08 à 15:59

Patriarch

Ah ? Merci :o)

Posté par Loïs de Murphy, 20.04.08 à 15:59

J'ai bien aimé la première partie; la deuxième aussi, mais le billet commence trop brusquement.Comme j'avais déjà lu la première, j'ai commencé directement par le billet 2, et le premier paragraphe me semblait bizarre. Je ne suis rentrée dedans qu'à partir de la cigarette. Ne le prends pas mal, peut-être fallait-il faire la coupure différemment?
Enfin, ce n'est qu'une question que je me pose, de toute facon j'ai, du coup, relu la première partie et la deuxième dans la suite, comme ca je n'ai pas eu de coupure.
Sinon, je suis sciée: Richard A était à Toulouse et tu n'est pas passée le voir??

Posté par Ecaterina, 20.04.08 à 16:00

Ca à l'air méchant ce que je dis de ton texte, ce n'était pas voulu, mais l'heure du bain et les enfants enervés à côté... désolée!
PS les fautes d'ortographe n'étaient pas voulues non plus...

Posté par Ecaterina, 20.04.08 à 16:01

Ecaterina

En effet l'attaque est un peu sèche du coup... Je vais ajouter un bout de la première partie pour voir, merci pour ta lecture attentive :o)
Richard A. Je ne pouvais pas le savoir, ce n'est pas passé aux infos et il n'a rien dit sur son blog je crois.
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Argh je viens de faire l'essai et c'est pire en fait :o(

Posté par Loïs de Murphy, 20.04.08 à 16:03

heureusement que je ne t'ai pas lu avant d'aller manger !! MDR !! Bises !!

Posté par Patriarch, 20.04.08 à 16:04

Diètement

Vivement le dessert et le Sunday au caramel avec noisettes éclatées au sommet de la montagne lisse et glacée !

Posté par Catel, 20.04.08 à 16:05

Patriarch

Oui heureusement :o))

Posté par Loïs de Murphy, 20.04.08 à 16:06

Catel

Aaaah ! Le fameux Sunday au caramel :o))

Posté par Loïs de Murphy, 20.04.08 à 16:07

Mon plat préféré,c'est la salade assaisonnée avec juste un trait de sauce de soja pour sustenter la lippe en duo avec le croque madame,quand l'œuf miroir est à cheval,suivi d'un chiroubles.
En prenant le pied du verre,j'observe la jambe et le disque aux reflets pourpres,d'un geste rotatif,je secoue légèrement la matière afin de développer les arômes volatils primaires surtout sans tomber dans la dégustation analytique,seulement une sensation hédoniste avec des choses simples,je me régale...

Posté par Laurent, 20.04.08 à 16:07

Miam ! Vous m'avez mise en appétit !

Posté par Loïs de Murphy, 20.04.08 à 16:08

Rien à dire....c'est beaucoup mieux qu'un simple menu best of...Puis "les conversations à gueules pleines", j'adore...

Posté par Jonavin, 20.04.08 à 16:10

Jonavin

Je suis flattée que tu aimes, Ô grande lumière céleste :o)

Posté par Loïs de Murphy, 20.04.08 à 16:11

Et voilà que je suis comme les autres à attendre, toute impatience ouverte, la suite.

Posté par Kloelle, 20.04.08 à 16:12

Kloelle

Merci de ton impatience :o)

Posté par Loïs de Murphy, 20.04.08 à 16:13

Bien! j'attendrai, j'attendrai encore, j'attendrai toujours pour lire la suite... Amitiés.
PS: Tu sais moi je l'aime bien Victor! Bon! oui! je sais: je suis un vieux machin...

Posté par Papa de Lili, 20.04.08 à 16:14

Papadéli

Moi aussi, j'ai juste "légèrement" chargé la mule :o)

Posté par Loïs de Murphy, 20.04.08 à 16:15

Ouaip manquent encore des bouchées goûtues..

Posté par Caro-Carito, 20.04.08 à 16:16

Cara Carita

Ok, ça vient !

Posté par Loïs de Murphy, 20.04.08 à 16:16

de l'antre stérile, qui ne veut pas et ne sait dire que non....accepter l'impossible renoncement et scruter l'horizon où s'éteignent en ligne de fond les espérances perdues. Mais le monde palpite d'enfants en quête d'amour. Le coeur est plus vaste que le ventre et vient le moment où lui seul compte...

Posté par Catel, 20.04.08 à 16:18

Catel

C'est donc toi qui suis cette nouvelle depuis le début ? :o)

Posté par Loïs de Murphy, 20.04.08 à 16:19

C'est vrai que ce doit être dure cette situation.Nous en avons eu 6 (4 gars et 2 filles, et il nous reste 2 gars et 2 filles). J'arrive tout de même à comprendre ce qu'elle ressent.

Posté par Patriarch, 20.04.08 à 16:20

Patriarch

Oui, que nous ayons des enfants ou non, je pense que nous pouvons tous être en empathie avec ce type de souffrance.

Posté par Loïs de Murphy, 20.04.08 à 16:20

Je proteste !

la consommation des camemberts au lait cru n'est pas contre indiquée aux femmes enceintes ! Au contraire, pensez-y : tous ces bons ferments lactiques qui remontent à travers la croûte fleurie...

Et voilà, Loïs, que je fais chez vous ce que je subis à mon corps défendant chez moi : l'interruption de lecteurs qui demandent aux auteurs des comptes sur les opinions de leurs personnages. Dans "la leçon de piano", les aborigènes sautent sur scène lors d'une représentation de Barbe-Bleue, confondant le théâtre et la vie réelle. Je viens de faire pareil, excusez-moi :>))

Clopine, vêtue d'un pagne, un dijeridoo dans une main et un camembert aoc dans l'autre...

(vivement la suite)

Posté par Clopine, 20.04.08 à 16:22

Clopine

Merci pour votre lecture et votre réaction. Pour ma part je partage votre point de vue et les fromages au lait cru sont un de mes points faibles (Mon blog pour un Livarot, une Epoisses ou un Trou du Cru). D'ailleurs ils font de très bons anticorps pour les bébés qui du coup font moins d'allergie. J'ai voulu en convaincre Anaïs Tanguy, mais mes personnages ont leurs propres préjugés et elle a refusé d'en démordre ! La conne !

Posté par Loïs de Murphy, 20.04.08 à 16:22

Loïs, ton écriture s'étoffe et s'affirme....suis jalouse...lol
Non, sérieusement beau travail.

Posté par Kloelle, 20.04.08 à 16:25

Kloelle

Wow... Merci... Ravie que ça te plaise, et merci d'avoir suivi toutes les parties, j'avoue que les textes longs sur un blog c'est plutôt casse-gueule, on préfère toujours lire du très court en jouant à saute-blogs.

Posté par Loïs de Murphy, 20.04.08 à 16:26

Le pire étant que ces pratiques existent réellement.

Bien enveloppé ton récit. merci !!:*

Posté par Patriarch, 20.04.08 à 16:27

Patriarch

Merci pour ta lecture fidèle :o)

Posté par Loïs de Murphy, 20.04.08 à 16:28

Franchement, la longueur des textes n'est pas rédhibitoire, quand ce qu'il y a dedans vous tient en haleine. J'adore l'idée du feuilleton, j'attendais la suite avec impatience.
Chouette récit, Loïs. Merci.

Posté par Sophie, 20.04.08 à 16:29

Holà !
Et ben j'ai tout lu, et 'fectivement, on en oublie vite la "longueur" du texte pour savoir comment ça va se terminer tout ça !!
Trés bien orchestré, ça change du style habituel, j'aime bien...
A bientôt
bruneau

Posté par Bruneau, 20.04.08 à 16:31

Pareil, on est vite pris au jeu de ton texte !

Posté par Marie, 20.04.08 à 16:32

Je suis venu! J'ai attendu! J'ai enfin lu! Non, le pari n'est pas perdu, tu l'as même gagné haut la main, (j'allais écrire "haut la plume"!) ça valait le coup de patienter... Demain je vais imprimer le tout pour lire en grand confort au fond de mon fauteuil, comme quand je me régale d'une friandise gourmande et savoureuse.
Amitiés.

Posté par Papa de Lili, 20.04.08 à 16:33

Sophie

Je vais réfléchir à ce format alors.

Posté par Loïs de Murphy, 20.04.08 à 16:33

Bruneau

Dès que le temps s'y prêtera je passerai faire un tour.

Posté par Loïs de Murphy, 20.04.08 à 16:34

Marie

C'est chouette, merci !

Posté par Loïs de Murphy, 20.04.08 à 16:35

Papadéli

Tu as bien fait d'attendre le lendemain, j'ai fait u ne modif sur la partie 1 où on comprend que dalle :o)

Posté par Loïs de Murphy, 20.04.08 à 16:35

Seconde de vos nouvelles que je lis après "Et le jeudi non plus"...

Cette dernière m'avait quelque peu perturbé, une chute ouverte réussie donc.

Cette fois point de gêne, mais ue belle réussite sur le plan narratif. Un reste de scepticisme me suggère: "peu vraisemblable" mais le monde et l'actualité sont pleins d'invraisemblances...

Vous avez un talent très sûr de conteuse, et l'évocation impressionniste des univers que vous livrez est plus que convaincantes...

Continuez. Merci.

Posté par T, 16.06.08 à 10:23

T.

A ces mots, la Loïs ne se sentit plus de joie, et pour...
Merci...
(Pour la véracité j'avoue que je m'en fous, je fais dans le fictif. Je m'étais posé la question pour ce texte et puis me suis dit que ce n'était pas un article de journaliste :o)

Posté par Loïs de Murphy, 16.06.08 à 10:37

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