05.01.08
Service littéraire
Je n’aime pas les assiettes anglaises. En général quand le plat m’est présenté, seul le roast beef me fait envie, mais je m’oblige à prendre des morceaux d’autres viandes ou charcuteries que je mâchouille en pestant contre l’andouille qui m’a appris à manger de tout.
Bon très bien, autant le dire très vite, ce n’est pas exact. En vérité je suis plutôt une viandarde et plante ma fourchette sur presque toutes les bêtes à poils et à plumes, séchées, fumées ou saignantes, présentées en rosace, en pyramide ou en tas selon les maisons où je suis conviée.
J’aurais souhaité vous dire que je n’aime pas ça pour vous parler ensuite du journal Le service littéraire. Je l’ai trouvé par hasard chez le marchand de journaux au bout de ma rue. Rouge, noir et blanc, ici dans le Sud-Ouest ça peut passer pour un journal sportif partisan du Stade Toulousain. Que nenni non point, sur l’en-tête il est écrit « Le Journal des écrivains fait par des écrivains. »
Chouette, un regard différent de celui des journalistes ! Numéro trois, deux euros cinquante, le mensuel de l’actualité romanesque. En sous-titre une citation de Camus : J’ai une patrie : la langue française.
Là j’ai failli reposer le journal, j’ai craint d’avoir atterri chez les puristes de la langue, les écrivains de haute voltige avec un bac plus vingt-deux, khâgneux puis lettreux classiqueux, ancienneux ou moderneux, voire sciences poteux. Je l’ai acheté « quand même » en lisant en diagonale cette phrase : « Elles se tiennent droit comme ces alcooliques qui essaient de cacher qu’ils sont trop bu. » Ah oui ? Ils ont une orthographe aussi approximative que la mienne et ne prennent pas la peine de faire un travail de relecture et correction sur leurs articles ? Ca me laisse de l’espoir mais ça ouvre un boulevard à la médiocrité.
Chez moi je vois que ce journal des écrivains fait par des écrivains est signé par Sylvie Caster – De mémoire, n’est-elle pas une journaliste du Canard Enchaîné ? – François Cérésa – Journaliste au Nouvel Obs ? –Daniel Rondeau – L’Express ? – etc.
Bon d’accord, je suis déçue : je m’attendais à lire un canard à plumes d’écrivain sans expérience journalistique conséquente. Qu’à cela ne tienne, faisons-nous plaisir avec le contenu. C’est là, en fait, que j’aurais aimé vous dire que je n’aime pas les assiettes anglaises. Les articles de ce journal m’ont fait penser à des tranches de viande froide sans origine tracée.
Ainsi Max Gallo tire à boulets rouges sur le roman historique. Lui dans l’assiette, c’est la tranche de Port Salut, puisque c’est écrit dessus : de l’Académie Française. Depuis le temps qu’il voulait y entrer, c’est fait depuis l’an dernier. Quand je dis sur le roman historique, il parle bien sûr de ceux qu’il n’a pas écrit. C’est dans la rubrique « Le franc-parler », et j’ai peur du coup pour les auteurs du genre qui vont s’en prendre plein les feuilles. Tu parles, Charles !
En fait j’ai regretté à la première phrase de l’article de n’avoir pas fait « de grandes études ». Ca commence par : Angélique entre dans « La chambre des dames » : c’est un roman historique. Costumes : il ne manque aucun fil d’or au pourpoint brodé. Décor : les pierres du château-fort, les bancs de la chiourme sont peints avec la minutie d’un peintre endimanché qui représente un cerf dans une clairière. Il dénonce l’impotence du roman, traîte l’auteur de gargotier, dénonce une nourriture insipide et frelatée et je dévore l’article jusqu’au bout pour savoir de qui ou de quel ouvrage il parle : rien. Que dalle. Au temps pour moi j’ai lu trop vite, je recommence. Et bien celui dont il parle dans cet article, c’est de : Angélique entre dans « La chambre des dames » : c’est un roman historique. Comprenez par là que ce qu’il attaque ici, ce n’est pas un auteur ou un titre d’ouvrage, c’est le roman historique du côté des dames ; la Petite Histoire si vous préférez. Il aurait écrit : Le roman historique, c’est Angélique entrant dans « La chambre des dames », j’aurais gagné trois bonnes minutes. Je ne suis pas moi-même une fan du genre, mais en quoi s’il ne cite aucun auteur en particulier le genre en lui-même serait-il méprisable ? En quoi la description d’un pourpoint brodé, si l’auteur s’est documenté sur les habits de l’époque qu’il décrit le barbe-t-elle ? Un romancier écrit ce qu’il veut du moment qu’il sait écrire.
Du haut de sa chaire je le soupçonne quand même d’enfoncer une porte ouverte, et il n’est pas le seul à s’y engoufrer, puisque voici Sylvie Caster qui nous parle des romans à l’eau de rose à la sauce moderne, la Chiken littérature. Elle ne copie pas du tout sur son voisin en écrivant ceci : « On apprend tout sur la chambre des dames et les dames qui chambrent. » Je vous laisse apprécier, même à table devant une assiette anglaise je n’aurais pas osé la faire celle-là. Pendant tout son article elle explique à quel point ce genre est affligeant etc., et pendant ce temps je me dis qu’il y a des auteurs qui ne passent pas à la télé, qui ne sont pas people, qui ne racontent pas des histoires chocs ni n’abordent de sujets à controverse mais qui savent écrire, et qu’elle ferait mieux de s’intéresser à essayer de présenter ceux-là.
Daniel Rondeau nous fait part de son enthousiasme pour l’autobiographie de Jean-Denis Bredin, un illustre inconnu de l’Académie française qui lui aussi a besoin d’un coup de pouce pour se faire connaître (soupir), mais en opposant la « justesse (de) ses débuts sur terre pleins de secrets et de silence » aux « passions hystériques et surfaites ». Je ne sais pas de qui il parle. Je ne sais pas en quoi la passion hystérique peut desservir un auteur. J’ai une pensée pour Romain Gary et La promesse de l’aube où il raconte si merveilleusement sa passion hystérique pour sa folle de mère. Je pense à Albert Cohen et à sa passion hystérique pour sa perfection de maman dans Le livre de ma mère.
Un peu échaudée, je pense à quelques blogueurs anonymes qui font un travail de critique argumentée et fouillée sur leurs lectures. Je leur rend grâce à ce moment précis.
Je poursuis avec la lecture d’un article de Bernard Morlino sur Richard Millet. J’aime le côté autodidacte du premier, je crois savoir qu’en plus il lit les auteurs qu’il chronique. Pour le deuxième mon avis est disons plus réservé. Pourtant c’est Bernard Morlino qui me surprend en relatant sa tentative de rencontre avec Millet : Voici l’accueil du comité de réception chez Gallimard : « Monsieur Millet est disposé à vous rencontrer mais ils voudrait d’abord lire Service littéraire » (le journal dont je suis en train de vous parler, suivez bon sang !)... Ce principe de précaution m’a fait rebrousser chemin en hommage à Philippe Soupault qui m’a dit : « Il n’y a que deux catégories d’individus : les sympathiques et les autres ».
Je conçois qu’il veuille dénoncer par là les légères défenses paranoïdes que développe Millet depuis la publication des Bienveillantes de Littell, mais par ce biais c’est d’une immaturité consternante. Je n’aime pas le manichéisme. Je n’aime pas les individus qui ont l’air sympathique, c'est-à-dire qui ont l’air plaisant, accueillant. Je connais des ours mal léchés, des demi-connards qui sont d’une bonté soigneusement dissimulée, là où certains « adorables » se comportent comme des saligauds à l’ombre de leurs portes de chambre. Et je le dis sans défendre Millet qui n’est pas ma tasse de thé. (Penser à éviter de lui envoyer mon prochain génial manuscrit, sachant qu’en plus il s’est inscrit à la newsletter de mon blog. En fait je vais carrément retirer Gallimard de mon carnet d’adresses, ça m’évitera totalement le risque de gaffe.)
Je concluerai par Cérésa qui nous parle d’un roman historique, La catin de Iny Lorentz. Après avoir lu sur la première page du journal que le roman historique c’est de la crotte, j’apprends sur l’avant-dernière que malgré « Une simplicité qui confine parfois au simplicime », l’auteur « joue assez bien avec les ficelles du genre ». Ben flûte, à quel sein de catin se vouer alors ?
Je lirai quand même le numéro quatre : c’est un journal qui naît, je vais attendre qu’il prenne ses marques.
Heureusement, je vais me régaler en allant acheter Le matricule des anges, ma revue littéraire préférée, dont le dernier numéro vient de paraître.
Commentaires
Règlement de compte dans le Milieu (littéraire)
La mayonnaise a bien pris, idéale avec l'assiette anglaise ;-) Bon week-end
T'as raison : il agace, l'autre, à taper comme ça sur Angélique. ma grand-tante me les avait fait lire. j'étais tombée dedans avec délice. entre nous, précision d'importance: rien à voir avec les films.
Cette série m'avait permis de réaliser le plaisir des petites histoires de la grande histoire. j'ai arrêté quand ils ont traversé l'océan, ça virait au n'importe quoi. ou alors je vieillissais? ah ben ouiche, j'avais 15 ans et j'attaquais les Fondation d'Asimov. autre chose.
Tiens, en encartonnant, pas plus tard qu'il y a 2 jours, j'ai retrouvé mes Angélique. je sens que je vais avoir plaisir à les relire... quand je les aurai décartonnés.
J'avais 24 ans quand j'ai découvert Anne et Serge Golon. Et j'ai dévoré les "Angélique". De toute façon les règlements de comptes entre plumitifs ne datent pas d'hier. Ca ne va jamais jusqu'au premier sang! Amitiés.
P.S: (Si j'attends qu'un éditeur me découvre mes petites nouvelles seront publiées à titre posthume...)
Francis
Le rosbif à la mayo, miam !
MiC
Bonne relecture
Papadeule
Je plaisantais, je ne sais pas où tu en es dans ta démarche mais j'espère bien que tu les as envoyés à une trentaine d'éditeurs au moins :o)
C'est fort bien envoyé ! Les mecs du journal sont habillés (et chaudement) pour l'hiver ! Le ôvre Max Gallo ne s'en remet pas d'être entré à l'académie françoise, lui, le petit rital qui s'est intégré à Nice (enfin, se parents) en parlant occitan qui leur a servi de passerelle ntre l'italien et le français. Il est devenu l'égal de "N'a-d'un-oeil" : c'est tout dire !
Ouh, ça fait du bien de lire tes commentaires et ça évite des dépense ! Quant à Mic, au lieu d'errer sur le web, elle ferait mieux de soigner sa gastro... Bonne fin de semaine.
C'est promis, la prochaine fois, je relis avant d'envoyer !!! Oups, il faut dire que nous avons tiré sur les Rois, ce soir, au cercle occitan de Carcassonne, alors, les idées manquent de clarté !
Mireille
Vous avez un bon patissier à Carcassone ? Nan parce-qu'à Toulouse, vu que ce n'est pas la spécialité la galette à la frangipane, je n'en trouve pas de bonne.
Hi, hi, ton billet m'a fait du bien ! Y en a marre du ronronnement des journalistes-critiques-écrivains qui ne lisent même pas et taillent des croupières à Angélique (pas trop risqué quand même !) Je vais me mettre en quête du matricule des anges même si je ne connais pas l'écrivaine en couverture (et peut être d'ailleurs aussi qu'elle m'intrigue cette femme ! :))Bonne année pleine d'énergie ! Bises
Cathulu
t'as leurs adresses de diffusion ici :
http://www.lmda.net/librairs.html
Loïs, billet sacrément efficace (j'ai adoré notamment tes remarques sur les lettreux classiqueux:) ça, c'est du compte rendu de revue! La revue en question devrait te lire pour améliorer leurs propres comptes rendus de romans:)
Je le relis et je le trouve toujours aussi extra et drôle. Bon matricule des anges tu as dit. Sinon c'était Angélique dont il a parlé ou le bouquin de Jeanne Bourin?
En écho rédaction en 2de sur le thème votre livre préféré... Conclusion d'un copain après argumentation. Un bon livre = une soirée agréable au coin d'une cheminée. Résultat 4/20 ou dans les environs. J'ai cru qu'il allait l'étrangler. Mais on grandit et la fracture (intellectuelle?) demeure.
Marco
De la part d'un blogueur dont je respecte les comptes-rendus de lecture je suis flattée :o)
Cara Carita
4/20 y'a de l'abus, sauf si son argumentation était légère ;o)
J'aime beaucoup cet article, vraiment très intéressant. Il faut que je me mette à lire avec plus d'assiduité "Le matricule des anges" dont tout le monde dit du bien d'ailleurs... j'y ai jeté quelques yeux... ;-) Mais mon chouchou reste le bon vieux "Magazine littéraire" dont le dernier numéro, d'ailleurs, est vraiment plus que bien réalisé...
Magda
Bonjour et bienvenue :o)
Le magazine littéraire est effectivement agréable à lire.
Wilkommen!
Suis de retour dans la Sphère après deux semaines d'absence : je n'étais pas sûre de replonger mais il m'a suffit de te lire pour rêprendre goût au blog! Trop douée pour tricoter des chaussettes et rhabiller quelques mauvais pour l'hiver; J'adore ton billet!
Auteure
Bon retour chez toi Auteure :o)
Auteure
Bon retour chez toi Auteure :o)
j'aime quand tu n'aimes pas
Que ta plume est belle quand tu la trempes dans du vitriol !
Superbe
Ouahou que ça fait du bien de te voir régler leur compte à ces emplumés arrogants!ENCORE!
Christophe et Pibole
Ah ben bravo ! Encouragez-moi pendant que vous y êtes :o))
Putain, j'aime ça!
Juste pour dire en passant qu'il y a probablement plus de commentaires sur ce journal que de lecteurs...
Service littéraire...
Au service de la littérature?
Ou aux services des gens qui peuvent être utiles lorsque l'on croit que l'on "fait" de la littérature...?
Je me demande...
En tout cas c'est bien fait, et même très bien fait pour eux!
Tout ça m'a mis en appétit, à table!
P.S: j'ai rien bité, je veux dire compris, au commentaire sur le blog...!
Gillou le Fou
Alors bon appétit :o)
Rho...
Allez, j'ose vous le dire. J'aime beaucoup le ton de cet article. ^_^
Faut savoir être vilain de temps en temps, surtout quand c'est mérité.
Syven
Merci et bienvenue. Et comme disait ce bon Garfield après avoir fait une connerie en se regardant dans une glace : "Je t'aime quand tu es vilain !" ^_^
Pourquoi le khâgneux serait-il une espèce à proscrire ? Il n'est pas (toujours^^) prétentieux, et peut tout à fait s'accorder à votre propre critique !
Oreo
Bonjour Oreo,
Bien sûr, c'est exact, mais je parle d'une généralité :o)
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