Biffures Chroniques

Sur une brique rose, avec vue sur un arbre.

27 décembre 2007

La vieille qui attendait l'amer

 

Agnès Lhomme habite sur une brique rose avec vue sur un arbre. Elle eut un chien du nom de Sullivan qu’elle adorât suffisamment pour l’enterrer sous la racine bienveillante d’un tilleul, mais n’eut pas d’enfants car ils étaient moins éperdus et dociles. Les autres la lui avaient laissée par respect pour son âge, c’est du moins ce qu’ils dirent, mais je crois savoir qu’ils ont surtout perdu leur procès. Pourquoi la céder sinon ? Un corps de ferme du XVIIIème siècle, ancien relais équin et construit sur un pigeonnier datant de l’an mille six cent vingt-huit : ils auraient pu revendre ce bien pour trois cent soixante mille euros « aux anglais ». Le maire du village le savait et son intervention avait joué en sa faveur. Elle avait récupéré la maison de son enfance depuis cinq ans maintenant. Elle y tenait des engagements marmonnés du bout des lèvres avec la pierre, de préférence le soir à l’extinction du chant des oiseaux, et avait failli ne pas prononcer celui afférent à l’élaboration du potager qu’elle tenait à trois pas du tilleul lui aussi bicentenaire, la nuit où un rossignol fou d’amour avait trillé pour sa belle à s’en exploser le gosier. Mais elle avait pris sa flemme en mains et deux ans après son installation, elle avait pu fouler à pas tranquilles une allée étrécie par des rames de pois et de haricots qui semblaient se rejoindre dans les feuilles échevelées de capucines et de pivoines herbacées.

Le montant de sa pension n’atteignait pas le minimum d’une portion congrue et l’obligeait à travailler malgré ses problèmes de santé. Elle «manutait » des palettes de vêtements de basse gamme suédoise qu’elle bipait et posait ensuite sur des cintres au milieu d’intérimaires majoritairement du même âge.

Les greffières de son domicile ne consignaient pas dans les minutes de l'intendance l'état de sa fatigue. Piètres gouvernantes, l'une d'elles seulement gardait un œil mi-clos entre le bout de ses pattes quand elle rapportait à foulées mesurées la carcasse endolorie de sa journée laborieuse. Inutiles bestioles qui lui laissaient tirer ses bottes, un bout de hanche en équilibre entre une oreille spotted tabby et une échine noire. La méridienne était pourtant prévue pour son seul repos et représentait voulait-elle le croire un territoire exclusif dont elle tenait l'usufruit après avoir perdu tous les lieux stratégiques pourvus de piles de linge fraîchement lessivé ou de coussins, sur un lit aussi bien que des chaises. Le bonheur minuscule de reposer la charge de sa journée dans le silence de leur mépris était vite gâché par leurs protestations. L'accueil froid ne justifiait pas de retard sur l'heure du repas, et c'est péniblement qu’elle devait atteindre la cuisine pour s'acquitter de sa dernière tâche, gratuite et servile comme on l'attend d'une esclave adoratrice de ses maîtresses de gouttière.

En plus de ses chats, elle avait un galant occasionnel depuis le jour où le facteur voulut rentrer chez lui débraillé et plus saoul qu’à son habitude. Il avait coupé par «le potager de la vieille» pour gagner du temps alors qu’elle arrosait ses massifs, et rendu une de ses anciennes colères par la gueule qui lui avait légèrement éclaboussé les pieds. Vexé du flagrant délit il l’avait insultée et s’était approché d’elle pour la faire fuir. Elle avait tourné les talons souillés en silence et il s’était écroulé sur les fesses pour bientôt fumer une roulée entre deux haut-le-cœur. Il s’assoupit et rouvrit les yeux quand elle lui nettoya les lèvres avec un torchon de lin humide. Ca sentait l’eau de Cologne ambrée. La nuit pleurait ses étoiles tant elle en manquait. L’ombre du tilleul lui faisait un peu peur. Sa femme ne l’attendait plus, elle avait préféré guetter le bruit journalier des clefs dans la serrure d’une porte de clerc de notaire, qu’elle crève ! La « vieille » ne l’était finalement pas trop, alors il avait attrapé sa main pour se relever et la suivre sur la pierre rose. A son réveil le lendemain dans la cuillère de ses bras, il avait jeté sa flasque et n’avait plus jamais replongé.

Aujourd’hui il est venu l’aider à nettoyer le jardin. Il désherbe consciencieusement à la main le potager et vérifie la présence des coccinelles. Les pucerons et l’oïdium survivent dans celui du voisin, chef de rayon dans la grande distribution et responsable du petit électroménager qui tue beaucoup de gens dans des jeux en ligne et pulvérise carrément ses moyennes quand il rate des ventes. Puis il ramasse les deux ou trois tas qu’il a montés et les ajoute sur le sommet du compost entassé contre le muret du fond. Agnès ne le quitte pas des yeux pendant ses trajets. Elle évalue sa peine à la sueur qui dégouline sur ses reins et aux brassées plus réduites à chaque passage. Au bord de son monde pour ne pas troubler la représentation, elle attend l’heure de son sommeil. En retrait sous les tentures elle est à la place la plus juste. La lumière du soleil morne est à présent trop blanche pour rester près de la fenêtre, et bientôt elle ira coucher son dos contre son flanc, quand elle aura baissé le rideau.

Elle est fatiguée. L'hiver qui arrive va glisser pour la *** fois une pèlerine de gel sur son dos, ossu comme la surface ésopique d'une baleine arrondie sous le chant d'un congénère toujours plus au nord, mais cette fois elle tend ses mains vers les braises du maigre foyer d'une année à treize lunes, sue si froide par les anciens dont elle est encore une des benjamines. Il sera glacial et elle ne sait plus si elle a envie de continuer à bander son biceps. Les bras de fer épuisent ceux qui gagnent la partie.

La mort lui avait craché pour la seconde fois au visage un jet de salive sur le chemin des bénévoles, au milieu des camarades qui tombaient sous des jets de balles quelque part là-bas, entre une dictature et une famine sudiste. La garce l'avait obligée à lui survivre si longtemps avec sur la joue la marque de cette honte - culpabilité des survivants - qui n'avait jamais séché, même aux canicules des étés qui ne l'avaient pas cueillie non plus aux récoltes des cerises.

Comme son échine courbée, sa trajectoire ploie et tend vers un retour au chemin tarnais de sa naissance. Le seize octobre mille neuf cent *** l'a vue portée dans un lange plié  jusqu'à l'église romane de Lescure d’Albigeois, alors quand elle aura fini de regarder les fleurs d'amandier faner de l'autre côté de sa fenêtre, elle veut poser sa joue sous un linge tendu au cimetière derrière la pieuse bâtisse.


La première fois que la mort l’avait rejetée, elle avait douze ans…
Agnès est penchée au-dessus du chemin de terre brune du souvenir de son enfance depuis maintenant trop longtemps. Quarante ans, six jours et dix minutes ? Qu’importe ! Quand elle a repris ses esprits, qu’elle a cessé de faire le vide dans sa tête, le temps a repris sa balade comme un cheval fourbu qui veut battre à la course un torrent et elle ne veut pas qu’il y ait un vainqueur. Elle veut que le temps ralentisse et s’étire comme ses chats font leurs griffes sur le tronc du saule pleureur en face de la grange ; elle veut qu’il parte des racines de son arbre-mère en une lente ascension mais qu’il n’arrive jamais au bout de la branche où elle semble accrochée.

La scène maudite est quelque part dans sa mémoire : elle joue dans ce même jardin avec le frère détesté. Plus jeune qu’elle et flanqué de béquilles, son handicap l’avait greffé à elle comme un lierre enroulé autour d’un chêne. Les soins dévoués de sa mère le faisaient passer pour le favori de la fratrie quant il fallait y lire son insupportable culpabilité. Agnès le traînait en tous lieux et n’en pouvait plus de cette excroissance. Ce jour-là non plus elle n’avait pas ménagé sa colère. La mère s’était sauvée à Albi pour rejoindre un homme en pull irlandais, mais au bout des deux heures promises avant son retour il n’y avait toujours pas le bruit de la voiture s’engageant devant le perron. Au fond du parc après la clôture du jardin, franchie sitôt que cisaillée, la toute jeune fille et le garçonnet trouvèrent ce qu’ils baptisèrent immédiatement une fontaine.

C’était un robinet fermé au monde familier d’un vieux bassin, gros comme celui d’une chantepleure. Ca ressemblait à des travaux prévus de longue date, où rien n’avait été fait ; à un repos bien mérité après des années d’abreuvage du tout venant – ou bien alors c’était pour embêter les papillons assoiffés par leur course folle des confins du parc aux ombrages quiets des mimosas. Il était sale, noirci et poussiéreux ; il péguait sous les doigts. La menotte d’Agnès, malhabile après ses jeux, griffée aux barbilles des chardons, moite du jus de trois ou quatre mûres barbotées en « courant » après son frère, s’acharna sur la vanne rouillée. Elle força, haleta jusqu’à tourner un quart, entendre le bruit grincer sur les joints rongés et resta un bon moment la bouche ouverte, ravie et enfiévrée par l’exploit. Le filet beigeâtre et mousseux avait pris un court instant une teinte bourgogne quand sous l’effort la peau de la petite s’était légèrement rubéfiée. Elle avait éclaté de rire : ce grenat était précieux, c’était un peu son trésor.

Reculer d’une vingtaine de pas sous la lumière verticale de ses douze ans lui faisait mal tant la crudité de ce phare balayait le souvenir de la maison de sa mère, associé à cette époque. Mais sitôt la bâtisse essuyée du faisceau, son poids délesté par l’ombre ne l’empêcha plus de penser à son frère. La tête fatiguée du petit revint se poser sur ses genoux comme à la veille de sa mort, et sa caresse distraite dans le vide mit un terme à sa rêverie.

Fanfaron et confiant, il avait suivi sa sœur dans le bassin rempli et dérapé à sa suite dans l’eau. Il avait tenté de faire la nage du petit chien en tirant sur ses deux bras et la jambe valide… Le hurlement qu’il poussa au début de sa crampe, Agnès voulut l’interrompre en lui portant secours et puis elle se ravisa. Elle sortit du bassin et fit le tour du parc en se bouchant les oreilles, absorbée par une comptine psalmodiée du bout des lèvres, qu’elle fredonna à nouveau dans la soirée quand sa mère signala la disparition de son fils handicapé à la police… On ne sut jamais retrouver le corps du petit, et la pauvre femme mourut deux ans après, emportée par la douleur de son absence.

Maintenant son gentil amant, son beau facteur d’orgasme creuse au pied du tilleul pour lui offrir une mare à poissons vers la date approximative de son anniversaire.
De sous la terre, il exhume les restes de Sullivan, puis les os de son frère. Le chef de rayon l’encourage depuis sa clôture, mais en voyant sa trouvaille il change de tête et se précipite chez lui pour donner l’alerte. Consterné, le fossoyeur malgré lui lève la tête en direction de la fenêtre. Agnès se tient droite, le mouillé de ses larmes atténué par un reflet du soleil sur les vitres. Son homme articule silencieusement : « Je t’aime. »
Vers les cinq heures les gendarmes sonneront au portail, sa valise sera prête.

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26 décembre 2007

Gaston vs Nicolas

Pendant que certains travaillent plus pour gagner plus et s'apprêtent à engranger des millions d'euros à la CIC en revendant à prix d'or leurs RTT à des patrons qui obtempèrent aux désidératas de leurs employés, j'ai relu l'hommage que j'avais laissé sur mon ancien blog à Gaston.

Pardon ? Oui, tu sais bien comment ça se passe, notre Humble Talonnette est formelle : tu ne travailles le dimanche pour ton employeur que si tel est ton désir. "Hep, Patron ! Ne me mettez pas sur le dimanche 23 décembre, j'aurai des courses de dernière minute à faire ce jour là. Je croiserai sûrement votre femme à Botanic devant le rayon sapins, je lui passerai le bonjour de votre part."

Quand tu es caissière à mi-temps avec trois enfants et un mari financièrement "démissionnaire", tu vas voir également ton patron : "Ecoutez Sahib, 20h au smic vous voyez ce n'est pas assez. Augmentez mes heures à plein temps sur le prochain planning et vous ferez ma joie".

C'est également toi qui négocies ton type de contrat sous l'oeil admiratif de ton chef : "Dis donc Bwana, je sais bien que tu as deux trois préjugés sur la négritude, vu que tu ne connais pas Aimé Césaire, mais moi je suis né à Garges les Gonesses, alors ton contrat de saisonnier pour monter des murs et ramasser des mirabelles tu peux te le mettre où je pense. Tu me le requalifies fissa en CDD sinon les ASSEDICS me verseront pratiquement que dalle pendant la période creuse. Ah ben si, renseigne-toi, ils croient qu'en contrat saisonnier tu fais exprès de ne pas travailler hors saison et tu touches moins qu'avec un CDD."

Bref, pendant que nous nous forgeons tous notre destin à la force de notre volonté, je publie "ce vieil hommage" ici pour me détendre.

"Je ne suis pas visuelle, donc peu bédéphile. Et comme la plupart des non-bédéphiles, j’ai adoré ou j’adore Astérix, Mafalda, Gaston Lagaffe, les personnages de Sempé ou de Voutch et les BD en général où le texte est autant voire plus important que l’image.

En tout cas aujourd’hui je réalise que Gaston a 50 ans (merci les média) et que son papa n’est plus là. Une minute de silence pour la vie qu'est moche qui passe vite tout ça... Enfant puis adolescente, Gaston était un de mes héros. Les autres étaient en adoration devant des chevaliers et des sauveurs que je trouvais violents, assassins et phallocrates, moi je n’avais d’yeux que pour des types comme Gaston. C’était pour moi un rebelle absolu, qui noyautait et déstabilisait le système depuis l’intérieur, et de façon complètement pacifique. La magie du truc résidait dans le fait qu’il était arrivé à se faire embaucher et que jamais personne ne le foutait à la porte. Il était dans ce monde de l’entreprise que je haïssais déjà petite de toutes mes forces et que je savais ne jamais vouloir intégrer, et lui y était et y faisait ce qu’il voulait. On lui donnait un ordre, il l’exécutait à sa manière, à sa vitesse, et disait ce qu’il pensait. Quand c’était contre ses principes, il disait non ou sabotait. Il adorait paresser, manger, inventer, rêver, jouer, et ce gosse dans le monde des adultes abrutis était une bouffée d’oxygène. Je cherche encore sa tondeuse à gazon qui «évite les pâquerettes", et je comprends l’adoration de Mademoiselle Jeanne. Une femme merveilleuse puisque rousse, chevelue et potelée. Si tu es rousse, chevelue et potelée, j’ai d’emblée un capital sympathie pour toi. Il arrivait toujours à saper l’autorité et forcément s’attirait la haine de cet andouille de Longtarin. Il aimait les animaux, sa mouette rieuse je l’entends encore, et son chat avec son trou d’balle en pointe bic était un personnage d’anthologie à lui tout seul. Et ce qui était également très fort, c’est que Gaston voulait toujours rendre service et améliorer l’ordinaire de ses proches. Bien sûr que ça foirait, il était si distrait, si lunaire… Mais grâce à des gens comme lui, son entreprise ne se faisait pas bouffer par le néocapitalisme libéral ! Ce saligaud de Demesmaeker n’arrivait jamais à signer les contrats de la boîte ! Là aussi la magie résidait dans le fait qu’il repartait furax mais revenait toujours faire d’énièmes tentatives. Je suis sûre que Fantasio le gardait parce-qu’il l’admirait secrètement… Ou pour faire sa B.A avec le « clochard » qu’il était probablement à ses yeux… Ou pour donner plus de force à la capacité qu’avait Gaston de dire « non ». Car dans ce rapport de force entre eux deux, c’est toujours Gaston qui gagnait, volontairement ou non ! La force du « non » de Gaston était plus forte que celle de Fantasio et moi ça me laissait de l’espoir à l’époque !"

medium_lagaffe_repos

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22 décembre 2007

Newsletter

A la demande générale de ma concierge et de mon valet de chambre, vous pouvez désormais vous inscrire à la newsletter pour vous tenir informés des nouveaux articles de ce blog en cliquant sur la rubrique Newsletter dans la colonne de droite.

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21 décembre 2007

Mort d'un Bourgois

J’ai appris hier le décès de Christian Bourgois.

Bien entendu, je n’ai pas eu l’information par les média mais par des blogs de littérature. Pas un mot à la télévision. Les acteurs, les chanteurs, animateurs, journalistes et autres « vus à la télé » peuvent bénficier au minimum d'une poignée de minutes dénoyautées, mais un éditeur n'a droit qu'au  mépris du silence.

Il y a bien un Laffont de temps en temps dont on a des nouvelles, mais il s’appelle Patrice ou Axelle. Soupir…

J’ai découvert les éditions Bourgois par hasard, sans enthousiasme, et dans un contexte déplaisant de surcroît.

C’était pour un réveillon dans les années quatre-vingt-dix où j'allais retrouver des personnes inamicales. Du coup, le choix des partenaires pour cette fête était limité, mais la jeunesse vous fait souvent faire l’erreur de rechercher l’affection de gens qui ne vous aiment pas. Ce n’est que plus tard que j’ai compris qu’il valait mieux utiliser son temps à entourer de soins ceux qui vous aiment, car je ne suis pas une rapide. Saletés de cahiers d’apprentissage à spirales !

Un couple fraichement apparenté à ma famille ne savait pas quoi m’offrir. Nous ne nous connaissions pas beaucoup, juste assez pour éviter de nous croiser volontairement. Ils savaient que j’aimais lire et qu’il pouvait m’arriver par mégarde d’utiliser des mots de plus de trois syllabes entre deux blagues et un Jurançon et firent le choix de ceux qui ne lisent pas et ont peur de se tromper : je reçus par conséquent dans un joli paquet rectangulaire Le chant de Salomon de Toni Morrison, prix Nobel de littérature. C’était écrit sur le bandeau.

Grâce à ce couple, j’ai découvert cette écrivaine fabuleuse, et avec les choix éditoriaux de Christian Bourgois j’ai pu m’intéresser davantage à la littérature étrangère, puis un peu au polar avec ses éditions de poche 10/18.

D’ailleurs hier j’évoquais Rick Bass, dont la traduction est également publiée chez lui et que je découvre ces jours-ci.

Thierry Guichard du Matricule des Anges en parle sur son blog, ainsi qu’Assouline et Cohen Solal. Allez les lire !

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20 décembre 2007

clin d'oeil personnel

r Je cite ici un extrait du livre Colter de "l'écrivain du Montana" Rick Bass pour Jonavin, un poète de talent qui aime les trembles :

"J’ai enterré Ann comme le font les Indiens. Pour son voyage, j’ai mis près d’elle des os de cerf. Une couverture, pour qu’elle ait chaud. Des fleurs, des branches de cèdres, des pierres rapportées des endroits où nous étions allés, des plumes de grouse, un peu de gibier cru, une mèche de mes cheveux. Une pierre à la tête, une pierre au pied ; à la tête, j’ai planté un tremble, il lui fera de l’ombre, et elle aura la musique de ses feuilles dans la brise."

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18 décembre 2007

L'urgence d'écrire

1992630235_5b1c91bfdb_o photo Erodo (clic), en grand ici

spaceballIl écrivait en tous lieux, car l'angoissé recherche l'inspiration tant sa peur le suffoque, et l'imagination l'aide à créer le souffle d'or, celui qui prolonge sa vie en respirations régulières insufflées sur une feuille blanche comme la buée formée par des lèvres sur le miroir du croque-mort pour assurer une survivance.

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17 décembre 2007

Les antibiotiques, c'est pas automatique.

« Plus c’est gros, mieux ça passe » disait Goebbels en parlant du mensonge. Rocco l’a dit aussi, mais je ne crois pas qu’il parlait de la même chose… Enfin je n’en sais rien, je ne parle pas très bien l’allemand et je ne maîtrise pas du tout l’italien…

Notre boule de nerfs en chef doit probablement être polyglotte parce qu’il en use et en abuse un peu beaucoup de cette maxime. Quoi ? Bien sûr que si c’est une maxime, depuis la visite du Guide vert on peut la considérer comme une règle morale, donc une maxime. D’ailleurs, maintenant que je sais que gagner de l’argent justifie tout, je vais me mettre à vendre de la drogue ; ou des humains ; voire même, mais là c’est vachement osé, péter le Da Vinci Code du Travail. Comme l’a si justement fait remarquer Laurence Parisot,  sa liberté de penser (et celle du Medef ndlr) s’arrête là où commence le Code du Travail.

Quoi ? Non, vous avez raison, je vais me contenter de faire payer une franchise sur les soins, ça passera plus facilement. Dans le doute, je vais m’afficher avec Barbie Aphone chez Disney qui est un merveilleux symbole culturel français, et le peuple sera content. J’aime plaire au peuple. Bon, en même temps, je ne suis pas Présidente de la Présité, et je n’ai pas le même niveau de vie. Alors je vais me souvenir des perles de sagesse que nous ont sortis Notre Humble Talonnette et la baronne Antoinette Parisot, à savoir que si  « la vie est précaire, la santé est précaire, pourquoi le travail ne serait-il pas précaire ? » et que si « certains comportements sont d’origine génétique », il serait plus que temps que je favorise l’automédication, parce-que pour l’accès aux soins on va bientôt faire comme les anglais, nous arracher nous-mêmes les chicots sous anesthésie au whisky.

Mais vers qui me tourner pour demander conseil ou avoir un bon diagnostic ? Un commerçant pharmacien ? Une conne post pubère à forte poitrine déléguée médicale ? Un boucher médecin ?

Et bien en fait, je vais demander à un chimpanzé.

En effet, les chimpanzés sont capables d’avaler des feuilles de ficus pour cicatriser des plaies ou calmer une diarrhée, de mastiquer des plantes toxiques puis d’absorber de l’argile pour neutraliser leur toxicité et lutter contre le paludisme, et de se soigner plus généralement avec des végétaux à l’activité antiparasitaire, antivirale, antimicrobienne voire inhibitrice de tumeurs cancéreuses.

C’est une bonne nouvelle non ? Bon, le problème, c’est que je ne sais pas encore comment l’annoncer aux créationnistes…

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16 décembre 2007

Felinity

chat_noir

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Les greffières de mon domicile ne consignent pas dans les minutes de l'intendance l'état de ma fatigue. Piètres gouvernantes, l'une d'elles seulement garde un oeil mi-clos entre le bout de ses pattes quand je rapporte à foulées mesurées la carcasse endolorie de ma journée laborieuse.

Inutiles bestioles qui me laissent tirer  mes bottes, un bout de hanche en équilibre entre une oreille gauche et une échine noire. La méridienne était pourtant prévue pour mon seul repos et représentait voulais-je le croire mon territoire exclusif dans un grand appartement dont je tenais l'usufruit après avoir perdu tous les lieux stratégiques pourvus de piles de linge fraîchement lessivé ou de coussins, sur un lit aussi bien que des chaises.
Le bonheur minuscule de reposer la charge de ma journée dans le silence de leur mépris sera trop vite gâché par leurs protestations. L'accueil froid ne justifie pas de retard sur l'heure du repas, et c'est péniblement que je dois atteindre la cuisine pour m'acquitter de ma dernière tâche, gratuite et servile comme on l'attend d'une esclave adorante pour ses maîtresses de gouttière.

Pour ceux qui connaissent mon ancien blog, j'ai ressorti ce texte pour illustrer une photo prise avec le nouvel appareil photo qui remplace mon vieil apn pourri. J'espère ne plus gagner le concours des photos les plus mauvaises et compte m'inscrire à un club photo dès que possible :o)

Posté par Lois de Murphy à 10:10 - a - Biffures - Commentaires [26] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

13 décembre 2007

Pause son et lumière

Je sais, ce n'est pas récent, mais regardez-le en mode plein écran et le son à fond ; moi ça me file une patate d'enfer à chaque fois !

Je précise qu'il n'y a pas de trucage et qu'il a prévenu ses voisins pour l'occasion.

Posté par Lois de Murphy à 16:15 - b - Humeurs - Commentaires [22] - Rétroliens [0] - Permalien [#]

10 décembre 2007

Kennedy et moi

Je viens de voir la vidéo d'un américain à Paris ; plus exactement d'un écrivain dans un magasin ; plus précisément de Douglas Kennedy à la Fnac.

Je ne connais pas cet auteur. Bien sûr, j’ai vu son nom sur des couvertures dans plusieurs librairies et sur des livres plutôt bien placés : je suppose donc qu’il a du succès. Bon d’accord, je suis de mauvaise foi, je sais que c’est un auteur très lu, beaucoup traduit et souvent primé. Les titres de ses livres pourtant ne m’appellent pas ; le dernier non plus, La femme du Vème.

For all that, je vais quand même l’acheter (et le lire). Peut-être qu’il me tombera des mains au bout de cinquante pages ou peut-être, au contraire, vais-je le dévorer entre deux rails de métro, ou comme une poire pour la soif. Pourquoi ?

Parce-que j’ai vu Douglas Kennedy dans une séance de dédicaces à la Fnac, disais-je. J’aime les chats, et il m’a fait penser à un greffier potelé, à l’aise dans son corps et dans l’espace. Nonchalant et naturel – excepté son rire, nerveux – bonhomme au milieu de toutes ces souris, disponible et gentleman comme un baisemain sur le dos d’une pogne.

Il est sans doute rompu à ce genre d’exercice mais j’ai aimé sa patience et sa façon de demander des précisions pour personnaliser ses dédicaces. Œuf corse, comme la plupart des étrangers il parle très bien le français et me renvoie dans les cordes de mon niveau scolaire et de ma paresse à chaque phrase justement dite, justement rétorquée à chacune de ses fans. Oui, chacune : il semblerait que cet auteur ait un public largement féminin. D’ailleurs, j’ai souri quand l’une d’elles s’est extasiée sur sa capacité à « si bien comprendre les femmes », comme si nous étions toutes blotties sous la pèlerine d’une pensée unique, et que si elle est comprise, nous le sommes toutes de fait à travers elle. Bien sûr qu’on lui pose la question à chaque fois, puisqu’il prend la pause pour mieux soupirer : « je vois le monde avec les yeux de mes narratrices ». Je suis sûre que les dames entendent : « je vois le monde avec les yeux de mes lectrices ». C’est en tout cas une jolie manière de rappeler que l’écriture n’a pas de sexe, et j’aimerais qu’il le dise aux éditeurs qui polluent les stands des librairies avec cette nouvelle vague de bouquins pseudo girly.

Ce qui m’a fait sourire également en voyant cette vidéo, c’est la première image que j’aie d’un écrivain – présente même devant l’évident égotisme extraverti de certains, même devant leurs logorrhées oratoires – qui scénarise un personnage plutôt introverti et très fâché avec l’oralité, enchaîné à son écritoire pour exprimer avec les mains ce qu’il n’arrive pas à sortir par la gueule. Elle était parfaitement contredite par cet auteur poli, soucieux d’autrui et familier des contacts avec l’Autre.

Pour cela je lirai son dernier livre, et tant pis si ça augure un malentendu.

Posté par Lois de Murphy à 15:03 - c - Tome de sa voie - Commentaires [19] - Rétroliens [0] - Permalien [#]
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