20 mars 2008
L'or, manne d'eau douce
Photo De Be
La surface de l’eau se ride par pulsations, au rythme des brasses d'une petiote hâtive et anguleuse. La nuit poisse sous une lune nouvelle, accroche des fragrances de réglisse dans les buissons autour de la margelle. Elle nage par poussées rageuses sans tâtonner le fil à plomb dans sa tête, droit sur l’autre bord du bassin et rapide à manger les vingt-cinq mètres. Elle avait observé ses voisins à maintes reprises et ricané à chaque bombe, glissade, gadin ou coulée. Ils avaient l’usufruit du bassin collectif inclus dans le montant de leurs charges mais pas sa mère, cas social avec un loyer partiellement pris en charge par l’Etat et qui n’autorisait pas l’accès à l’eau chlorée. Pour assouvir sa passion pour l’immersion dans le mouillé, le lâcher prise dans l’oubli aqueux et la rage de vaincre dans le quatre cents mètres nage libre, elle devait frauder toutes les nuits en escaladant le portail qui ouvrait sur le plan d’eau. Elle avait compté les mètres en faisant le tour du grillage à grandes enjambées aller et retour et pouvait à présent traverser le bassin sur sa longueur par simples expirations discrètes pour ne pas attirer l’attention d’un résident insomniaque.
Le boulevard du Maréchal de Lattre de Tassigny se reposait entre ses carrefours aux feux automatisés et mal synchronisés. Le trafic pacifié après des embouteillages pendulaires permettait aux toulousain de récupérer facilement de leur journée en passant par cet endroit, aussi la résidence Le Grand Botanique était-elle très demandée, et les attributions aux familles connotées « à caractère social» par le compte-rendu de leurs dossiers en énervaient beaucoup. Elle serrait cent soixante logements derrière une haie de lauriers-roses plantée pour couper le vent d’Autan, ceinturée par un haut grillage, et accessible pour les seuls bénéficiaires d’une clef magnétique. Des caméras ostentatoires étaient suspendues au-dessus du grand portail et des entrées d’immeuble, allumées en permanence sur le canal six de la télé des locataires – certains zélés le regardait attentivement –, dont une sur la piscine, taguée une heure auparavant par la petite Alice Munier.
Encore deux longueurs et elle arrête. Mieux vaut ne pas trop tirer sur la corde si elle veut nager encore une fois avant la fin de la saison et envisager une première compétition. Le technicien de maintenance, venu nettoyer la ligne d’eau, avait prévenu le régisseur d’une fermeture prématurée due à l’été exceptionnellement froid et pluvieux. Il ne lui reste que peut de temps avant l’hivernage de la piscine. Il y a quelques feuilles mortes sur la surface qu’elle retire en sortant par l’échelle. Sa serviette n’est plus en boule au pied du grillage qui entoure la piscine. Elle sait qui la lui a prise. Elle sort de l’enclos en grelottant et cours à pas minuscules jusqu’au bâtiment quatre B où elle file se coucher au troisième étage à droite de l’ascenseur.
« –
Je t'ai vue cette nuit, l’apostrophe le régisseur quand elle descend chercher
le courrier le lendemain vers midi.
–
Je sais, et alors ? Rétorque la gamine.
–
Je vais te dénoncer au syndic.
–
Sachez que je m’en tape.
–
Ca m’étonnerait…
–
Si, ça m’est complètement égal, persifle-t-elle.
–
Ça n’est pourtant pas dans ton intérêt, avec ta mère, balance le type en
tripotant une vieille cigarette dans une poche de sa chemise.
–
Quoi ma mère ? »
La nageuse de nuit se retourne et le fixe à hauteur du menton pour ne pas soutenir son regard.
« –
Les activités clandestines, ça n’est pas que de ton ressort… Elle fait
souvent la boniche dans les bureaux de l’avenue de l’URSS les jours fériés ?
–
Arrêtez de me tutoyer, on n’a pas élevé les containers ensemble !
–
Fais pas la maligne ! Tu n’as pas le droit d’aller dans la piscine et je peux
vous faire virer de votre appartement toi et ta mère, comme ça mon p’tit tu
vois, rien qu’en claquant des doigts ! »
La porte de la conciergerie a explosé sur ses talons, faisant sursauter Alice devant les boîtes aux lettres. Elle ramasse le courrier et reprend l’ascenseur à reculons, afin de s’assurer qu’il ne fasse à nouveau irruption pour la suivre et tout rapporter à sa mère.
Elle avait essayé de lui parler en fin de soirée, avant son escapade dans le grand bain. La forme ensuquée par l’alcool dans la chambre bleue l’en avait dissuadée, comme à chaque fois. La couette en satin avait glissé sur le côté du lit, en la remontant elle avait essayé d’apercevoir son visage.
«
Tu as baillé. Je le sais car tu as dégluti l'air de ton inspiration derrière
tes dents, je t’ai entendue articule-t-elle avec une voix chuchotée. Tu vois,
je sais que tu ne dors pas encore. Je voulais juste te dire, Maman, j'ai faim
et tu me frappes quand je te réclame à manger ; tu sursautes quand la police
est en bas, et tu me promets que ça va s'arranger, que bientôt je dormirai sur
un matelas propre dans un lit bordé. Mais je sais que ça n'est pas vrai. Samedi
soir un homme va t'appeler et tu iras le voir. Sous mon drap pisseux je ferai
la sentinelle, je guetterai à ton retour les freins de ta voiture sur les
graviers devant le perron, et j'éteindrai ma torche pour me faire croire que tu
n'as pas vu sa lumière aveugle.
Demain
j'ai treize ans et je ne sais pas si je peux ajouter un gâteau sur la liste des
courses. »
Alice est bien habillée pour le soir de son anniversaire.
Au
début du repas, elle fixe son regard et le force jusqu’à voir une piscine
imaginaire, un magnifique bassin olympique de cinquante mètres.
Elle
adore se visualiser en pleine brasse-papillon lorsqu’elle est à table. Même en
ce jour spécial.
Ce soir l’exercice est rendu difficile, elle est trop près du mur. Sa mère l’a décalée au début du repas pour faire place à son grand-père.
Les mains posées bien à plat de chaque côté de son assiette, la grande serviette à carreaux autour du cou, le dos droit et la tête altière, elle ne faiblira pas. Pas ce soir. Elle s’est concentrée sur cette soirée pendant des jours, il est hors de question qu’elle échoue, que ça mère la fasse sortir de table avant la fin du repas.
Déjà, elle a gagné un Pinocchio en bois peint à l’arrivée du vieillard, et elle compte bien le garder le plus longtemps possible dans sa chambre sous le poster de Laure Manaudou. Où dans son lit dans ses bras mais la mère ne voudra pas…
Il
le lui avait tendu avec un sourire timide :
« Tiens
Alice, Héloïse m’a dit de ne pas faire de frais mais je t’ai quand même apporté
un cadeau… »
La
gosse l’avait attrapé aussitôt et s’était enfuie au fond du couloir, sans tenir
compte de l’ordre qui suivit :
« Alice,
viens remercier ton grand-père tout de suite ! »
Si elle approchait elle allait le lui prendre mais si elle ne disait rien la trempe allait tomber. La mère savait son calcul et ne la quittait pas des yeux. Alice déchiffrait l’insulte qu’elle formait en silence sur ses lèvres : « Petite connasse »…
« Merci Papy », cria-t-elle sans bouger. Le vieux grognonna et passa au salon.
La visite était une corvée pour la mère. Pour ne pas se lever trop tard elle avait dû renoncer à une partie de sa dose, et avait bu uniquement dans la bouteille de Jurançon posée sur le vaisselier de la cuisine. Sa fille avait vérifié quand elle était sous la douche, celle dissimulée dans sa table de chevet n’avait pas été entamée.
Elle avait ensuite passé la matinée à faire le ménage, à cacher la crasse et à ranger bref, laver les parties les plus visibles de l’appartement. Elle avait mis sa fille à contribution qui s’était retrouvée étourdie et affamée à midi.
« Hors de question de te faire à manger Petite Connasse, l’avait-elle rabrouée, tu n’auras pas faim pour ce soir et là de toute façon je vais mourir. Si je ne meurs pas d’épuisement ce sera de te supporter ! »
Alice s’était esquivée dans le jardin avec un quignon volé dans le sac de pain rassis.
Au
dîner par contre, elle ne rate pas une miette. Sa mère a cuisiné et que dire de
plus ? Il y a une entrée, un plat et un dessert. Elle reprend deux fois de
tout. De la salade, du rôti de bœuf, des pommes de terre sautées, du fromage et
du clafoutis. Le grand-père n’y voit que du feu semble-t-il :
« Enfin
Héloïse, comment cette enfant est-elle si rachitique avec les portions qu’elle
engloutit aux repas ? Dans la famille nous sommes tous plutôt robustes ! »
La gamine est très intéressée du coup, elle aimerait bien savoir si elle va oser dire que ça vient du côté paternel, du côté de l’Arlésienne…
« Papa, tu sais bien qu’elle a toujours été menue… Regarde Maman, elle n’était pas bien épaisse elle non plus… »
Le sujet est clos, son visage s’est fermé et la petite sent bien que c’est de sa faute, même sans savoir pourquoi. Le Papy a senti le vent tourner lui aussi et jette un regard penaud à sa petite-fille. Il roule des mies de pain du bout des doigts sur la nappe pour donner le change.
L’horloge
du couloir sonne le quart, il est temps de quitter la table.
« –
Alice va te laver les dents et va au lit ! Ordonne la mère.
–
Maman s’il te plaît… Encore cinq minutes… On dit jusqu’à la demie, plaide la
fillette.
–
Dépêche-toi avant que je ne me fâche ! »
Elle
articulait avec les lèvres, la langue en retrait derrière ses dents serrées.
« –
Mais maman, mais pourquoi ? Demain il n’y a pas école !
–
Ne fais pas l’âne pour avoir du son sous prétexte que Papy est là Alice ! Tu vas
au lit et puis c’est tout ! »
Le grand-père regarde par la fenêtre pour que la gamine ne le supplie pas avec ses yeux de chaton. Il l’a vue en tout et pour tout trois heures cette année en comptant la présente visite, et il tient à revenir la voir l’an prochain.
« –
Dis au revoir à Papy et monte te coucher !
–
Bonne nuit Alice, dors bien et fais de beaux rêves.
–
Prends soin de toi, chuchote-t-il en se penchant sur elle."
Le baiser sur la joue pique avec la barbe et sent « Pour un Homme » de Caron. Le menton de la gamine tremble et sa poitrine lui fait mal.
– Tu sais, je peux la prendre avec moi si tu n’arrives pas à t’en occuper. Les chèvres me prennent moins de temps que ce que tu crois.
Il n’a pas eu le temps de regretter son premier mouvement : sa fille a dit oui, puis une gifle a suivi, de qui peu importe, et peu importe qui l’a reçue.
Jacques
Munier fume une cigarette sur le balcon dont il recrache les bouffées
bruyamment par le nez et par la bouche. Accroupi il tient l’assise, adossé au
mur il contemple le ciel.
Une
poussée des mains l’aide à se relever tout à fait et il pousse la porte-fenêtre
pour retourner dans la pièce.
« Alice, tu viens on s’en va ! » Il est à présent au bas des marches, un pied posé sur la première, la rampe agrippée par sa main droite.
« –
Papa arrête ! Ma fille reste avec moi ! proteste Héloïse.
–
Ta quoi ? Regarde-toi, tu n’as pas une tête de mère !
–
Ma fille, Papa ! Elle m’appartient, elle est à moi !
–
C’est d’une adolescente dont tu parles, pauvre sotte ! Tu n’as jamais voulu
t’en occuper et maintenant tu te la gardes pour qu’elle fasse l’infirmière et
la servante, mais tu es aussi cinglée que l’était ta pauvre mère et Dieu me
pardonne, je vais faire ce que j’aurais dû faire depuis le début, l’assumer ! »
Le
vieillard n’en mène pas large mais il tient bon. Héloïse glapit, les poings sur
les hanches :
« – Mais elle n’est pas ta petite-fille, Papa, tu le sais bien ! Biologiquement parlant je veux dire !
–
Et alors, la belle affaire ? rétorque-t-il, quand j’ai épousé ta mère tu avais
déjà quatre ans, est-ce que ça a fait une différence ? Je t’ai toujours
considérée comme ma fille. Pour Alice c’est pareil, et elle a besoin d’amour et
d’un cadre. Avec moi, elle aura au moins le cadre ! »
Jacques
monte à présent à l’étage.
« Alice
! Descends, on s’en va ! »
Il passe devant sa fille avec la petite et un sac à dos bourré à la hâte :
« Je
viendrai chercher le reste plus tard. »
Héloïse
ne répond pas. Elle affiche brusquement une nouvelle attitude, un mélange de
soulagement et de satisfaction.
En
regagnant sa voiture avec l’adolescente, il se retourne un instant sur sa fille
qui court et lui tend plusieurs feuillets manuscrits.
–
C’est une vieille lettre que je t’avais écrite, tu la liras quand tu seras chez
toi.
Le changement de lumière ne semble pas annoncer une nuit de prédateur. La lune sera pleine et le petit bois vide de plumes et de cornes. Le premier sommeil d’Alice durera dans un long silence, le premier depuis la résidence où elle a laissé avec soulagement sa mère abandonnique. Accroché sur le flanc de la Dent Coiffée, du moins était-ce ce que l’on semblait en apercevoir depuis le haut de la vallée, le vieux Munier rebrousse chemin pour ranger son troupeau. On pouvait de ce côté de la montagne rentrer en empruntant un lacet escamoté en quelques endroits par de petits éboulis, mais c’est le grand chemin des refuges qui avait la faveur des touristes.
Le silence habitait le site de plein droit dès ce point du jour, et parfois même avant quand personne, ni bête ni homme n’était passé depuis au moins une heure. Si la curiosité laissait le promeneur averti ou inconscient prolonger sa marche jusqu’après l’ancien fort Marie-Christine, alors il pouvait tomber sur le bois du Pénitent Gris et y pénétrer jusqu’à une clairière, devinée depuis le ciel par une canopée disparate. Les nuits sobrement éclairées laissaient moins de chance de retour, et les secouristes retrouvaient parfois au petit matin des gens transis et déconfits dans les fragrances d’un sommeil bref. C’est pourtant au fond de cette clairière qu’une solide corde usée mais consistante ceinturait un bout de terre, quelques arbres et un ruisseau, avec maintenu par un fil de fer un écriteau où il était écrit : « ici on protège les ours ».
Sur la parcelle à deux pas d’un épicéa, quelques bouts de bois imitaient une maison.
La cabane était drôle, ou du moins prêtait à sourire, de guingois, trapue et mal isolée avec ses angles pointus et ses fenêtres sans rideaux – juste de vieux coutils accrochés à la hâte pour la pudeur –, mais c’était la maison de son grand-père, et le simple fait qu’il l’avait construite de ses propres pognes, avec deux canifs, quelques clous et un marteau (en tout cas c’est ce qu’il affirmait dans le cadre des rares visites autorisées aux villageois d’en-bas), avait suffit à lui obtenir le respect et quelques meubles d’occasion pour améliorer le confort entre ces planches qui pour autant de l’extérieur et au premier abord laissaient présager une rapide déconfiture. Alice décide qu’il est temps de regagner le gîte. La lumière avait changé juste un peu avant, mais quand elle entend le vieux siffler ses bêtes elle rebrousse chemin. Ses foulées sont longues et rapides, hors de proportion dans cette cabane où elle ne sait coordonner de petites foulées et marche le buste immobile, une marionnette en l’air avec des jambes tricotant à fleur de sol. Elle termine une douche sommaire, puis soulage une piqûre d’aouta d’une pression de compresse au vinaigre blanc.
Ils
étaient arrivés la veille au petit matin, après avoir roulé toute la nuit. Elle
avait dormi sur la banquette arrière, abrutie de sommeil par le sage instinct
de survie des enfants ballotés entre deux foyers.
Alice
avait défait ses bagages dans la nouvelle chambre qui allait être la sienne au
moins pendant quatre ans. Elle ne comptait pas y rester. Ses projets visaient à
court terme la ville d’Aix en Provence et sa piscine olympique, puis une émancipation
à seize ans afin de maîtriser plus facilement ses choix futurs.
Un
cadre en plastique blanc, pas très propre, était posé sur la commode au pied du
lit façonné par les mains du grand-père. Le regard de sa mère l’y suivait. Petite connasse, je t’aurai… Il se
retrouva au fond de la penderie à l’autre bout de la pièce, sous un carré de
moquette mal ajusté, décollé à l’un des angles.
Après avoir rentré les bêtes et avalé une soupe épaisse avec la gosse, le vieux Munier attrape la lettre de sa fille posée sur la table basse devant le canapé mais choisit de la lire debout tandis qu’Alice sort à la recherche de lucioles.
« Je ne sais plus quand je t’ai
appelé papa pour la première fois. Attends… ne bouge pas, je reviens… C’est
bon, je suis juste allée rincer une grappe de raisin ; un ou deux grains et je
commence. J’ai failli les manger au-dessus des feuillets mais ça gouttait alors
je me suis un peu reculée.
Au début je voulais t’écrire au stylobille, mais je dois appuyer trop fort
sur le papier probablement car l’écriture n’avançait pas, ça me fatiguait le
bras et me crispait les doigts. J’ai également posé le crayon bois, j’écris
mieux avec un critérium. Ne t’inquiète pas pour tes yeux, je saisirai cette
lettre sur mon ordinateur et t’enverrai le tapuscrit.
Quand je dis que je ne sais pas quand, c’est que je n’ai pas la date
précise. Avant toi il n’y avait rien, juste la violence et les mensonges de ma
mère. Comme disent les chrétiens «au commencement était le Verbe», et bien pour
moi au commencement était le mot «papa». J’avais deux prénoms et deux noms de
famille. Mon grand-père chez qui nous vécurent un temps avant toi m’appelait
Sarah, puis maman décida qu’il était temps de m’appeler Héloise, pour être en
règle avec l’administration. Mes papiers de naissance étaient changés souvent,
le plus récent devenait le bon et rendait caduques les autres. A chaque nouveau
coup de tampon administratif je devenais amnésique pour faire plaisir, comme
une gosse qui ne veut pas contrarier sa mère, et ma mémoire redevint à peu près
pleine et entière quand j’ai pu te dire papa. A partir de toi il était plus
facile de lui plaire, et donc pour moi de me souvenir.
De ce temps où tu n’existais pas, je me souviens de la maison de mon
grand-père dans le village où je ne suis jamais retournée, et des animaux dans
son parc naturel, à quelques pas de l’usine où nous venions parfois le chercher
à pieds. J’avais deux, quatre ans? J’ai su des années plus tard qu’il avait été
retenu en otage dans son bureau par ses ouvriers, et que l’entreprise avait
fermé après les piquets de grève. Je connais la soumission et le dévouement
d’un salarié. Comment les avait-il traités pour se faire ainsi séquestrer?
Avant toi il y avait ses bêtes : des biches, des paons qui appelaient Léon,
et deux colombiers qui sentaient fort et où parfois je grimpais. Il y avait son
élevage de Tervuren, l’ourse Sophie qu’un zoo lyonnais lui avait confiée,
l’ânesse Rosa sur laquelle j’ai appris à monter et les écureuils qui couraient
sur les pins.
Il est à présent dix-huit heures et sur la balustrade une coccinelle vient
de s’envoler. Demain sera peut-être un autre jour.
Dans ton monde il n’y avait pas d'animaux et tu ignorais que les chats
portaient la moustache.
Quand donc la transition s’est elle faite ? Certainement quand tu as épousé
Maman. Au retour de votre voyage de noces vous m’avez récupérée dans la colonie
de vacances où j’ai pleuré tout ce que j’ai pu et nous avons franchi le seuil
de chez toi. En fait je connais la date parce que j’ai retrouvé votre certificat
de mariage.
Ta garçonnière était devenue trop petite, il nous a fallu trouver un
appartement plus grand. Je crois que je t’appelais encore Jacques. Est-ce au
retour d’une balade que je me suis exclamée : « Papa » ?
Quand tu es entré dans nos vies, je
t’ai vu comme le Sauveur de ma mère. Tu avais une tête de juif errant, ça a du
jouer…
Au début, elle t’a follement aimé. Elle admirait tes talents d’artiste, tes
dessins et ta sculpture, ton prix Jean Vilar de la mise en scène, tes mains et
ta culture. Ta curiosité mercurienne, ton goût des autres la sortaient parfois
de sa langueur. Elle pouvait enfin s’en remettre à quelqu’un et moi redevenir
une toute petite fille. Elle n’a jamais compris pourquoi tu as tout quitté pour
faire le chevrier, toi qui n’avais jamais vu un mammifère de près avant de la
rencontrer.»
Le
grand-père ne termine pas sa lecture, déchire la lettre et observe sa
petite-fille de douze ans qui vient de rentrer. Elle furète et paraît prendre ses
marques dans sa nouvelle maison.
«
Tu pourras m’inscrire à la natation ? Je suis une très bonne nageuse tu sais,
et je voudrais commencer à faire des championnats. Je suis prête à aller en
pension à Aix-en-Provence pour ça, vu que ce n’est pas dans ta montagne que je
vais trouver un bassin. »
Le
vieux bonhomme la dévisage avec intérêt :
«
Tu sais que tu n’es pas exactement ma petite-fille ?
–
Ça m’est égal vos histoires à maman et à toi, je veux devenir une championne,
comme Laure Manaudou.»
Libellés : Laure Manaudou ; Toulouse ; nouvelles
Commentaires
C'est peu être un peu moins gore que ma page d'hier, mais c'est un peu lourd pour commencer la journée ... (mais je ne t'en veux pas, moi ;-)
faudra que je relise mais au premier jet, je trouve que la partie piscine de nuit ne colle pas avec le reste, par contre après ça file même si tout à coup le grand-père penaud se transforme en homme de décision. Est-ce du peintre dont tu parles? qui aimait tant les jeunes filles?
en tout cas on est dedans.
Madame de Kéravel
Et moi je ne t'en veux plus j'ai bien dormi ;o)
Planeth
Vi je suis d'accord je n'arrive pas à articuler cette partie avec le reste, mais je ne sais pas décider si c'est dans les phrases de transition ou dans le style que ça pêche...
Heu... Sinon, quel peintre et quelles jeunes filles ?
ben Balthus! si tu ne l'as pas fait exprès c'est encore plus troublant! ;0)
je vois dans le personnage de la première partie une jeune femme en fait, un ton très moderne, après on change de lieu et d'âge je trouve, presque d'époque.
Planeth
Ah oui ! Balthus le peintre ! C'est énorme en effet ! Bon, lui je vais changer son nom et le citer plus haut dans le texte pour que l'on comprenne qu'il s'agit du grand-père, et le ton dont tu parles c'est la dichotomie qui n'est pas claire entre le milieu social actuel de la mère et son milieu social d'origine, donc celui de son père, donc du grand-père d'Alice. Tout le monde va se tutoyer ça va être plus simple.
Merci pour ta lecture attentive :o)
Je vous ai lu comme un poisson dans l'eau.
max le goujon.
@Max : merci :o)
Je ne trouve pas, et ca m'agace: tu as déjà publié?
(Ou, quand, quoi?)
Ecaterina
Oui, régulièrement sur ce blog (tu penses bien que je ne vais pas emmerder les éditeurs avec mes cacas)
Tu peux y avoir accès en cliquant dans le menu à droite sur la catégorie "biffures", ou sur les accès directs à mes nouvelles sous le post-it jaune :o)
L'eau salvatrice?
Amitiés.
Papadéli
Je le lui souhaite. Perso je n'aime pas le sport mais dans son cas c'est peut-être une planche de salut si on lui tend la perche ? :o)
ben là j'ai sèché sur un commentaire . N'est pas l'or qui veut !Et je ne sais pas nager en eaux troubles .
Cerise Violette
Ben koikigna ? (je n'ai pas compris ton commentaire) :o)
Rha! ......... j'aime
Rha! ......... ça c'est le cri de RAHAN!
Mais j'aime ............ la première partie (je l'ai reconnue et vraiment j'aime toujours autant) .... c'est vrai, il y a un espèce de hyathus entre ce passage que je connaissais et le "nouveau" ....... mais c'est vraiment "prise au tripes" ... Accroches c'est tout bon!
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