Biffures Chroniques

Sur une brique rose, avec vue sur un arbre.

30 janvier 2008

Inventaire 2008

Quand j'ai publié la liste qui suit il y a presque un an sur mon ancien blog, je ne savais pas à quel point elle serait cruellement d'actualité.

Chat persan

Cèdre du Liban

Lévrier Afghan

Profil grec

Oncle d'Amérique

Téléphone arabe

Croix de Malte

Bleu de Prusse

Café turc

Clé anglaise

Escalope milanèse

Blue Rondo à la Turque

Douche écossaise

Chapeau chinois

Ballade irlandaise

Frères siamois

Sauce Hollandaise

Pain viennois

Panama

Châteaux en Espagne

Feu de Bengale

Omelette norvégienne

Petit suisse

Porte d'Italie

Papier d'Arménie

Auberge espagnole

Portugaises ensablées

Ombres chinoises

grippe asiatique

Store vénitien

Encre de Chine

Cuir de Russie

Terre de Sienne

Cochon d'Inde

Chiffre romain

Quart d'heure américain

Eté indien

Jardin japonais

Tous sans-papiers ...

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29 janvier 2008

Petits bras

[...]La pluie nous a débués et lavés,

Et le soleil desséchés et noircis.

Pies, corbeaux nous ont les yeux cavés,

Et arraché la barbe et les sourcils.

Jamais nul temps nous ne sommes assis

Puis çà, puis là, comme le vent varie

A son plaisir sans cesser nous charrie,

Plus becquetés d'oiseaux que dés à coudre.

Ne soyez donc de notre confrérie ;

Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre ![...]

François Villon - La Ballade des pendus

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Loïs De Murphy

37, place des blogues

1984 Site-sur-la-Toile

________________________________________Franck POIREAU

________________________________________22, rue de la Pénitence

________________________________________4400 Halle Quatéraz

________________________________________le 29/01/2008

Cher Franck,

Je t’écris au sujet de cette affaire qui nous bouleverse tous, des ornières de la départementale 906 au sommet des douze branches de la place de l’Etoile. Je n’utilise pas le vouvoiement avec toi, non par manque de respect ou souci d’intimité, mais par cette même appartenance à la catégorie des joueurs petits bras. Comment je le sais ? Je lis la presse locale figure-toi, et à la page des faits divers un article explique très bien comment tu as pris une peine de quelques mois de prison ferme – très peu de sursis – pour un vol de voiture. Plutôt minable ! Quand je pense que tu es tombé pour une Fiat Panda en plus. D’après ce qu’il se passe aujourd’hui, je peux pronostiquer qu’avec le vol d’une Ferrari tu serais sorti libre du Tribunal. Attends, je ne te juge pas, mais franchement ta peine tu ne l’as pas volée. Moi je sors d’un mois de prison. C’est le Juge du Tribunal de Dijon qui m’a condamnée. J’avais volé pour une cinquantaine d’euros de nourriture dans une grande surface pour nourrir mes enfants, mon salaire à mi-temps ne me suffisait plus. Le directeur du magasin n’avait même pas porté plainte tu te rends compte ? Dans le quartier maintenant ils m’appellent tous Cosette, c’est malin !

J’ai une pensée pour mon voisin, Monsieur Bouchard. Il s’est emberlificoté dans un crédit revolving. Avec les agios et les pénalités de retard, il est monté à deux mille euros et s’est fait saisir la semaine dernière. Maintenant il dort sur un matelas à même le sol et regarde par la fenêtre pour remplacer la télé. Tu vois, nous sommes pas mal de petits joueurs et je cite uniquement ceux que je connais.

Bref, tout ça pour te dire, pauvre imbécile – oui, je fais quand même une distinction entre M. Bouchard et moi d’un côté, et toi de l’autre – que si tu avais joué dans la cour des grands, tu aurais obtenu la liberté sous contrôle judiciaire à la sortie de ton Tribunal. Comment ? Très simple. Une maison à Neuilly, un métier de trader, un détournement de cinq milliards d’euros et une brigade financière pour venir perquisitionner à ton domicile, au cas où la somme en liquide serait planquée dans ta chasse d’eau. Ridiculisés, les René Girier, Emile Buisson ou Pierre Loutrel ! Avec les sommes dérisoires de leurs menus larcins bancaires, ils ne pouvaient que plonger. La France aime les ambitieux. La France aime la grandeur. Regarde les infirmières qui n’arrivent pas à se faire payer leurs heures supplémentaires. Bien fait ! Un métier de larbin femelle n’a pas à être grassement rétribué. Par contre, Président de la République, ça, ça a de la gueule. Cent soixante-dix pour cent d’augmentation et le peuple est content. Regarde le groupe Total : Il a fallut des années pour qu’il soie jugé, la somme qu’il va payer est dérisoire, et en plus il a le culot de faire appel ! T’inquiète, tout le monde va continuer à se servir à leurs pompes, il n’y en a aucun qui va boycotter. Alors ? Tu vois que tu n’es qu’un looser.

Bon, je te laisse, j’ai reçu un courrier de ma banque qui me rappelle que je n’ai pas le droit d’avoir un découvert pendant plus de deux mois sinon je me fais bloquer ma carte et plus si affinités, donc je vais aller verser les quinze euros qui me mettent dans l’embarras.

Très cordialement,

_____________________________________Loïs de Murphy

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28 janvier 2008

Comment je me suis fait avoir par Chrisitan Oster

Dans une revue littéraire*, un dossier était consacré en octobre dernier à un écrivain français. Dès le sommaire, je pouvais y lire :

Poète devenu romancier, son œuvre mouvante et hétéroclite se nourrit de fantaisie, de burlesque et de folie pour explorer les coulisses de notre époque.

Et ceci, en sous-titre de l’article :

En plus de vingt ans de publications, [il] s’est affirmé comme un de nos romanciers les plus imaginatifs. S’il met souvent en scène la folie de ses personnages, c’est pour mieux révéler celle de notre monde contemporain. Avec Jubilation.

Dans la biographie proposée, des titres qui attirent ma curiosité bienveillante :

Les élans minuscules ; La Conviction de la rampe, La Méthode volatile ou encore Le Neveu Chronique.

Plus loin dans le dithyrambe, l’auteur de l’article me garantit que « l’œuvre fictionnelle [de l’auteur] s’affranchit à chaque nouveau titre. Débuté dans une rétention de la phrase, le roman aujourd’hui joue de la rhétorique pour lâcher la bride à l’imaginaire. » Je regarde sa photo en couverture du magazine. Rarement coupable de délit de faciès, il me semble pourtant repérer cette « rétention de la phrase » à la commissure de ses lèvres. Difficile de le voir tomber la cravate sur une table de bar. Et s’il y a folie, elle est soigneusement dissimulée par une coupe de cheveux fignolée à la tondeuse, comme les névroses d’un intérieur bourgeois détournées de l’attention par un perron impeccable. Très bien, je vais me faire une joie d’aller découvrir un des ouvrages de cet auteur qui m’intrigue. Je griffonne son nom sur un bout de papier et l’oublie quelques temps.

Dans ma librairie favorite, rue de la Colombette, je farfouille mon sac sous le nez des frères Grimm. Ce n’est pas leur nom véritable et je n’ai pas intérêt à les interpeler un jour car c’est celui-ci qui va m’échapper. Heureusement que ce n’est pas une fratrie sororale dans une boulangerie, elles auraient eu droit au sobriquet de « Sœurs Tatin. » Je sais, c’est lamentable. Quatre ou cinq auteurs attendent assagis sur des étagères rectilignes mon bon vouloir. Où est passée la liste ? Plonger le nez dans un sac de femme est toujours un grand moment de solitude. D’accord, gagner du temps, la jouer de tête. Les premiers noms arrivent sans problème, mais pas Celui-dont-j’ai-lu-le-nom-dans-la-revue. Ost-quelque chose, ça commence par o-s-t ça c’est sûr… Ah ! Je vois Christian Oster sur une tranche. Ben voilà, c’est ça, c’est lui ! Un titre proposé : Mon grand appartement. Ah ? On ne dirait pas… Il m’avait semblé que dans sa bio les titres étaient plus… Enfin qu’ils étaient moins… 51OSLvuvnlL__AA240_ 

De retour chez moi, j’étête le haut de ma pile en attrapant le roman d’un auteur japonais. Foisonnant et onirique, avec une alternance de descriptions et de dialogues qui me donnent l’impression de regarder un film. Très visuel sous les métaphores. Mon grand appartement me regarde avec sérieux, attrape le japonais qui disparaît à la cave et bat des cils. Première page du livre, premier étonnement : les phrases sont courtes, avec beaucoup de virgules. La description d’une scène quotidienne est précise, clinique, la forme restitue exactement le fond, quoique avec des termes empruntés à d’autres milieux.

«Je disposais ce jour là de cinq poches, pas une de plus, dont je ne ferai pas ici l’inventaire. Je les fouillai, enflant les unes, dégonflant les autres, bossuant laidement celle-ci ou faisant saillir celle-là, invaginée, à la perpendiculaire de ma hanche. Rien. Tout, si l’on préfère, sauf des clés. »

J’étouffe un peu, le repose et remonte mon bol et mes baguettes de la cave. Quel talent ce Murakami ! Je respire à nouveau profondément en barbotant dans La fin des temps. Il n’empêche, le sujet abordé par Oster me plait bien, et j’aime la manière qu’a son personnage d’appréhender les choses de la vie. Je reprends donc le quignon de la baguette blanche. Encore cette impression d’essoufflement du à la ponctuation. Visuellement, je pense aux images que l’œil fixe jusqu’à ce qu’au bout du flou, un monde merveilleux apparaisse. Ca y est, j’y parviens et passe enfin de la brasse au dos crawlé. Le début de l’histoire m’évoque le Barthélémy Parpot d’Alain Monnier mais ce n’est pas ça. Je pense à Béatrix Beck, le côté « baroqueux profus. » en moins. L'histoire est simple, courte dans le temps, béquillée par des subjonctifs et le hasard qui agit pour les personnages. C’est déjà la page soixante-huit, et Gavarine le héros du livre est dans une piscine. Il vient de poser les yeux sur une femme enceinte – Je ne vais plus lâcher le bouquin jusqu’à la fin…

« Elle n’était pas belle, sans doute, mais, je prends ici un risque, celui de n’être pas cru, je n’ai jamais, moi, Gavarine, aimé les femmes belles. J’entends par belles, s’agissant de femmes, donc, celles chez qui, en raison de leur beauté, toute particularité secondaire s’éclipse dans les lointains de la personne, le plus souvent de façon irréversible, de sorte qu’en grattant cette beauté, c’est soi-même qu’on écorche sans rien mettre au jour qui, posé devant cette beauté, en fasse saillir la marque. »

Je suis tombée amoureuse de l’auteur page quatre-vingt-trois :

Ca n’avait pas été Anne, ça n’avait été personne, et maintenant c’était cette femme-là, qui ne m’avait pas attendu, sans doute, pour mettre en train les choses, mais enfin qui m’attendait, sauf dramatique erreur de ma part – mais je n’y songeais même pas –, pour qu’elles connussent un terme. Son ventre, là, c’est vers moi qu’elle le tendait, en toute fin de processus, pour m’en livrer le fruit, probablement dédaigné par quelque autre, qu’importe, ni elle ni moi n’agissions par calcul, en tout cas pas moi, mois c’était cette femme que je voulais, maintenant, cette femme faussement lourde, là, en tout cas pas lourde pour longtemps, me disais-je, oh là là non sûrement pas très longtemps, me répétais-je, tu as même intérêt à te dépêcher, c’était cette femme et pas une autre, donc, elle c’était son affaire, elle pouvait bien se sentir seule, abandonnée, c’est moi qu’elle venait de choisir. Car, je le signale, il y avait d’autres hommes, dans cette piscine, d’autres hommes seuls, or c’est moi qu’elle fixait ainsi, qu’elle avait laissé venir à elle, pour lui dire un mot, entre autres choses, pour me laisser le lui dire, et maintenant je m’en faisais une idée, de ce mot, une idée précise, il me restait à la formuler, sans doute, mais j’avais pris confiance, et tout à coup je me lançai, je lui posai une question, la seule qui valût, me semblait-il, en tout cas la seule qui désormais m’importât. Je parle de la question du sexe. […] Tout, à l’en croire, laissait à penser qu’il s’agissait d’un garçon.

J’ai reposé le livre une fois achevé sa lecture. Certes je me suis régalée, mais ça ne correspond pas du tout à ce que j’ai pu lire à propos de ce que publie cet écrivain en général. Où sont le « burlesque » et « la folie » qui « explorent les coulisses de notre époque ? » Perplexe, je reviens sur la revue littéraire : le dossier du mois est consacré à Jean-Pierre Ostende…

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*Le Matricule des anges, octobre 2007 (non, je ne lis pas que celle-là, mais c’est une de mes préférées)

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27 janvier 2008

Bobinade

la20lectrice20patroon_450"J'ai un livre entre les mains. C'est une porte minuscule par laquelle disparaître sur place."

Christian Bobin

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26 janvier 2008

La mort vous va si bien

Je bois mon thé matutinal sans Papistacherie. Une citation de Mark Twain volète dans la pièce, assez lentement pour la lire du coin de l’œil : « Ne perds pas ton temps à répéter que le monde te doit quelque chose. Le monde ne te doit rien. Il était là avant toi.» C’est ce que j’aurais aimé dire à un jeune homme recroquevillé dans ses poings hier, mais elle ne m’est revenue que ce matin. Un peu tard pour la spontanéité, tant pis… Il s’en apercevra tout seul, avec ou sans casse-couettes pour le lui dire. Je sors de ma rêverie quand une réclame à la radio tente de me séduire. La voix est féminine, douce, sensuelle. Très sensuelle. Les consommateurs potentiels sont exclusivement masculins, ou les femmes succombent toutes à des émois saphiques faut-il le croire, puisque le recours à cet artifice est de plus en plus fréquent. Je l’écoute et recrache mon thé. La voix me suggère de regarder un film empli de meurtres de psychopathe, barbouillé de sang chaud et de corps refroidis. L’érotisation de la mort, de la douleur et de la violence est de plus en plus présente pour vendre n’importe quoi. Les débats philosophiques sur les rapports entre Sade et Masoch ne me parlent pas. La confrontation des pulsions freudiennes d’Eros et Thanatos me fait bien rire. Par contre, vouloir rendre la mort sexy me fait vomir. Banaliser, esthétiser le meurtre et planquer les mouroirs indigents de la République et des familles abandonniques est un paradoxe malsain que je ne cautionnerai jamais. J’ai éteint la radio. Le Stabat Mater fraîchement interprété par Philippe Jarousski prend la suite. Le chant est magnifique, mais grave, étroitement lié à la douleur et la mort qu’il dépeint. Si l’art a plusieurs facettes, je sais lesquelles je préfère regarder en plein visage.

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25 janvier 2008

Citation à con paraître

"Attali est le seul homme à avoir cent idées par jour, mais je suis le seul à savoir quelle est la bonne."

François Mitterrand

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24 janvier 2008

A l'huile et au couteau

Parfois, par toutes petites fois, Amarante s'égare…

Pas bien loin encore, elle n'aime pas se perdre de vue. Dans un coin de sa tête, il y a un lavis sur lequel elle brosse des ailleurs pertinents pour elle seule mais qu'importe.

Les passants croisés puis dépassés ne la regardent jamais. L'indifférence se substitue à la peur, opacifie les regards. De l'autre à soi le chemin n'est pas sûr, alors une rue…

La rue Saint Rome subit les flux pendulaires de la marée humaine du vendredi midi, car rien ne peut contrarier la détermination des âmes de la ville rose à s'approprier ses dalles sombres.

Le crachin fouette des visages, des dos, des parapluies prudents, découvre, décapuchonne à la force de ses traits des corps recroquevillés par les gouttes acidulées qui après la frappe s'enfuient au sol, vortex innocent filant au caniveau.

Le marché flanque la place Arnaud Bernard et vient s’affaler au pied de la Basilique St Sernin. Du ciel, la fourmilière s'agite autour des stands et ramasse cumin, coriandre, saté ou piment d'Espelette sous une bâche étanche. Ca crie, ça pousse, ça jure et hurle, mais ça rigole aussi dans le mouillé des lainages. Un vendeur de poulets s'énerve devant le fond de ses rôtissoires : l’eau de pluie barbouille de cernes le jus de ses volailles.

Sous le couvercle d'un nuage, le toit carré d'un immeuble se fait un instant fond de braisière. Chemisé d'alluvions, il laisse Amarante penchée et pensive sur le faîte du sinistre vertical. Elle domine l'asphalte, s’imprègne des sucs régalants des scènes de la rue.

Puis elle dégringole l'édifice de l’intérieur en sautillant jusqu'à l'entresol, et se ravise jusqu'au rez-de-chaussée. Elle tâte au fond de son sac un livre de poche, un des premiers titres de Beatrix Beck.

Elle sait qu’en remontant la rue du Taur elle va forcément revoir le clochard. En fait cela fait plusieurs mois qu’elle l’observe…Son visage avec le temps est passé du beige rosé au presque bistre. Il ne bouge pas, il ne dit rien. Il reste statique et s’entête à souffler fort. Il la gêne et la dérange, mais elle reste sans réaction. Pourtant il communique, avec ses bouffées d’air soufflées entre ses vieilles lèvres pincées, les yeux baissés par l’effort. Le vieil harmoniciste pulse un pont d’air jusqu’aux pieds des passants qui ne prennent pas le temps de traverser.

Amarante ne comprend pas ce qu’il joue, mais suit son bonhomme de chemin en souhaitant arriver à peu près tous les jours à inspirer des bouffées de bien-être, aussi pleines que celles qu’il expire.

Il est là, le sacré bougre de vieux souffleur de vent. Elle marche du pas rapide du citadin. Son regard rase le cuir de ses chaussures.

Le métro est à moins de cent mètres, et lui exhale ses notes à gauche. Elle va une nouvelle fois adorer son jeu d’harmonica et vouloir lui donner la pièce, mais passera devant lui, raide comme la Justice, en se traitant de lâche.

Est-ce qu’il la reconnaît, est-ce qu’il l’a vue ? Toutes ces fois où elle garde son cœur en fragments d’euros dans son portefeuille, est-ce qu’il le sent cogner quand elle le dépasse en fixant l’enseigne neuve d’une agence ?

Trajet retour, il n’a pas eu le temps de partir, il est encore là. Son sac est ouvert, elle a vingt centimes dans la main. Et le trac, du coup la pièce est moite. Elle refroidira dans sa casquette.

Ca y est, à sa hauteur, elle lâche la pièce dans le tissu protocolaire. Ses pieds avancent pendant l’acquittement du montant de sa culpabilité. Essoufflée par la peur, elle l’entend quand même dire « merci ».

Elle a dit « de rien » déjà trop loin...

Plus tard, Amarante écrase son nez contre la vitrine d’un marchand de couleurs rue Ste Ursule. C’est drôle, à chaque fois qu’elle croise une boutique de peinture, elle ressent l’appel des jardins parfumés blottis dans un autre coin de sa tête, ceux-là même qui la font sortir de chez elle malgré l’angoisse. Celle-ci ne se distingue pas des autres qu’elle a déjà visitées, mais la musique du Cap-Vert vient du fond du local comme une invitation pressante. L’objet dans la vitrine a attiré son attention parce qu’il y a écrit dessous « en bois de poirier». Elle aime également l’étalage des vitrines. Une balade réussie en ville, c’est une balade où une disposition, des couleurs, des formes ou une atmosphère derrière une vitre vont la faire chavirer de l’autre côté des objets présentés au point de traverser pour gagner l’autre trottoir, celui des jolies choses convoitées. Elle n’achètera rien, car un petit bonheur se possède avec les yeux, empli le cœur à en faire péter la poitrine puis se restitue doucement, se remet en place par le regard qui se détourne et gardera, pareil à des clichés étalés sur une grande table, la mémoire de cette journée.

Amarante adore la peinture. Mais son père n’était pas très généreux, alors quand il s’est penché sur son berceau, il lui a donné le don d’admirer le talent des autres, mais celui de mettre de la lumière sur des supports de mémoire, il l’a gardé pour lui tout seul. Lui, il peint à l’huile et au couteau. Comme ça chez lui, forcément, il y a plein de toiles peintes avec de jolies couleurs grattées sur des fleurs. Quand il a vu sa mère il l’a prise pour l’une d’elles. Elle a aimé ça la dame, et lui a donné des enfants. Mais elle avait l’esprit bergeronnette, et son père s’en aperçut un jour qu’elle était partie vivre au bord de l’eau comme ce passereau au point de ne plus penser à revenir. C’est distrait un oiseau ! Et les mères oiseaux davantage, car avant de partir elles oublient d’apprendre à leurs enfants à voler. Alors Amarante, elle se contente de marcher. Elle fait ça bien, une pensée après l’autre, et chaque pas la conduit devant de jolies histoires inventées sur le trajet. Du coup la ville est merveilleuse mais les rues décidément sont traîtresses. Elle a beau connaître le nom de la rue Alsace Lorraine, hier c’était un bush australien qu’elle avait mémorisé entre le kiosque à journaux et la billetterie nationale ; aujourd’hui il n’y a que deux blocs résidentiels et maintenant elle ne sait plus où il faut tourner. Alors elle choisit le nom de la rue le plus joli, ou celle qui a une librairie, ou la petite encore comme une venelle, ombragée par le porche d’un hôtel particulier. Là son allure devient sûre, car elle suit les traces d’hommes et de femmes qui ont vécu plus d’histoires qu’elle et les affichent dans une devanture sur des quatrièmes de couverture.

Amarante est entrée en posant les yeux partout et la patronne du magasin avait un sourire suffisamment généreux pour qu’elle s’attarde quelques instants.

Elle est ressortie avec sur un bout de papier les tarifs et les horaires pour des cours d’encadrement.

Dans son appartement des cartes postales sont au mur comme des bijoux sans châsse. La jeune femme n’a pas de coquetterie pour elle même, mais elle estime que les cartes méritent l’écrin précieux d’un bois de rose, d’une feuille d’ananas andrinople ou d’un papier éléphant bleu. Elle va les double biseauter à la française, à l’envers, ou leur laisser un simple passe-partout. L’encadreuse lui a proposé la simplicité des agrafes pour tenir les baguettes, mais le doux nom de serre feuillard l’a émue au point qu’elle préfère s’astreindre à cette délicate opération de collage de ses cadres. Elle qui détestait entrer dans les cases et les fuyait pour mieux embrasser les chemins de traverse, bras ouverts puis refermés sur l’argent d’une branche de mûrier, la voici penchée sur un magazine consacré à son loisir d’art créatif tout neuf. Son Main Coon, soupçonneux, lui jette le regard perçant d’un archimandrite sur ses pensionnaires. Puis son esprit ne phosphore plus que par intermittence. Sa pensée devient iconoclaste…

Sur les murs il n’y a aucun des tableaux de son père.

Amarante vient d’une famille recomposée. Un peu comme le téléphone. Le premier numéro n’est plus attribué, il faut en refaire un autre, dans une autre maison, parfois avec de nouvelles personnes.

Ce nouveau numéro quand elle était petite fille était plus facile à retenir que sa mère, plus facile à adopter que l’ancien numéro qui sonnait souvent aux abonnés absents.

Quand elle prenait le train, chaque montée encombrée, chaque voyage la renvoyait à son enfance déchirée comme une lettre d’adieu, l’en-tête d’une année scolaire chez sa mère et le pied de page d’un été chez son père.

A chaque retour de vacances, celle-ci avait changé de ville, changé de vie...

Amarante était sûre qu’elle avait laissé ses cheveux dénoués. Sa chevelure était une utile oriflamme pour la repérer dans la foule des accueillants sur le quai. Elle ne connaissait pas encore cette ville de bord de l’eau, mais elle devinait qu’elle s’était déjà approprié des quartiers qui lui parlaient. Elle avait hâte de connaître son boulanger, ou encore le coin qui lui ressemblait le plus pour manger un morceau…

Elle la regardait répondre à un ami sur son portable. Nouvelle vie, nouvelles rencontres et nouveau réseau autour de sa joie retrouvée, et Amarante avait le droit d’être là, de ne pas être prise pour une passerelle entre le Nord-Avant et le Sud- Maintenant. Elle s'obligeait à croire quand sa mère lui servait un magret séché au poivre qu’elle restait l’Est-Ouest traversant, les Mâtines et l’Angélus d’un ersatz d'amour maternel que cette nouvelle distance tissait malgré tout – voulait-elle croire – de fils de soie.

Prends soin de toi maman chère, grandis des racines pour que sortent enfin de toi les pivoines printanières dont je pressens déjà la beauté des couleurs. Pulse, forge, modèle à la force de tes souhaits ta nouvelle vie dans cette ville qui décidément me plait.

Instant de grâce où Amarante partait elle aussi d’un ancien chez elle pour faire un nouveau bout de vie. Elle habitait en pensée simultanément sa ville et la sienne, neuve dans son nouveau monde mais forte de sa maison où elle espérait pouvoir revenir.

Faire semblant de se savoir aimée par cet oiselle indifférente lui prenait tout de même beaucoup de son énergie.

Elle avait repensé à elle des années plus tard, en allant voir une tarologue.

La vieille italienne exerçait au treize, Descente de la Halle aux poissons en bas de la rue de Metz, c’est à dire côté Pont Neuf. Ca lui faisait une jolie trotte à pieds car le métro ne s’arrêtait pas aussi près, mais elle s’en fichait car sur le trajet elle croisait une librairie qui collait des appréciations sur les couvertures des livres en post-it , et une jardinerie dont le foutoir des plantes éclaté par les tâches érugineuses des pots faisait sa joie à chaque fois qu’elle passait devant.

Elle recevait chez elle dans sa cuisine, et il valait mieux aimer le thé, car elle servait d’office un Souchong, et pour sa part Amarante n’osa la contrarier quand elle posa le mug d’eau fumante entre ses mains.

— Buvez mais ne parlez pas, ça me déconcentre… Je vous fais d’abord un tirage d’ouverture pour voir si je vous sens, et si ce que je vous dis vous parle … A ce moment-là on continue la consultation, et là vous pourrez me poser des questions si vous en avez.

Elle brassait son Tarot sur la table en rond, face contre terre, en expliquant qu’elle les lisait « à l’envers et à l’endroit. »

La jeune femme choisit quinze cartes en se concentrant sur un tableau du Douanier Rousseau accroché derrière elle au-dessus de ce qu’il lui semblait être un confiturier. La scène représentait une petite bonne femme aux frais visiblement somptuaires, puisqu’elle était vêtue d’une coûteuse robe blanche et chapeautée de satin au milieu de fleurs bleues et d’arbres gigantesques pourvus d’oranges improbables. A ses pieds, un petit chat jouait avec une pelote.

La vieille avait positionné les lames et les avait retournées trois par trois :

— Vous mon p’tit, vous vous êtes fait avoir dans votre jeunesse : Une femme délétère vous a dégagée comme Blanche-Neige de votre maison, mais c’est pas vous qui avez mangé la pomme empoisonnée, c’est elle qui est morte…Elle était assez âgée pour être votre mère, regardez ! Je sors la Papesse inversée ! Sur vous il y a le Bateleur, l’Etoile et la Roue de la Fortune, vous travaillez dans un truc manuel… Je vous vois bouger les mains tout le temps… Vous n’allez pas y rester, vous allez démarrer une activité à votre compte dans le même domaine… C’est dans l’artistique et je vois beaucoup de femmes, mais je ne vois pas ce que c’est. »

Surprise par sa logorrhée Amarante lui expliqua qu’elle était modiste et souhaitait effectivement travailler à son compte, mais elle n'avait fait aucun commentaire sur « Blanche-Neige », analyser les branches basses de son arbre généalogique avec une inconnue ne l’intéressait pas.

Elle lui fit ensuite le coup classique du tirage en croix :

— Vous fréquentez un homme qui a du bien, plutôt à la campagne je dirais… vous voyez ? Il sort en Roi de Deniers avec le huit de Deniers, à mon avis il ne va pas tarder à vous demander de légaliser votre situation et de le rejoindre là-bas… Avec les lames du Soleil et de la Justice, je dirais que c’est au bord de la mer et que vous allez vous marier…

Ses manières de diseuse de bonne aventure étaient agaçantes, mais la coïncidence était énorme : en effet son homme la pressait de lui dire « oui » et de le rejoindre à Mandelieu la Napoule, où il avait racheté le château. Il voulait ouvrir une manécanterie dans une des ailes et c’était un sujet de dispute entre eux car elle n’aimait pas les voix d’enfants.

C’est d’un pas mal assuré qu’elle prit congé de la dame.

Amarante n’a pas faim, avec l’encadrement et ses souvenirs elle a laissé passer l’heure. Aujourd'hui c'est le dix-neuf, date anniversaire de la perte de sa mère. Sa mémoire encombre tout le salon. Elle commence à lui parler :

« Tu vois je n’ai pas pleuré… D’ailleurs je ne pleure jamais tu me l’as interdit. Tu disais les faibles pleurent, les mauviettes pleurent, les bonne femmes pleurent

— je suis tranquille je suis mauvaise, c'est ce que j'avalais avec ton lait.

Ce jour là je passais le week-end chez toi. Comme d’habitude tu dormais jusqu’à pas d’heure mais cette fois-là je lisais en silence non pas pour ne pas te réveiller, mais par peur d’aller ouvrir la porte sur toi…

Quand le téléphone a sonné sur ta table de chevet, j’ai hésité à aller décrocher…D’abord parce qu’il était interdit d’entrer dans ta chambre, et ensuite parce que je me doutais depuis quelques heures environ que tu étais déjà morte.

Je suis entrée pour le faire taire, mais les mains en œillères pour ménager ma peur je t’ai quand même aperçue. L’annuaire était à portée de main.

Les yeux fixes sur les lettres, la typographie devenait trouble, picotements, flou qui chatouillait les tempes. Le temps s'étirait dans la pièce pour mieux gésir — poids mort — gonfler chaque minute de centaines de secondes supplémentaires pour retarder le décrochement du combiné. J’enveloppais du regard le vieux cerisier tout là-bas, j’avais l'impression de le confondre de l'autre côté d'un souvenir, d'une fenêtre battants ouverts sur quel jardin déjà ? Je me concentrai et zoomai ta chambre. L'annuaire fermé était un Yi-King impénétrable. En l'ouvrant, — Ecoles, Electroménager, Enseignement, Habitat, Loisirs, Mairie, Médecin, Meubles, Piscines… — le choix était hasardeux. Je considérais ces coordonnées comme des hexagrammes à monter et interpréter, mais sans jeter les bâtons ni compter les points. Chaque fois que je trouvais, que le choix était fait, le numéro du correspondant identifié, vite le flouter, faire diversion, le perdre des yeux et continuer à errer, rester dans le temps qui n'avait rien fait, servi pas moins.

Au moment du choix, il devenait action et allait vite, trop vite, précipité par la lecture du nom-totem sur la page jaune vers ce que je ne contrôlais déjà pas, la conséquence de mes actes. Alors tant pis, le faire traîner, le dérouler comme un rouleau de réglisse avec le pointu de la langue en bout d'application, un bout de vouloir bien faire montré entre les lèvres.

Le SAMU et la police étaient arrivés si vite, alors que tu avais mis tant d’années à te suicider… »

La sonnerie de la porte d’entrée interrompt son monologue, mais elle n’ira pas ouvrir. L’attaque de panique s’est déclenchée et il faut que ça s’arrête.

Elle lui glace d’abord les mains, fait trémuler son corps dans une cadence rapidement hystérique, envoie des bouffées de chaleur annonçant le tracsin. Puis l'extrême hydrorrhée fiente les plis et dégouline au creux des païens jusqu'à investir le nombril, vasque insuffisante. Cela ne fait que commencer : la nausée méphitique encombre la gorge d'une boule de liquide hypocondre qui ne fuse pas en gerbe libératoire. Les intestins ne sont plus très ingambes et l’estomac proteste en réveillant l'ulcère du duodénum. Les glandes salivaires ne sont pas en reste, l'excès baveux emplit la bouche d'un flot indésirable qu'elle court recracher dans les toilettes.

Entre spasmes et contractions, vissée sur le siège la tête entre les genoux, la douleur et la sensation de crever la pressent. Le carrelage de la salle de bain l'accueille à moitié défroquée, et dans cette posture grotesque l'évanouissement la libère.

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22 janvier 2008

Bis repetita placent

Quand j’étais petite… Oui, vous avez raison, on s’en fiche un peu. Nous ne sommes ni dans la rubrique « journal intime » d’un blog girly, ni dans la lucarne à blaireaux. Rhaaaaaa quel dommage, je vous aurais bien raconté la fois où… Bon, d’accord vous ne saurez pas. Il n’empêche qu’à cette époque j’étais scolarisée comme tous les enfants sans-papiers de mon âge, et qu’il y avait un exercice qui en rebutait plus d’un : écrire une rédaction. La plus célèbre étant celle de la rentrée où il fallait raconter ses vacances. Cruel exercice où les mouflets croyaient devoir y dire toute la vérité – et non ! Pas de futur politicien dans ma classe cette année-là – à la maîcresse "Aurélie de Sorbet de Pougnadorès mon petit j’ai déjà contacté ton papa et ta maman pour leur demander de te prendre un rendez-vous chez l’orthophoniste" et où chacun pouvait vérifier les mérites comparés de leurs parents en fonction de la destination et des loisirs qu’ils avaient pu leur payer. "Han ! Valérie Tortochot la honte, t’as jamais vu la mer ! "

La maîcresse pour corriger nos torchons nous traitait tous sur un pied d’égalité, puisque du haut de nos quelques pommes, nous buvions notre honte devant les cercles rouges dont elle entourait nos répétitions. Elle avait deux haines tenaces, une pour le verbe « faire » qu’elle trouvait plutôt cossard et pauvre, et une autre pour les mots utilisés plusieurs fois. Nos relectures nous permettaient d’énucléer nos textes de bis, de ter voire de quater (si ! si ! Ca m’arrive encore), vulgaires yeux de pomme de terre raclés par nos stylos effaceurs. Si je mets la main sur celui qui a dit : bis repetita placent…

Ceux qui rédigeaient leurs proses avec une bonne orthographe et une richesse de langage suffisante pouvaient éventuellement fantasmer sur des études littéraires, et pourquoi pas sur une école de journalisme.

C’est pourquoi je vous préviens : si je trouve encore un journaliste pour utiliser les mots : tarmac, tsunami et bling-bling dans les médias, je lui fais bouffer sa carte de presse !

Posté par Loys de Murphy à 15:20 - b - Humeurs - Commentaires [40] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

20 janvier 2008

Patricia Parry

arton6832_09400   Une de mes descentes favorites en librairie s’est terminée récemment avec une bouffée de stress. Que dis-je une bouffée de stress, il s’agissait d’une montée d’angoisse, non sans objet (jeu de mots pour psy). Que dis-je une montée d’angoisse, quand j’étais véritablement à deux doigts de l’attaque de panique. Si je vous dévoile ainsi les troubles psychosomatiques de mon système nerveux central, c’est pour mieux défouler le sentiment de culpabilité immature qu’a engendré cette visite, non parce qu’elle s’est soldée par l’achat de moult livres, mais parce que je suis tombée sur le dernier polar de Patricia Parry.

Patricia Parry est médecin psychiatre et écrivaine. Rassurez-vous, mes névroses ne sont pas assez sexy pour l’intéresser, et ce n’est du reste  pas pour cela que j’attire votre attention sur cette auteure. Je lis régulièrement les articles qu’elle publie sur son blog, mais n’ai pas encore feuilleté ses ouvrages. Or, dans la boutique, je ralentis à hauteur de son bouquin – Petits arrangements avec l’infâme aux éditions du Seuil – et reconnaissant son patronyme, j’attrape la couverture pour l’ouvrir et lire la première page.

Son personnage principal s’appelle Antoine le Tellier. Là j’ai vécu disons un petit moment de solitude… En effet, dans une nouvelle récente, j’avais baptisé le personnage principal Antoine Tellier. Je ne sais pas comment j’ai fait. Je l’ai probablement lu sur son site et oublié, et quand j’ai cherché un nom pour mon personnage il m’est revenu en tête d’un seul coup. En fait je donne presque toujours à mes personnages des prénoms qui commencent par la lettre A. J’élimine Adrien parce que ça me fait penser à Monk, et j’arrive à Antoine. Le nom de famille sort tout seul, ce sera Tellier. Je vérifie dans Google, pas d’homme célèbre portant ces nom et prénom. La voie est libre, circulez, il n’y a rien à voir… jusqu’à l’ouverture de son polar à la première page, qui soit dit en passant est très bien écrite. Je crois que je ne suis jamais sortie d’une librairie aussi vite. Je n’avais qu’une idée en tête : rentrer, sauter sur mon PC et modifier le patronyme de mon personnage avant que Patricia Parry ne le lise sur mon blog et ne m’accuse de plagiat. Oui, je précise ici que la culpabilité rend con, puisque je n'ai pas envisagé un seul instant que cette écrivaine célèbre et accomplie ne vient sûrement jamais sur mon blog. J’ai soudain la mentalité d’une gosse de huit ans et ne pense qu’à une chose, ne pas me faire choper par un adulte, ni réprimander ni punir. La modification est faite bien sûr, et je crois savoir maintenant pourquoi mon inconscient a fait joujou comme ça. Le dénominateur commun qui a permis ce passage entre nos deux personnages est bien sûr le prénom Antoine. Mais là où c’est drôle, c’est qu’il y a une explication. Je sais sans la connaître que Patricia Parry est psy, ça figure dans sa bio. Le personnage dans mon texte est un père à qui la garde de son enfant est retirée, qui a donc mal à sa filiation. Or, pour la petite histoire, sachez que le prénom Patricia, celui de l’écrivaine à qui j’ai fait cet emprunt malgré moi, signifie « Fille du père ». Et oui je sais, ça ne s’invente pas. L’inconscient fait ce qu’il veut et se marre bien.

Et vous ? Ca vous arrive souvent des actes manqués de ce genre ?

Posté par Loys de Murphy à 01:01 - c - Tome de sa voie - Commentaires [29] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

19 janvier 2008

Philippe Ségur

portr_ps01Je n’ai rien lu de l’écrivain Philippe Ségur, je n'ai jamais entendu parler de lui, mais une amie chère le connaît. Je veux dire qu'elle le connait vraiment.

Au cours d’un dîner récent, nous parlons bouquins et auteurs : elle me demande si j’ai déjà lu un de ses ouvrages. Je nie farouchement la main sur le cœur. Elle m’invite alors à visiter son site, et plus particulièrement à regarder un court essai sur l’écriture qui traite d’un sujet peu abordé et plutôt intéressant, le corps de l’écrivain. Je ne parle pas du physique lisse de mono neuronaux publiés sans talent et ridiculisés sur des plateaux de télévision par des réponses insupportables de fatuité à des questions obscènes, mais de la posture d’un auteur devant la feuille blanche occupé à mouler une prose.

Je vous invite à lire ses réflexions sur le sujet en cliquant ici.

Posté par Loys de Murphy à 00:03 - c - Tome de sa voie - Commentaires [10] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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