10 mars 2008
Moi, JSB, Johann Sébastian Bach
Lisez-vous les biographies dans les
dictionnaires ? Quand votre index descend le long de la colonne sur la page
extra-fine, il saute par-dessus des photos en couleurs pour personnifier les
noms propres de nos célèbres contemporains, ou en noir et blanc pour les notables
du siècle dernier, et c’est un portrait en peinture ou une eau-forte qui illustre
ceux des époques d’antan.
Le nom du personnage y est mentionné,
avec date et lieu de naissance, liste des villes habitées, métiers exercés ou œuvres
crées, honneurs décernés, et pourquoi pas le nom des écoles prestigieuses
suivies. Même les peintres, écrivains et comédiens, souvent en rupture avec
leur milieu et leur époque ont un goût de sérieux, empesé par le poids du
dictionnaire dans les mains. L’inventaire est succinct et fâcheux comme un
pensum, ce format n’est décidément pas fait pour les noms propres.
Nous rompons avec ce genre solennel
en lisant les premières pages de la biographie de Jean-Sébastien Bach écrite
par Jean-Pierre Grivois et publié aux éditions Héloïse d’Ormesson.
Ses chapitres ont un découpage
habilement périodique, utilisant les différents lieux qui l’ont habité. Pierre
Grivois, passionné selon St Jean-Sébastien Bach, a utilisé ses vingt années de
recherche en dilettante sur le sujet pour nous offrir une biographie à la
première personne magnifiquement documentée et passionnante à lire. En effet,
et c’est là également que réside l’intérêt de ce livre, si vous ne connaissais
pas Jean-Sébastien Bach, êtes incultes ou vous fichez comme de votre première
partoche d’apprendre où il a vécu et dans quelles circonstances il a composé,
ce livre est également pour vous. Pourquoi ? Mais parce que ce livre,
c’est d’abord quand on s’y plonge l’histoire universelle d’un gamin aimé et
aimant qui va progressivement et précocement perdre les parents qu’il aime et
être recueilli par un de ses aînés. Un jour le frère tutélaire lui fait
comprendre qu’il est temps d’aller grandir ailleurs, et le lecteur a une pensée
madeleinienne pour les gosses de Malot, Twain ou Dickens.
Nous partons avec deux jeunes amis d’école
de quinze ans et sans le sou à la conquête de leurs avenirs. Le trajet s’effectue
à pied avec une débrouillardise obligatoire pour assurer leur survie (manche,
noces, banquets), qu’ils doivent d’abord à la renommée de la famille de
Jean-Sébastien, composée de musiciens illustres, dont l’évocation leur assure
souvent le couvert et la nuitée, puis quelques emplois rémunérés et l’intérêt
des meilleurs professeurs. L’auteur narre son histoire avec un « je »
fictionnel, y compris dans les notes de bas de page, avec une utilisation
fréquente et agréable du dialogue pour mieux raconter.
Ce bout d’homme qui entre de plain-pied
dans la peau d’un adulte vers l’âge de ses quinze ans vit pour la musique et va
y consacrer sa vie.
J’ai apprécié ce début de phrase
répété sur quelques paragraphes du premier chapitre « en ce soir solitaire
de mes quinze ans » qui lui permet une souvenance de son enfance et nous
raconte les pertes successives de ses parents, sa manie des nombres, son
obsession pour le chiffre cinq, la voix d’alto de sa mère, son apprentissage de
l’orgue auprès d’un cousin, sa scolarité, le chagrin de son père à la mort de
son jumeau qui lui fait sonner le glas et s’assombrir…
C’est là que nous savons qu’il fera
citer par les auteurs de ses musiques sacrées les dernières paroles de sa mère.
Je vous ai fait entrer dans le début
de la vie de Jean-Sébastien Bach, à vous de lire la suite de l’histoire de ce
compositeur fervent luthérien, fils et père d’une nombreuse famille de
musiciens, en écoutant les suites pour violoncelle, les concertos brandebourgeois,
ou pourquoi pas le silence…
Lire un extrait sur le site de l'éditeur EHO.
Commentaires
Oui ça me paraît intéressant de prendre un temps d'écoute et de lecture. Tu vois cela me paraît idéal our une plage de silence. Maintenant à moi de la trouver...
Ah la la ! faut que j'offre ce bouquin à monsieur de K, il est raide dingue de Jean Sebastien (moi aussi d'ailleurs). Et puis un gars qui s'appelle Grivois, ça donne envie ...
;-)
Cara Carita
Je te fais confiance, tu trouveras ton rythme.
Madame de Keravel
Ce sera en effet un beau cadeau.
Education musicale !
Lorsque nous étions enfants, notre père nous faisait écouter de la musique classique, quand ça n'était pas lui qui en jouait (avec un talent discutable ;-)Jean-Sébastien Bach trônait en tête. Je prénommais mon fils ainsi : je n'imaginais pas de plus beau prénom. Merci pour la découverte de cet ouvrage que je n'aurais jamais eu l'idée d'ouvrir...
Eperdue
Avec plaisir comme on dit dans le Sud-Ouest :o)
Oh! Merci, merci .........
Oh! Merci, vraiment merci de me mettre "ça" dans les pattes! Je m'ennuie affreusement en lecture ces temps-ci .... et JSB c'est ma thérapie (Glen GOULD les variations G., et dernièrement j'ai craqué pour les suites par A. GASTINEL) ...... je pense à un article depuis plusieurs jours ....!
La Galette
Je vois que nous sommes plusieurs à aimer le jeu de Gastinel.
deux et doux plaisirs
Merci pour cette jolie narration incitative à lire cette biographie et à enfiler vite fait dans la bouche de ma hifi "les variations Godberg"...
Je te découvre Lois et suis enchantée de te lire.
Catel
Quel interprète ? Gould ? :o)
Of course !
:-)
All right
:o)
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