31 mars 2008
Tanguy Viel, insoupçonnable
J’ai eu l’occasion de rencontrer Tanguy Viel récemment. Auparavant, je ne connaissais de lui que le nom, une critique élogieuse sur France Inter à propos d’un de ses bouquins – sans doute L’absolue perfection du crime, ma mémoire est une salope–, et l’admiration d’une ancienne collègue pour sa plume quasi polareuse, elle qui raffolait du genre quand ce n’était pas ma tasse de thé poiri-herculéenne.
Au premier abord, c’est un garçon
charmant, propre sur lui, bien sous tous rapports, gendre idéal (j’arrête les
poncifs éculés il ne les mérite pas le pauvre), à la coupe de cheveux
impeccable, à la mise sobre et de bon goût mais décontractée, aux expressions
de visage relativement neutres et à la gestuelle mesurée, en un mot :
insoupçonnable. Comme un de ses titres de livre ai-je pensé in petto, Insoupçonnable aux éditions de Minuit. Il
me confirme d’ailleurs qu’il choisit la plupart de ses titres de livres, et que
le cas échéant, il est d’accord avec celui de son éditrice. Je lui fais
remarquer qu’avec des titres comme celui-ci ou encore L’absolue perfection du crime, on remarque un léger souci de ne pas
se faire gauler qui le fait bien rire. Car le garçon a de l’humour, et même
sacrément, avec une bonne dose d’autodérision en plus, un pur régal pour
mézigue car c’est un de mes vecteurs de communication préférés. Si dans son
apparence rien ne dépasse, quand il prend la parole la passion du livre joue
des coudes et serait presque harangueuse s’il n’avait une voix douce à la
prosodie maîtrisée. On retrouve d’ailleurs ce rythme d’inspire et d’expire dans
son roman, avec de longues phrases ciselées et efficaces qui graphitent les
scènes comme des plans de cinéma, genre qu’il apprécie d’ailleurs. Il manie la longueur
de focale avec brio, la structure de son histoire s’appuie dessus et le suspens
nous tient en équilibre dans une bourgeoisie provinciale où la manipulation et
le pouvoir ne sont pas forcément du côté que l’on soupçonne.
Voici la quatrième
de couverture :
« Sam est le frère de Lise. Du
moins c’est ce que tout le monde croit quand Lise se marie avec Henri. Mais c’est
surtout Henri qui doit le croire, pour que Sam et Lise puissent réussir leur
mauvais coup. Seulement Henri a aussi un frère, un vrai cette fois, et qui s’appelle
Edouard. Or même vrai on peut être un faux frère. »
L’incipit :
« Il y avait la nappe blanche qui recouvrait la table et dont avec effort maintenant on pouvait se souvenir qu’elle avait été blanche, lumineuse sous l’effet du soleil quelques heures plus tôt, dressée de cristal et d’argenterie sur pourtant de simples planches de bois posées sur de simples tréteaux avec lesquels toute la soirée il avait fallu que les pieds composent pour ne pas écrouler l’édifice. »
Et un morceau choisi :
« Mais
faut-il appeler cela naïveté qu’un homme de cinquante ans se remarie à une
jeune fille de la moitié de son âge et dans quelles conditions si luxueuses,
presque indécentes, ai-je eu bien souvent sur les lèvres, repensant à la
manière dont il l’avait rencontrée, repensant à tout ce qui faisait qu’on en
était là, dans cette situation absurde, pensais-je, absurde, ai-je dit à Lise,
depuis ce moment où il avait pour la première fois posé sa main sur sa cuisse à
elle, dans l’autre une coupe de champagne qu’il avait payée le prix qu’on paye
dans ces endroits-là : le prix du luxe, ai-je repensé, mais que ce luxe
comprenait une âme et que cette âme se prénommait Lise, et que Lise c’est pas n’importe
qui, que Lise c’est quand même ma sœur, lui disais-je encore à elle ce soir-là,
saoul comme j’étais, et que je vais aller lui dire, je vais aller lui dire que
tu n’es pas ma sœur, je vais aller lui dire, à Henri, et qu’on a prévu un
kidnapping, un kidnapping, oui, voilà ce qu’on a prévu avec ma sœur, parce que
c’est un mot qu’on prononce mieux quand on est bourré, KIDNAPPING, ai-je dit
encore plus fort. Et elle me disait de me taire maintenant, de me calmer, parce
que c’était juste une histoire de semaines désormais, une histoire de patience
désormais, et que maintenant de toute façon, maintenant Sam on ne peut plus
reculer. Et je continuais à bafouiller, à rire en même temps, de l’idée
seulement que tu sois ma sœur, Lise, que c’est absurde, aurais-je encore hurlé
si elle, avec un doigt qu’elle a mis sur sa bouche comme une ultime mise en
garde, avec l’autre main dont elle me caressait la joue, elle n’avait pas
chuchoté : insoupçonnable, Sam, insoupçonnable. Alors moi, allongé là sur
l’herbe au creux d’elle, j’ai regardé la nuit dans le ciel, les yeux soudain
noirs de Lise, et j’ai repensé à comment on en était arrivés là. »
Tanguy Viel n’est pas un écrivain de
l’allégresse, style qu’il n’affectionne pas particulièrement, et je lui en sais
gré. Une tension hitchockienne nous vrille tout au long de la lecture, avec des scènes savoureuses, pathétiques comme l'anti héros de cette histoire à l'odeur de sang, d'alcool et de varech.
Tags : Tome de sa voie ; Tanguy Viel
Commentaires
Ce n'est pas exactement le style que je préfère dans la littérature noire, mais j'aime beaucoup quand la noire et la blanche se "percutent", si je puis dire, pour allier le "charnu" de l'une au souffle quasi épique de l'autre. Ce qui donne de grands auteurs, le plus souvent.
Mifa
Voui, moi aussi j'aime les métissages réussis :o)
J'en envie de le lire .....
Bien jouer! J'ai envie de le lire ...... à chaque fois que je te lis je suis sur le c.. , plus confortable devant mon ordi! C'est pas permis d'avoir une telle plume .........!
La Galette
Ben koikigna ? :o)
Si t'as envie de lire le bouquin alors tant mieux !
Pourquoi ai_je du mal avec les auteurs des éditions de minuit. j'ai du mal avec leurs mots, qq ch dans le rythme, un poil trop long je pense pour mon goût ou autre chose.
PS: je suis rentrée, et j'ai répondu!
Cara Carita
Ah y est t'ai répondu itou :o)
Je ne connais pas Tanguy Viel. C'est vrai qu'en règle générale, je n'aime pas trop les longues phrases non plus... mais faut voir.
En tous cas je me lève pour Bobby Mc Ferrin !
De passage...
De passage sur votre blog, je me permets de vous adresser un bonjour amical. Votre site a bien... évolué et vos nombreux lecteurs prennent toujours autant de plaisir à s'imprégner de votre plume, parfois sensible, croustillante et sevère. Un ancien : Alain
De passage...
De passage sur votre blog, je me permets de vous adresser un bonjour amical. Votre site a bien... évolué et vos nombreux lecteurs prennent toujours autant de plaisir à s'imprégner de votre plume, parfois sensible, croustillante et sevère. Un ancien : Alain
De passage...
De passage sur votre blog, je me permets de vous adresser un bonjour amical. Votre site a bien... évolué et vos nombreux lecteurs prennent toujours autant de plaisir à s'imprégner de votre plume, parfois sensible, croustillante et sevère. Un ancien : Alain
Erreur de manip.....
Suite à de mauvaises manoeuvres.. que je ne m'explique pas, mon commentaire est passé plusieurs fois. Excusez moi, vous pouvez les effacer.
Ca donne envie de l'acheter. :D
Alain Maigne
Comment allez-vous Alain ? Je vois que vous reprenez du service sur votre blog ?
Syven
Tu me diras ce que tu en auras pensé ? :o)
Bonsoir Loïs,
Vous me donnez plus envie de le lire que l'extrait que vous avez cité. Enfin en tout bien tout honneur s'entend.
Bien à vous,
un autre Tanguy
PS: Oui je n'ai pas encore pris le temps de vous ajouter à ma blogroll c'est que je sais que je dois la réorganiser du même coup et cela me plombe d'avance. je déteste l'organisation comme elle me déteste! Grrrrr!!!!
Tang
L'organisation c'est mal :o))
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