02.03.08
Plateforme treize
Mi-janvier et
le double-vitrage de la salle des pas perdus tient un monde de l’autre côté, au
chaud : celui qui a le droit de regarder les étoiles de givre collées aux
grandes baies en attendant un vol respectif à chaque histoire : un week-end en
amoureux, un voyage d’affaires, une réunion de famille, des vacances à la
sauvette… Claude Solenne n’aurait jamais laissé son grand fils sortir sans
écharpe par ce froid, mais il n’était plus là pour prendre soin d’Adrien. Il
s’abîmait les yeux en essayant d’apercevoir les fuselages, et avec le soleil
d’hiver c’était assez délicat. Jambes espacées et pieds à plat sur le sol, il
se penche sur un gobelet de thé brûlant entre ses paumes. Il attendait la
navette dans la salle d’embarquement. Ce retour à Toulouse ne l’enchantait
guère, mais l’agence pour l’emploi avait peu goûté la semaine de congés qu’il
s’était accordée pour prendre le temps d’enterrer son père. L’assistante du
directeur de l’agence de Labège à l’annonce du motif lui avait fait remarquer
qu’il aurait au moins pu les prévenir avant, ce à quoi Adrien s’excusa
sincèrement de n’avoir pu anticiper un tel impondérable. Il avait dû leur faxer
un certificat de décès en catastrophe pour ne pas se faire rayer de la liste
des demandeurs d’emploi et continuer à percevoir ses allocations de chômage.
Son conseiller référent, magnanime, accepta de reporter son rendez-vous mensuel
de suivi de projet personnalisé d’accès à l’emploi, mais à la condition de
passer des tests d’aptitude à la Plateforme treize.
« Sinon
je vous clique, Monsieur Solenne, j’en ai cliqué trente-huit cette semaine,
avec vous ça fera trente-neuf. »
Il s’était excusé également quand le frère de son père – il n’arrivait pas à dire « mon oncle » – lui avait reproché le choix d’une couronne un peu trop colorée. Il avait présenté ses excuses à l’employée des Pompes Funèbres pour le temps passé à choisir le type de funérailles – avec ou sans mise en bière Mon Dieu je n’en sais rien je ne veux pas de cérémonie mais pouvoir lui dire au revoir est-ce possible–, et il demande pardon à l’hôtesse d’accueil une semaine plus tard en omettant d’exhiber promptement une pièce d’identité avec son billet électronique. Elle était dans la poche arrière du sac de voyage, c’est la tête plongée dans la sacoche en bandoulière qu’il s’en aperçut.
Il déteste prendre l’avion, mais il s’entend dire
merci avec un sourire dans la voix quand le steward lui souhaite un agréable
voyage en venant le chercher pour les conduire lui et les passagers à la
navette du vol Rennes-Toulouse.
Le jeune garçon assis côté hublot lui propose aussitôt
sa place. Le chagrin marque et inspire la compassion. Quand les attachés-cases
et les baise-en-ville sont placés au-dessus des sièges et les passagers
bouclés, le décollage est imminent.
Adrien n’aime pas les déplacements. L’anticipation d’une interruption entre deux pulsations de sa vie est généralement source d’angoisse. Suspendu entre la veille conforme et répétitive d’actes minuscules et quotidiens et le retour du lendemain, il était pourtant obligé d’admettre qu’il était agréable de sortir de ce vieux schéma et le sentiment qui montait rapidement au stade de la joie intense le culpabilisait pour le cas où il n’aurait plus voulu rentrer.
Son père adorait l’ivresse procurée par les départs. Quand il n’avait pas de prétexte pour voyager ou simplement partir, il évoquait n’importe quelle raison (souvent fallacieuse) pour déménager. Il changeait de ville ou simplement de rue, et ruinait sa famille dans les frais occasionnés par ses démarches. Personne n’avait jamais pu le raisonner, et quand il ne pu plus financièrement se procurer ce plaisir de la fuite, il fît une dernière fugue en avalant un tube de comprimés.
Adrien Solenne sort un livre de poche pour accompagner son trajet. Il a sommeil mais veut bien commencer de lire au moins deux ou trois lignes. C’est un titre de Jean-Paul Dubois, Si ce livre pouvait me rapprocher de toi : Un homme après la disparition de son père part sur les traces de son souvenir en avion.
Le vent souffle sur la ville rose. Les chiffres volettent dans un ballet anarchique mais implacable : mille trois cent trente ; dix mille ; treize mille ; trois cent mille. Certains sont concrètement matérialisés, d’autres seulement envisagés…
Un groupe bien ancré au sol les manipule avec des ficelles cirées ou des cordes à nœuds. Reuters, AFP, Alcatel, Airbus, Chrysler, Symantec, Etat, ANPE : dans ces mouvements homogènes du poignet tous s’entendent pour la bonne marche du spectacle aérien.
Posé plus loin dans l’herbe, un petit transistor crachote des nouvelles ubuesques — le chômage est en baisse, dormez braves gens — Les aboiements d’une meute parviennent aux oreilles des cervolistes. Il faut se dépêcher pour profiter le plus longtemps possible de ces nombres, l’opinion publique arrive et commence à faire des soustractions… Les résultats sont étonnants et elle demande des comptes. S’ils ne sont pas sur les listes de l’ANPE, ou sont passés les licenciés ?
On frissonne et on soupçonne… Il fait quand même une journée idéale pour le tir aux pigeons d’argile… Adrien sort de sa torpeur et l’avion atterrit.
Les oiseaux en délicatesse avec le repos des gros dormeurs ont déjà chanté. Adrien renifle l’heure le nez dans l’oreiller. L’odeur de son sommeil le berne le temps d’une position fœtale, mais l’effluve de la journée domine très vite et lui fait faire la grimace. Il colle son oreiller sur sa tête pour fermer une cabane en coton tissé et plisse les yeux en face du réveil qui traîne sur la moquette. Il tourne la tête et se retrouve le nez contre la gueule de la chatte qui commence à ronronner et à se frotter contre ses cheveux. Il glisse les bras autour d’elle pour faire un berceau pas trop serré, que l’animal puisse partir. Elle miaule une protestation quand il commence à se lever.
Il fait déjà chaud malgré la saison froide. La porte-fenêtre est entrouverte dans la cuisine. La vaisselle d’hier est empilée dans le bac de gauche, il rajoute son bol et sa cuillère dans celui de droite. Encore plus de désordre… Bascule dans celui de gauche… Le bol de travers glisse sur le tas. On s’en fiche, il n’est pas cassé… Asperger rapidement avec une forte pression, fermer le robinet. Partir à la hâte et fermer la porte d’entrée en cognant bruyamment le porte-clefs chargé contre le bois. C’est sûr, la voisine va charger sa boîte aux lettres d’un joli billet d’humeur.
Le rendez-vous est à un quart d’heure en voiture mais il ne conduit pas. Il n’y a pas de ligne directe entre Ramonville et Labège, il va donc passer par Toulouse et supporter un détour d’une heure et demie en comptant l’attente. Bienvenue dans le monde merveilleux des demandeurs d’emploi.
Le bus arrive tout de suite, les places assises sont déjà prises. Il doit monter dans le numéro quatre-vingt dans trente minutes. Trente minutes pour descendre au Cours Dillon, s’il le rate le prochain n’arrive pas avant deux heures.
Saouzelong, St Agne, St Michel… Les quartiers se sont donné le mot, les rues défilent au ralenti et les bouchons klaxonnent. Adrien psalmodie leurs noms pour conjurer le souk mais cela ne suffit pas, le Parlement et la place des Carmes, arrêts prévus dans son itinéraire, s'échappent. Le bus est dévié par le Grand Rond. Huit heures vingt et l’autre part à trente. S’il met dix minutes à gagner Esquirol, Adrien a peut-être une chance de l’avoir…
Vingt-neuf et l’engin tourne enfin rue de Metz, il s’étrangle et adresse un geste indélicat à la Halle aux Grains en lâchant la main courante.
"Hé ! Fais gaffe mec ! Tiens-toi à ta branche sinon je t’en colle une !"
La foule compacte ne goûte pas l’improvisation, la promiscuité est à peine supportable.
La rue est complètement bouchée à cause des déviations, des voitures pare-chocs contre pare-chocs sont immobilisées par le trafic dans le couloir des bus. Un boulevard klaxonne, et deux tractopelles à l’angle tintent aussi fort en reculant. Le marteau-piqueur est assourdissant car une jeune femme sur le troisième siège a ouvert une des fenêtres. Adrien a vu le geste et fixe son regard sur elle : un sous-pull à col roulé et une veste bleue un peu épaisse. Une autre assise en face de lui la regarde de travers et resserre son cache-cœur sur un top en coton bon marché. Il est vingt, l’autobus s’arrête à Esquirol. Adrien descend sur la marche avant l’ouverture des portes. Son regard descend de vingt centimètres et le trottoir est très près du pied qui force presque pour sauter.
« Oh ! Mais c’est le quatre-vingt arrive en face ! Pardon ! Pardon ! Oui, pardon ! Merci… Ouf, moins une ! »
A la réunion d’information de la plate-forme treize du pôle trois cela avait été clairement énoncé : il faudrait pour ce poste cesser toute communication elfique avec sa boule à thé, descendre de l’arbre aux souhaits et porter la mauvaise parole du Crédit aux clients. Sur une amplitude horaire de neuf heures à vingt-deux heures dans le cadre d’un contrat à durée déterminée de deux mois non renouvelable de trente-cinq heures, payé au Smic horaire, lui-même divisé par trente-cinq et multiplié par vingt-cinq égale trop de retours à la maison après vingt-et-une heures et un budget essence hors de portée.
Adrien pour ce poste aux tâches simples et répétitives avec une forte résistance au stress doit passer des tests ce matin. Le groupe aux visages froissés monte dans la salle du premier étage porte cent quinze où une maîtresse de cérémonie brune arrive avec un quart d’heure de retard. Elle regarde probablement une série télévisée sur les militaires avec un commandant qui rappelle à loisir que ce sont les faibles qui s’excusent. Son carré bouclé est impeccable, une couleur à la mode – chocolat, sa tenue repassée et ses chaussures cambrées excluent la dispense de danse classique dans l’enfance. Elle se présente dans le cadre de son poste et rappelle qu’arriver après l’heure n’est pas négociable, que la rigueur et la ponctualité sont les mamelles du…
Il veut être face à la fenêtre, devant une vigne en treille aux couleurs du temps qui le regarde avec bienveillance et bruisse de quelques feuilles pour soutenir sa présence en milieu hostile.
La salle est nue, malgré des tables beiges, des chaises métalliques et un combiné ampli tuner lecteur CD.
Les tables sont réunies. Dessus des polycopiés blancs comme l’administration d’une agence pour l’emploi, un feutre rouge et une calculatrice par candidat. Adrien sort ostensiblement un papier nuage pour prendre la fuite à la première occasion.
"Cela ne sera pas nécessaire, nous avons tout prévu !"
La voix de MC Brune râpe comme un dossier glissé péniblement dans une boîte à archives. La pointe de ses épaules basses et le sommet de sa nuque forment un triangle parfait, le fruit d’heures de glissade sous un lourd dictionnaire pendant la traversée d’un grand salon probablement.
Il faut mettre des points rouges sur des symboles avec un feutre. La consigne est précise : à un millimètre près le point n’est pas validé. Adrien parcourt rapidement en diagonale dix pages avec des colonnes. Dans chacune d’elles, des étoiles, des carrés, des ronds, des triangles, des rectangles et autres polygones. Certains symboles sont encadrés. Aucun point au feutre sur les symboles s’ils sont encagés dans des cases. En dehors, mettre un point sur chaque branche de l’étoile, un point sur trois côtés des carrés, un point sur les deux largeurs des rectangles, un seul point sur les autres symboles. C’est le fil rouge du test. Une voix sort du lecteur de CD pour donner les ordres au fur et à mesure avec un brouhaha de fond censé coller le plus possible à la réalité : le bruit d’une foule dans un centre commercial. Alternativement, il faut faire des soustractions sur une feuille, et cocher des mises en situation en choisissant pour chaque cas les réactions les pires et les meilleures à avoir sur une autre. Revenir sur le fil rouge entre les opérations et les choix pertinents de réaction par rapport à une situation.
Saisir
un stylographe ou un bâtonnet graphite, le dresser cul en l’air et bouche
mordant sur une pointe noire d’une poussée de l’index entre un pouce et un
majeur, cela n’avait jamais fait son affaire.
Tracer
des signes exigés réguliers et propres sur un blanc salissant et réglé de
veines parallèles, margé d’une frontière amarante interdisant à sa gauche un
possible terrain vague souillé d’une note en rouge de l’institutrice crispée
sur un stylobille fonctionnaire, cela l’avait toujours contrarié.
Garroter des mots sérieux, les corseter entre des fils linéaires torturait sa main gauche endolorie. Le doré et le terne devaient serrer leurs hampes dans deux interlignes, le landau, l’hectolitre et la boucherie étaler les leurs dans un trois pièces, et les voyelles s’écraser au ras des pâquerettes d’une seule interligne alors que le « a » se forme en ouvrant fort la bouche.
Des pages d’écriture, des lignes interminables à copier, des doigts de gaucher frappés et attachés, des pulpes digitales crasseuses, une phalange majeure bosselée, une signature imitée et l’admiration d’écritures belles, deux fois :
Une professeure de collège à la calligraphie régulière. La mise soignée, la diction impeccable. Et pourtant la lettre « q ». Au tableau, sur des copies, des « que », des « qui », des « qualificatifs » de sa main où la boucle du « q » s’enroulait à l’envers pour permettre un glissé rapide sur la queue de la consonne. Adrien avait pris volontairement un nouveau cahier de lignes à copier pour aligner des « q » qu’il voulait indociles comme les siens. Ajouté à sa dysgraphie naturelle, il avait nagé en plein bonheur le temps d’une saison scolaire.
La sieste-flash en début de cours de mathématiques au lycée. Un enseignant rendait les copies d’une interrogation écrite une fois par semaine empilées sur un bras tel un lardon dans un lange. Le haut de la pile plongeait vers le bas en accordéon, et il reconnaissait d’un coup d’œil son écriture sur les feuillets idoines. Renseigné sur sa position fréquemment antépénultième, il évaluait ainsi le temps disponible avant l’appel de son nom et il écrasait discrètement, gagnant des mondes parallèles sans autorisation de sortie.
Plus
tard, si tard qu’à la fin il était adulte, il tomba en amour pour les « t »
d’une collègue de travail, à l’époque où il avait encore un emploi. Son
écriture était minuscule mais ses « t » claquaient comme des coups de fouet
par-dessus les mots, césures ou remparts c’était selon et il les lui fallait.
Il ressortit le carnet de lignes mais ce fut la dernière lettre à l’énamourer.
Juste après, le clavier l’avait bien tempéré et il n’avait conservé le stylo
que pour satisfaire de crétines manies manducatoires.
Adrien s’applique. Isoler les
symboles selon les points à leur dessiner en faisant abstraction des autres,
comme une machine binaire qui ne connaît que deux solutions : une réponse
vraie ou une réponse fausse est plutôt amusant au début. Une étoile à cinq
branches a forcément cinq points d’angine, contractée sous la climatisation de
cette pièce en vase clos. Les sketches sont téléphonés. Les propositions les
pires lui font envie mais il donne ce qu’on lui demande. Il accélère la cadence
avant de réaliser qu’il s’implique dans le respect de la consigne, c'est-à-dire
le but véritable de l’exercice. Il pense au film I comme Icare et au test du psychologue Stanley Milgram sur la
soumission à l'autorité.
Il ne ralentit pas. Le rythme le berce et lui fait fredonner une chanson d’Harry Bellafonte :
Day-o, day-ay-ay-o
Daylight come and he wan' go home
Day, he say day, he say day, he say
day,
Daylight come and he wan' go home
Work all night on a drink a'rum
Stack banana till morning come…
Une fille à mille tresses,
emmitouflée dans un tricot fait main de l’autre côté de la table lui sourit. Il
a envie de lui montrer la treille aux couleurs du temps. Le reste du groupe
plisse les lèvres et les yeux au-dessus d’un format A4 mais pas elle. Elle
aurait même tendance à écarquiller les siens pour mimer l’exaspération.
Quelques-uns paniquent, posent des
questions, craignent les pièges. MC Brune les materne. C’est la première
charrette de la journée et deux autres sessions bénéficieront des mêmes soins,
des mêmes renseignements, des mêmes remarques.
« Il n’y a pas de piège, d’ailleurs les prérequis au test ne nécessitent pas le niveau bac. »
Les têtes rassurées se penchent sur leur avenir d’esclaves dévoués. Heureusement que certains ne seront pas pris… Adrien ne sait pas comment sauver les autres.
Il commence à dessiner du lierre grimpant autour des symboles. De l’oxygène sur ces feuilles de papier pour respirer profondément. Il sourit et la jeune fille aussi. Il dessine un papillon bleu pour moucher sa bouche d’un point de couleur qui la libère des exercices impressionnistes au feutre rouge et griffonne un court poème qu’il n’ose pas lui envoyer :
J'ai graphité à larges traits un papier pour faire apparaître la gueule
de l'ange mais la feuille assombrie par les ombres crayonnées est restée lettre
morte.
J'ai voulu serrer la journée entre mes mains dans un bol enfumé et
rester ainsi jusqu'au bord des cils d'un soleil plongeant dans l'ouest
pour me sentir apaisé, le souffle en équilibre entre l'inspire et
l'expire – Je me suis mis à saigner.
J'ai songé aux Tristes Filandières mais Atropos me fait
reculer. Puis-je filer la laine si ma vie sous la lune à trois temps valse
sur des nœuds défaits ?
MC Brune observe son manège. Elle l’a repéré depuis le début et noté soigneusement dans sa grille d’évaluation des comportements.
Quand il lui tend sa copie elle a un
sourire narquois.
Le rendez-vous terminé il lui faut rapidement sortir –
de l’air – vite, dehors…
Adrien choisit de rentrer à pied. Cinq kilomètres à taper sous les péniches, c’est faisable. Labège porte bien son nom. Elle n’est pas rose comme Toulouse, mais passe-partout et ville dortoir, ville foutoir commercial, ville cinéma Duplex, commune kleenex qui se mouche et se jette sur le parking après la séance.
Où est Ramonville ?
Des pneus crissent alors qu’il cherche sur le plan à
côté de l’arrêt de bus. Trois voitures derrière pilent brutalement mais le gars
en sortant lève les bras, paumes à plat. Hors de question qu’il gare sa
Peugeot.
« Hé ! Je descends en ville… Tu veux
profiter de mon carosse ?
– C’est bon merci, je vais à Ramonville.
– Tu es cinglé, Man ! Ce n’est pas à côté !
– Je sais, j’ai seulement besoin de me vider la tête,
mais merci pour le service. »
La rocade, le pont de la rocade, un centre de formation après vingt minutes de marche.
Adrien ne sait plus où tourner, les panneaux sur la route sont faits pour les automobiles et il voudrait faire court. Le centre est dans un parc magnifique, les lilas sont déjà en fleurs et un chien se prend pour le maître du monde, couché sur les marches. Respirer mon Dieu fermer les yeux respirer ouvrir le ventre aérer les tripes les remettre refermer, aviser le paysagiste et lui demander le chemin.
"Ah non Monsieur, ce n’est pas par là, mais plutôt de ce côté… Vous traversez la rocade, passez le pont, et c’est de l’autre côté après… Mais c’est sacrément loin !
– Oui je sais, mais ça m’est égal. Merci, bonne
journée !"
Aïe ! Il y a deux ponts… Ah ! Ramonville c'est
au rond point à gauche… Flûte ! Il n’y a pas d'accès piéton. Il ne reste
plus qu’à marcher sur le bord ténu de la rocade... Les voitures le rasent à
toute vitesse et ça sent plutôt mauvais. Les odeurs délétères l’écœurent.
En arrivant au parc du Canal ses cuisses commencent à tirer, et il sent la sueur rafraîchir son torse. Les arbres lui font de l’ombre, le silence le détend. Il n’est plus très sûr de vouloir rentrer.
Deux heures après son retour chez lui
il est appelé : il a réussi les tests.
01.03.08
Petits arrangements entre petits amis
Quand un nain se promène en Afrique
du Sud dans un township et qu’il y rencontre deux gamins, il se dit que leur léger écart de taille n’est pas insurmontable, il en fait des égaux et les
désigne sur-le-champ comme ses nouveaux amis*. Par contre, un tout petit de
seize mois originaire du même continent représente une telle différence de
grandeur qu’il subit l’indifférence de Sa Grandeur et se fait incarcérer en
garde à vue avec sa maman sans papiers puis trimballer entre une gendarmerie, un commissariat, une cellule et un tribunal pendant plus de quinze jours.**
Je mesure un mètre soixante mais ne
souhaite pas devenir son amie…
*Source France2 journal de 20h du 28 février
** Source RESF
Merci à Sébastien Fontenelle pour sa vigilance.
Edit de 17h45 à l'attention de Christophe Fétat : je déteste moi aussi m'en prendre au physique, je l'utilise exceptionnellement ici pour faire un parallèle avec ses victimes "de petite taille" :o)
