28 février 2008
L'écriture moche
Saisir un stylographe ou un bâtonnet
graphite, le dresser cul en l’air et bouche mordant sur une pointe noire d’une
poussée de l’index entre un pouce et un majeur, cela n’a jamais fait mon
affaire.
Tracer des signes exigés réguliers et
propres sur un blanc salissant et réglé de veines parallèles, margé d’une
frontière amarante interdisant à sa gauche un possible terrain vague souillé d’une
note en rouge de l’institutrice crispée sur un stylobille fonctionnaire, cela m’a
toujours contrariée.
Encager des mots sérieux, les
corseter entre des fils linéaires torturait ma main gauche endolorie. Le doré
et le terne devaient serrer leurs hampes dans deux interlignes, le landau, l’hectolitre
et la boucherie étaler les leurs dans un trois pièces, et les voyelles s’écraser
au ras des pâquerettes d’une seule interligne alors que le « a » se
forme en ouvrant fort la bouche.
Des pages d’écriture, des lignes interminables
à copier, des doigts gauchers frappés et attachés, des pulpes digitales
crasseuses, une phalange majeure bosselée, une signature imitée et l’admiration
d’écritures belles, deux fois :
Une professeure de collège à la
calligraphie régulière. La mise soignée, la diction impeccable. Et pourtant la
lettre « q ». Au tableau, sur des copies, des « que », des « qui »,
des « qualificatifs » de sa main où la boucle du « q » s’enroulait
à l’envers pour permettre un glissé rapide sur la queue de la consonne. J’ai
pris volontairement un nouveau cahier de lignes à copier pour aligner des « q »
que je voulais indociles comme les siens. Ajouté à ma dysgraphie naturelle, je
nageais en plein bonheur le temps d’une saison scolaire.
Les micro-siestes en début de cours
de mathématiques au lycée. Un enseignant rendait les copies d’une interro une
fois par semaine empilées sur un bras tel un lardon dans un lange. Le haut de
la pile plongeait vers le bas en accordéon, et je reconnaissais d’un coup d’œil mon
écriture sur une des copies. Renseignée sur sa position fréquemment antépénultième,
j’évaluais ainsi le temps disponible avant l’appel de mon nom et j’écrasais
discrètement, gagnant des mondes parallèles sans autorisation de sortie.
Plus tard, si tard qu’à la fin j’étais
adulte, je suis tombée en amour pour les « t » d’une collègue de
travail. Son écriture était minuscule mais ses « t » claquaient comme
des coups de fouet par-dessus les mots, césures ou remparts c’était selon et
il me les fallait. J’ai ressorti le carnet de lignes mais ce fut la dernière
lettre à m’énamourer. Juste après, le clavier m’a tempérée et je n’ai conservé
le stylo que pour satisfaire de crétines manies manducatoires.
Commentaires
Je n'étais pas doué pour l'écriture; ni pour la calligraphie ni pour la syntaxe. Rien que de savoir que j'allais prendre des coups de règle sur le bout du pouce, index et majeur réunis, me faisait "gerber". J'écrivais avec la main du diable. Depuis, je suis pour tout....à gauche !!
ah! ah! Loïs, tu écris de la main gauche, toi aussi? j'en étais sûr! Gauchers Power! (on a bien besoin d'une revanche, moi ma maîtresse de CE1 m'a mis une claque parce que je me tenais trop "tordu" en écrivant gauchèrement...)
Je sais pas pour ton écriture, mais ce texte, en tout cas, est tout sauf moche: bravo pour cette belle évocation des aléas de l'écriture manuscrite! :)
Yesseu ! Patriarch et Marco, gauchers power !!!!
Marco avec tes conneries j'ai l'air d'une framboise maintenant !
Clavier bien tempéré?
C'est vrai, je ne sais pas mettre des liens dans mes post(s)!
Je suis un inadapté de l'ordi!
Pour moi il a deux fonctions:
machine à écrire
boîte aux lettres instantanée.
Pour le reste je suis bon à rien.
Désolé
Inattendu
Parfois vous me surprenez, cher Loïs. On a tous regardé furtivement l'écriture du voisin, tenté de corriger la sienne, on a tous un traumatisme datant de l'école primaire avec l'écriture. Je me souviens les cahiers spirales qui gênait mon style gauche de droitier maladroit, et la douleur de voir mes copains aller en récré pendant que je devais terminer la laborieuse écriture de ma leçon... Quelle horreur. Plus jamais ça ! Tout ça pour dire que tous le monde l'avait sur le bout de la langue mais c'est votre plume qui a sorti l'Article.
Ah !
J'adore ce texte ! Chez moi tout dépend du stylo. Là au travail, j'ai un stylo que je n'arrive pas à bien tenir, alors l'écriture de mon cahier est mal soignée.
Mais j'ai un stylo que j'adore, et avec lequel il m'est impossible de ne pas bien écrire.
superbe texte, même ecrit avec un clavier!
Gillou le Fou
Alors comme ça tu écoutes du Bach ?
Johnny Heroe
Non, plus jamais...
Syven
Quand je lâche le clavier, j'écris au critérium 2mm ou au Pilot V.Ball 0.7 noir :o)
Louise
Merci Louise :o)
Pas que...
Beethoven a ma préférence mais j'écoute aussi Mozart, Rachmaninov et bien sûr Bach...
Nous avons d'ailleurs publié une autobiographie imaginaire intitulée Moi, JSB. Pas mal du tout, c'était en septembre 2005 (je crois)...
Tu le veux?
Tu m'envoies ton adresse par mail et tu le reçois par la Poste.
C'est mieux que l'inverse...!:-)
XXX
La queue des Q et les Q indociles.
Mais où sommes nous, ici?
Je préfère les salons de thé lors des coups de barre.
Bonsoir, Loïs.
Andrem
Que veux-tu, comme tu le fais si justement remarquer sur ton blog à la gloire de Magritte, "ceci n'est pas une pipe" :o)
Les petits mots d'amour, même gribouillés, avec un stylo, même machouillé, ça a une autre gueule qu'un mail tout de même !
;-)
Tres beau texte sur l'écriture , pour ma part je n'oblige pas mes élèves à respecter la marge et jamais je ne souligne les fautes en rouge , l'écriture doit être un outil libérateur qui ouvre la porte de la connaissance... alors qu'importe le flacon pourvu qu'on ait l'ivresse !!
Madame de Keravel
Le brun bouclé près de mon cœur opine du chef :o)
Alexandra
Bien dit :o)
Il n'y a pas que dans la graphie scolaire que loucher sur l'écriture des autres donne des complexes...
Dans ce texte là, par exemple, ce n'est pas le stylo qu'on voudrait chiper, c'est le style.
L'encre en saigne encore.
J'ai dû prendre un stylo tout à l'heure, mon stylo fétiche devenu avec les années un stylo honoraire... Et je me suis aperçue qu'à force de préférer le clavier je ne savais plus écrire à la main. Le stylo s'est vengé en bavant partout...
Et ça m'a fait bien rire, pendant le quart d'heure qu'il m'a fallu pour réparer les dégâts.
Quand j'étais petite, je ne voulais pas être princesse, je voulais être gauchère et porter des lunettes. Mais non... pas moyen !
Mes deux dicos électroniques ne trouvent pas "manducatoire", mais je ne désespère pas - je cherche, je cherche. Merci de me cultiver un peu !
J'y retourne wouhouu
Oui comme je comprends,et avec le clavier, enfin pouvoir se relire comme si on était un autre! Pourtant comme toi j'ai adoré-admiré des écritures diverses, c'est déjà du dessin, mais ma mienne est aiguë et fantasque comme un vol de mouche, et ma signature : trois herbes folles...
Mifa
Tu avais placé la barre trop haut, ça doit être pour ça :o)
Dyslexique
Essaye google pour voir :o)
Clarinesse
La réciproque est vraie, et merci pour ton jeu de mots :o)
Planeth
Je voudrais bien voir l'écriture d'une peintre :o)
Un beau stylo, un beau papier et c'est le bonheur. Mais je ne prends plus le temps.
"Même écrite de la main gauche, la vérité n'est jamais illisible!" Proverbe Russe.
Amitiés.
J'adore ce texte !
(et en plus, il me fait me remémorer mon année de CP -en 1917- et les soirs passés en retenue à faire des lignes de "s", à faire baver l'encre violette des pâtés de manière pourtant fort artistique sans jamais en être félicitée !)
Kiki :-)
Ouah
Je n'ai aucun souvenir de mon enfance, mais ça c'est le prétexte pour dire que j'aurais pas "pu" écrire ça...
Suis admirative de cette "plume" (si si) que tu as... à me dégouter d'essayer d'écrire ! (enfin j'mentends, j'écris tout le temps... c'est bien ça le {t]hic !))
J'écris avec autant de plaisir avec le clavier qu'avec le crayon mais ça n'est pas la même expérience (c'est vrai que la mine de crayon à papier a quelque chose de sensuel et poétique), et depuis peu j'ai envie de m'offrir l'un ces stylos (?) tu sais qui font des pleins et des déliés... Pas un stylo à plume, ça fait Cheyenne (mais c'est bô !) et je suis capable de le perdre ou de le casser, mais un machin spécial qui déploierait un beau tracé noir qui s'étire, s'effile ou se grossit en fonction du mouvement, de la pression ou de l'émotion...
Merci pour tes "q" et tes "t" ;o)
sur la ligne
écrire sur la ligne, entre les lignes à haute tension des cahiers est bien plus dur que l'on croit pour les enfants de 6 ans. Contrôler son geste, réduire le panache des lettres pour qu'elles se tiennent à carreaux.
Normalisation violente ou efforts consentis bon gré mal gré du vent qui apporte la tempête sous un crâne pour appartenir à la communauté des écrivains en puissance ?
Dominique Boudou
J'aime les beaux papiers également...
Papadéli
La Pravda gauchère ? Je me le note :o)
Posuto
1917 ? Félicitations ;o)
Eperdue
Moi aussi je suis dégoûtée d'écrire quand je lis les autres :o)
Christophe Fétat
Si c'est le cas je croise les doigts gauchers, c'est que ça valait le coup :o))
Excuse-moi d'être si pointilleux Loïs, mais mon nom s'écrit "Dylexsique" et non "Dyslexique". Es-tu dyslexique ?
bon week-end^^
Je reviendrai lire les commentaires, mais j'ai beaucoup aimé ce texte.
Bizarremment, j'ai très bien vécu les pages d'écriture de mon enfance, sûrement parce que les maîtresses que j'ai eues étaient déjà de bonnes instits.
Je crois que j'ai associé l'écriture au dessin... car j'ai dessiné très jeune. Il fallait me demander de ne pas illustrer, car illustrer, j'aimais ça.
Aujourd'hui je peins et j'écris, les deux. Je n'imaginerais pas faire l'un en délaissant l'autre.
En revanche, je HAIS les chiffres... et heu... je crois que je ne sais pas compter. ^^
Moi je me souviens des E majuscules... Et aujourd'hui, avec ma fille de 7 ans je redécouvre le bonheur de s'appliquer pour l'écriture...
Et elle c'est quelles lettres ?
La calligraphie est un art merveilleux!
Enriqueta
Je trouve ça superbe à regarder moi aussi.
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