16.02.08
Regain
Photo Camil Tulcan
Madame Peobody n’était plus ralentie par son souvenir. Ses gestes à présent étaient rapides et son pas plus alerte. Elle le faisait claquer en secouant ses cheveux fraîchement coupés au carré. Même les draps qu’elle tardait souvent à remplacer par un jeu propre – trop lourds pour sa mélancolie –, elle les changeait à nouveau mais avec un regret tout neuf, celui de perdre pour quelques jours dans leurs plis un regain de désir avec l’odeur de son nouvel amant.
15.02.08
Edith et moi !
Merci à Voutch !
14.02.08
Mais où est-ce qu'on les enterre ?
La perte d’un proche semble vécue dans les médias par des humains différents du commun des mortels. Déclarés, parfois autoproclamés amis ou proches du disparu, à peine la nouvelle encaissée – j’espère qu’ils ne touchent pas de chèque – les voici déjà sur les plateaux, l’œil sec et la mine souriante à vanter les mérites et la générosité de celui que ses vrais pleureurs ne sont pas en état de venir glorifier. Bien sûr que chacun ne montre et n’exprime pas sa peine de la même façon que son voisin, mais la douleur et/ou le chagrin ont quand même en commun, associés à la stupeur de l’évènement, de couper le sifflet ou pour le moins de ne permettre à la parole de franchir les lèvres qu’avec difficulté ou d’une voix mal-assurée. Certains vont même jusqu’à parer la décence d’une réclusion même brève dans leurs familles, et ferment provisoirement leurs volets au monde vivant et agité grâce à des lunettes sombres quand la nécessité les pousse hors de chez eux.
Alors qui sont vraiment ces témoins immédiats, prompts à une pavane pour le défunt ?
Extrait d’une chanson de Marie-Paule Belle :
Mais où est-ce qu'on les enterre ceux qui sont méchants
Qui faisaient pleurer leurs mères battaient leurs enfants
Les antipathiques tous les renfrognés
Que personne n'a jamais jamais regretté
Mais où est-ce qu'on les enterre les vilains râleurs
Les huissiers et les belles-mères et les percepteurs
Les grippe-sous notoires et les créanciers
Que personne n'a jamais jamais jamais regretté
11.02.08
Un jour, un livre
Aujourd’hui semblait un jour sans importance : Christian Bobin ne voyait plus la lumière de l’enfance, Jean-Paul Dubois adorait les dentistes ; François Bon écrivait des romans sous l’appellation « romans » ; Emmanuelle Urien ne faisait pas mourir les héros de ses nouvelles ; Rick Bass voulait sauver la capitale du Japon ; Christian Oster ne mettait aucune virgule dans ses phrases; Dominique Boudou riait aux éclats ; Annie Ernaux réinventait la science-fiction ; Emily Dickinson faisait un voyage ; Joyce Carol Oates méditait sur Little House on the Prairie ; Erri de Luca n’avait jamais lu la Bible en hébreu, et moi-même j’envisageais de faire adopter mes phrases orphelines.
06.02.08
Trouvé ce matin dans ma boîte e-mail
Et j'ai bien ri !
Dernier conseil d'administration de la SocGen
"- Bon, les gars, on déconne, on déconne, mais on s'éloigne des vrais problèmes. Qui veut un calva ? J'ai du 80 ans d'âge que je fais venir directement de la ferme. Une rareté.
- Qui a pris les cigares ? Jean-Eudes, ne faites pas le rat, renvoyez les havanes par ici.
- Messieurs ! Quand vous aurez fini de vous torcher, on en reviendra au sujet du jour. Où est Roger ?
- Aux toilettes, monsieur le président, il a du mal à digérer la purée de céleri.
- Bon, puisque notre directeur financier est malade, je vais moi-même rentrer dans le sujet. Peuf... Peuf... (il allume un cigare). Messieurs, comme je le disais, l'heure est grave. Merci pour le calva, Pierre-Henri. Les calculs faits par ma stagiaire cette nuit montrent que nous avons perdu entre 5 et 9 milliards par la faute de ces gros ploucs d'amerloques.
- Font chier, ces yankees. On ne peut plus faire confiance à personne !
- Silence, Charles-Edouard ! Il est trop tard pour nous lancer dans une analyse de risques approfondie. La question du jour est : qui va porter le chapeau ?
Silence général. Tout le monde se regarde bizarrement.
- Non, ne vous inquiétez pas, on n'en est pas encore à foutre des cadres dirigeants à la porte. Le plan social, on le fera sur les guichetiers, il ne faut pas que déconner. Non, mais sérieusement, il faut trouver un clampin à faire dégager rapido. De préférence, un qu'aucun d'entre nous ne connaît, histoire de dire qu'on n'était pas au courant.
- Oui, monsieur le président, mais qui ?
- Je n’sais pas moi, je n’suis pas là pour tout faire, non plus. Il n’y a personne que vous voulez virer ? Un trou de balle, un minus, mais avec une bonne gueule de psychopathe, qu'on pourrait montrer à la télé en disant "tout est de sa faute" ?
- Oui, comme les anciens hébreux chargeaient un bouc de leurs péchés avant de l'envoyer dans le désert...
- Charles-Hubert, vous nous les pétez menu avec vos histoires de cureton. Ce n’est pas parce que vous avez passé 15 ans chez les jèzes qu'il faut la ramener à chaque codir. La dernière fois, c'était Saint-Paul à Damas pour illustrer le moment où Bernanke a compris qu'il était dans la merde, et la prochaine fois, vous nous faites quoi ? Sodome et Gomorrhe ? Le Déluge? Allez, on y va, on me donne un nom.
- Mais, président, on ne les connaît pas, les noms des collaborateurs. On leur parle à peine, et encore, seulement pour les engueuler.
- Bon, OK, je vois, c'est encore moi qui vais tout faire. Pierre-Matthieu, passez-moi votre portable. Le trombi de la boîte, où est-il ?
- Ici, monsieur le président.
- Putain, ces tronches de tarés qu'ils ont ! Eh ! Aux RH, vous n’avez jamais pensé à donner des consignes, du genre "éviter d'embauchés des demeurés" ? Bon, on n’va pas s'en sortir, je clique au hasard... Tiens, celui-là, Bernard Hurningh, qu'en dites-vous ?
- Il est conseiller clientèle à Dôle, monsieur, personne ne croira jamais qu'on a perdu 5 milliards à cause de lui.
- Même en magouillant avec la Suisse ?
- Ce n'est plus c’que c'était, monsieur, la Suisse. Le secret bancaire n'est même plus garanti, ils seraient fichus de nous prouver qu'on raconte des craques.
- Mouais, il va falloir taper dans du lourd. Celui-là, Marc-Brice, à votre avis ?
- Directeur financier d'une sous-filiale spécialisée dans le prêt agricole, monsieur. C'est la bourse qui craque, pas le marché du purin.
- Faites le malin, Jean-Edouard, foutez-vous de ma gueule. Bon, celui-là, il a une vraie tronche de vainqueur. C'est mon dernier mot, vous vous sortez les doigts du cul et vous me le mouillez à mort. Jean-Gui, en tant qu'ancien membre du cabinet de l'Elysée sous Mitterrand, les barbouzeries, ça vous connaît, non ?
- Oui, on peut magouiller un peu le système informatique, histoire de faire croire qu'il nous a truandés. Faites voir le nom ?
- Kerviel, Jérôme Kerviel. Encore un de ces petits merdeux qui croient qu'ils vont devenir riches parce qu'ils passent des ordres de bourse toute la journée sur leur écran. On dirait des hamsters sous acides, ces branleurs. Allez, celui-là paiera pour les autres.
- Mais, monsieur, 5 milliards sur le dos de ce trou de balle, personne n'y croira jamais !
- Je vous signale, mon petit Charles-Edouard, que 80% des Français se sont déplacés il y a un peu plus de six mois pour départager une dinde hystérique et un velléitaire complexé par sa taille, alors vous savez, le sens critique de ces glandus... Bon, on y va. Plan média, bidonnage informatique, communiqué de presse, plan social en backup, je veux tout ça sur mon bureau demain matin. Et vous me supprimerez le coupon de cette année, ça fera les pieds à ces connards d'actionnaires. Quelqu'un reveut du champ' ?"


