08 mars 2008
Au bout du lacet
Le changement de lumière ne semblait
pas annoncer une nuit de prédateur. La lune serait pleine et le petit bois vide
de plumes et de cornes. Accrochés sur le flanc de la Dent Couronnée, du moins était-ce
ce que l’on semblait en apercevoir depuis le haut de la vallée, le vieux
Castaing rebroussait chemin pour ranger son troupeau. On pouvait de ce côté de
la montagne rentrer en empruntant un lacet escamoté en quelques endroits par de
petits éboulis, mais c’est le grand chemin des refuges qui avait la faveur des
touristes.
Le silence habitait le site de plein
droit dès ce point du jour, et parfois même avant quand personne, ni bête ni
homme n’était passé depuis au moins une heure. Si la curiosité laissait le
promeneur averti ou inconscient prolonger sa marche jusqu’après l’ancien fort
Marie-Christine, alors il pouvait tomber sur le bois du Pénitent Gris et y
pénétrer jusqu’à une clairière, devinée depuis le ciel par une canopée
disparate. Les nuits sobrement éclairées laissaient moins de chance de retour,
et les secouristes retrouvaient parfois au petit matin des gens transis et
déconfits dans les fragrances d’un sommeil bref. C’est pourtant au fond de
cette clairière qu’une solide corde neuve ceinturait un bout de terre, quelques
arbres et un ruisseau, avec maintenu par un fil de fer un écriteau marqué
terrain à « vendre ».
Sur la parcelle à deux pas d’un
épicéa, quelques bouts de bois imitaient une maison.
La cabane était drôle, ou du moins
prêtait à sourire, de guingois, trapue et mal isolée avec ses angles pointus et
ses fenêtres sans vitres – juste de vieux coutils pour la pudeur –, mais c’était
la maison des enfants, et le simple fait qu’ils l’avaient construite de leurs
propres pognes, avec deux canifs, quelques clous et un marteau (en tout cas c’est
ce qu’ils affirmaient dans le cadre des rares visites autorisées aux adultes ou
aux moutards du village voisin), devait suffire à leur obtenir le respect et
quelques meubles d’occasion pour améliorer le confort entre ces planches qui
pour autant de l’extérieur et au premier abord laissaient présager une rapide
déconfiture.
Photo Sido
Commentaires
Quelle chance de pouvoir construire sa guitoune. Nous c'était dans les fortications de Vauban, que nous allions jouer. C'était aussi très bien. Plein de mystères et de frissons. bonne journée. ;-)
Nostalgie! Jamais eu de cabane dans les bois. Trop jeune quand j'avais encore mes grands-parents, impossible à l'Assistance Publique. Mes seules cabanes furent faites de livres en étude quand j'étais au lycée, voilà sans doutes pourquoi je les aime tant!
Fascinante description qu'on lit en dégustant, et qui enchante! Amitiés.
Oui, c'est un vrai rêve ....
Oui, c'est un vrai rêve de gosse! .... je ne sais pas si j'avais des rêves de cabanes dans les bois ....... j'étais une enfant de la ville! Mais mes tits gars qui habitent la campagne ne rêvent que de ça .... mais les arbres du jardin sont encore jeunots et les laisser aller dans la forêt proche, seuls ne m'enchante guère ....... Pourtant, découvrir le monde ça commence aussi par ça ....... mais aujourd'hui nous vivons par la peur!
Ton texte est enchanteur, demain je leur lit!
Patriarch
Oui, un rêve pour beaucoup je pense :o)
Merci Papadéli
Une maison en bouquins, un fantasme partagé !
La Galette
Dis-moi si ça leur aura plus :o)
Ma cabane de jardin c'était un blockhaus sur la côte atlantique .On imaginait les horreurs de la guerre et on dépassait ces émotions en y cherchant nos premiers émois amoureux .
Quelle cruauté et quelle douceur mêlées .
Cerise Violette
Les émois sensuels aident souvent à dominer l'idée de la mort :o)
On se croirait presque dans la guerre des boutons..
Le second voyant la déconfiture dans laquelle son frère se trouvait après que le loup eut soufflé, décida que sa cabane à lui serait faite de bois. Ils allèrent donc tous deux chez le troisième. Ce dernier était attablé avec le loup et çà discutait ferme le coût du soufflage de la cabane en bois.
-Je veux dix pour cent des loyers ! disait le loup.
Le cochon maçon se gratta le front avec la visière de sa casquette de base ball...
- Sept me paraissent très bien et tu me les amènent pas trop abimés !
Les temps sont durs pour ceux qui de la naissance au tombeau n'ont pas fait le choix du béton.
Mon bon salut, je ne connais pas la recette de la tarte au poil !? Se fait elle à la poêle ? Faut-il plusieurs poils ? Du ras ? Du chantourné ? De la foret sauvage ? Ou du taillis où se cachent les cabanes ?
Quand à la tarte aux doigts, elle n'a pas toujours la douceur angélique de la rhubarbe et du séné... Au moins sait elle être déliée.
Cara Carita
Rhaaaaaaaaaa la guerre des boutons, le partage des sardines entre les mômes, un pur régal !
Lephauste
Je vais méditer sur le choix du béton :o)
voilà, là je suis très bien, dans cette cabane et dans ce bois. Je suis en train de lire Retour en terre, de Jim Harrison, et ce genre de littérature ne parle que de nature et de forêts, boudiou que ça fait du bien!
Planeth
Jim Harrison devrait être remboursé par la sécurité sociale, comme Rick Bass !
Merci
Merci de prêter ta plume à des rêves d'enfants dont certains furent vécus, même si tellement lointains, je sais qu'ils se sont imprimés au bon endroit et ont fait de moi malgré les fracas une petite fille puis une femme debout aujourd'hui...
Oui, les cabanes appartiennent aux enfants. Trois bouts de tissu, deux morceaux de roseau, de la ficelle, des pinces à linge, c'est tout ce qu'il fallait à mes filles pour s'évader des heures, dans le jardin de mes parents, ou dans un coin de leur petite chambre. Elles transformaient tout ça en paradis.
Salut à toi ...
Sophie
Oui, c'est magique une cabane.
j'avais toujours une cabane dans ma tête...et le royaume qui allait avec. Il y a toujours quelque chose à défendre...
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